Café politique du 13 décembre 2012

 

Quelle est la nature de l’esclavage aujourd’hui ?

 

Après un exposé d’Isabelle sur la philosophie marxiste de la lutte  des classes et de la plus-value, Geneviève lit l’exposé préparé par Jean-François Mutel sur l’esclavage contemporain.

 

Le débat s’ouvre sur la discussion de

 

1) la pertinence des thèses marxistes en ce qui concerne le salariat.

· Un participant fait remarquer que les pays communistes n’ont pas appliqué les thèses marxistes et ont perpétué la division entre oppresseurs et opprimés en installant de surcroît des dictatures dans lesquelles les prolétaires n’avaient pas le droit de grève. Il lui est répondu que la situation de l’URSS au moment de la guerre civile  a mis Staline dans une position de repli sur son pays et celui-ci a choisi de créer une bureaucratie sans lien avec les thèses de Marx.

· L’analyse du système capitaliste par Marx garde cependant toute sa validité.Elle est reprise aujourd’hui par des non-marxistes. Les actionnaires demandent toujours plus de profit aux entreprises (de 8 à 15%), les contraignant ainsi à pressurer les salaires. Le salarié est bien dans l’obligation, pour vivre, de vendre son travail à un patron. Depuis le fordisme, le salarié n’est plus maître de son outil de travail. Son travail lui échappe. L’économie actuelle se financiarise de plus en plus et il y a une réelle tendance à exploiter les salariés pour « remplir »  les bulles financières.

 

2) Asservissement et liberté.

- Dans le Traité Constitutionnel, il est écrit que le travail doit être librement choisi et accepté. Dans un premier temps remarquons que le droit au travail est souvent bafoué et, d’autre part, il arrive que le salarié intériorise une forme d’asservissement au travail. La psychologie sociale nous démontre avec Jean-Léon Beauvois (expérience de Milgram) comment le salarié peut entrer dans une forme de servitude volontaire en reniant ses valeurs personnelles. L’asservissement prend ainsi des voies plus complexes que celles de la domination explicite de l’exploiteur. A cela on peut rétorquer qu’accepter librement le travail ne signifie rien, tant il est vrai que c’est le système capitaliste qui est en lui-même liberticide en empêchant tout contrôle des salariés sur les moyens de production. Depuis les années 1980, les grosses concentrations ouvrières ont tendance à disparaître pour laisser la place à la sous-traitance. Cette situation induit de profonds  changements sociétaux.

 

- Toute relation de travail implique une subordination qui met de plus en plus le salarié sous emprise dans l’ensemble de son temps de vie. Le citoyen devient une sorte de marchandise (son temps de cerveau est utilisé par les médias, ses données personnelles sont véhiculées sur internet, son pouvoir d’achat est aliéné). Les fortunes les plus élevées appartiennent au monde du numérique comme Google. Un intervenant exprime son ressenti d’absence de liberté : il est obligatoire de gagner de l’argent pour vivre et le travail est le plus souvent lié à une forme de subordination.

 

- L’esclavage pour dette est un élément important du débat. De nombreuses personnes sont contraintes de travailler pour leurs débiteurs.  Par ailleurs le chômage devient une donnée institutionnelle qui, au lieu d’être un instrument d’émancipation, devient une façon de créer l’angoisse pour le salarié.

 

- Il y a une cependant des différences entre asservissement et esclavage.

L’esclavage est à mettre en relation avec la Charte des droits de l’Homme alors que l’asservissement est induit par le capitalisme, en particulier le capitalisme financier qui a modifié le management  en profondeur pour obtenir davantage de rentabilité. Le contrôle politique est quasi-inexistant sur cette évolution destructrice. En ce qui concerne l’esclavage, soulignons que la Convention internationale qui réprime la traite humaine reste peu appliquée.

Peut-on dire que l’esclavage moderne est la pauvreté ?

L’esclavage domestique existe dans les pays européens. Il est le fait de certains élus et diplomates très au fait des législations et capables de jouer avec les limites légales.

 

3) Quelles solutions face aux situations d’asservissement et d’esclavage ?

 

- En remarques préliminaires

la nostalgie d’une forme de servitude volontaire, notamment dans les pays de l’Est refait surface dans la mesure où les populations avaient de quoi vivre sous le régime communiste et font aujourd’hui l’expérience d’un capitalisme dur.

Vivre l’aliénation suppose d’avoir un minimum de prise de conscience de sa situation pour la nommer.

Il y a un lien entre marxisme et productivisme ; Il faut produire plus pour pouvoir partager davantage.

 

- Les pistes de réflexion pour sortir de l’impasse :

a) Le consommateur informé peut éviter d’acheter des produits fabriqués par des enfants du Tiers-Monde dans des conditions d’exploitation grave. Cela concerne les personnes qui ont vraiment le choix de leur consommation en fonction de leurs moyens financiers.

b) Des règles internationales concernant le droit du travail doivent intervenir tout en sachant que la loi de la concurrence pour abaisser le coût du travail régit le plus souvent tout le commerce.

c) Jérémy Rifkin, politologue américain, propose une mesure porteuse d’espoir. Il s’agit d’un salaire garanti de la naissance à la mort et qui supprimerait en grande partie l’angoisse de la recherche d’emploi.  Le jeune pourrait ainsi prendre le temps de choisir sa voie. Le calcul en France qui consisterait à supprimer les allocations d’aides fort diverses montre qu’il serait possible de verser ce salaire garanti. Ce qui semble freiner le changement, c’est l’absence d’éducation à la liberté.

d) La lutte contre l’anxiété qui nous piège et nous empêche de sortir de l’asservissement est également une piste intéressante.

 

Suppression de l’esclavage : aperçu historique

 

1792 L'État danois (alors associé au Royaume de Norvège) est le premier à abolir officiellement la traite des humains.

1848 (27 avril) République Française décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies française. Cette idée humaniste est défendue depuis 1748 et des décisions diverses et locales sont prises en sa faveur. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la  Convention abolit l'esclavage que Napoléon rétablira en 1802.

1930 : le Bureau international du travail adopte une convention visant à supprimer le travail forcé "sous toutes ses formes dans le plus bref délais possible".

1948 : les Nations unies proclament dans l'article IV de la Déclaration universelle des droits de l'homme que "nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes".

1949 : l'ONU adopte également une "Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui".                

1956 : nouvelle Convention qui "recommande l'abandon" de la servitude pour dettes, du servage, du mariage forcé, de la vente ou cession d'une femme par ses parents, son tuteur ou sa famille, de sa transmission par succession de la mise à disposition d'un enfant ou d'un adolescent en vue de l'exploitation de sa personne ou de son travail.

1957 : l'Organisation internationale du travail adopte une convention visant à "supprimer le travail forcé ou obligatoire et à n'y recourir sous aucune forme".

L'arsenal législatif et réglementaire visant à abolir l'esclavage moderne n'a cessé de s'élargir, pour tenter d’y englober toutes ses nouvelles formes.

 

L’esclavage ancien "classique"

l'esclave est une personne non libre, un bien, une marchandise, un instrument économique pouvant être vendu ou acheté ( un esclavage que l'on peut qualifier de "physique" )  

semble définitivement aboli dans la plupart des pays du monde

il persisterait cependant  des marchés aux esclaves dans quelques pays, notamment au Soudan (cf Mende Nazer, Damien Lewis : Ma vie d'esclave) et en Mauritanie ; pays où l’esclavage est officiellement aboli.

 

L’esclavage a-t-il pour autant disparu ?

 

NON : on peut aujourd’hui parler d’esclavage moderne

La diversité des formes d'asservissement rend difficile une définition claire de ce qu'est l'esclavage moderne.

Quelques constantes permettent  de dresser un  contour de ce que l'on désigne par "esclavage moderne", il est notamment (mais pas exclusivement) caractérisé par :

• le travail forcé, sous la menace de sévices corporels ou psychologiques ;

 

• une relation de propriété ou de quasi-propriété d'un esclave par un "employeur", où l'esclave est maintenu dans cette relation de dépendance par des sévices, ou menaces de sévices, corporels ou psychologiques ;

 

• une déshumanisation de l'esclave qui n'est plus traité comme un être humain, mais comme une marchandise, et acheté ou vendu comme tel              (ici l'esclavage moderne apparaît en fait comme la version contemporaine de l'esclavage classique) ;

 

• des entraves physiques ou une liberté de mouvement restreinte.

 

Les situations d'asservissement restent nombreuses dans le monde.

 

L'Organisation des Nations Unies estime qu'il y aurait aujourd'hui 200 à 250 millions d'esclaves adultes à travers le monde auxquels s'ajouteraient 250 à 300 millions d'enfants de 5 à 14 ans au travail1. Ces chiffres recouvrent toutefois des situations très diverses.

 

La traite d'esclaves

 

Déplacement ou le commerce d'êtres humains, à des fins commerciales.                                                                                        

Migrantes forcées à travailler comme employées de maison.                      

Filières de prostitution dans le monde entier ( ainsi on estime à 2 millions le nombre d'esclaves prostitués en Thaïlande)

Ateliers de production et  activités économiques ( enfants recrutés et transplantés pour du travailler dans des conditions d'exploitation… femmes emmenées  pour travailler dans des ateliers clandestins… hommes emmenés (par ex. Mexique vers Etats-Unis) pour travailler dans des exploitations agricoles.

Trafic d’enfants, emmenés comme travailleurs ou esclaves sexuels y compris  dans un trafic transfrontalier à l'intérieur de l'Europe.

La servitude pour dettes

Plus de 20 millions de personnes dans le monde.                              

L'emprunteur est astreint à travailler sans congé pour le compte du prêteur jusqu'au remboursement de la dette.

Le Comité Contre l'Esclavage Moderne (CCEM) estime à plusieurs dizaines de milliers de personnes en France contraintes de travailler dans des ateliers clandestins pour rembourser une dette exorbitante contractée le plus souvent pour prix de leur entrée dans le pays.

 

Le travail forcé

On parle généralement de travail forcé lorsque des personnes sont recrutées dans l'illégalité par des États, des partis politiques ou des particuliers, et forcées à travailler pour eux, le plus souvent sous la menace de sévices ou d'autres punitions. (ex enfants soldats…trafic de stupéfiants sous contrainte…)

Forme de l'esclavage moderne la plus répandue dans les pays occidentaux.  

Des milliers de jeunes domestiques seraient "employées" illégalement   dans des conditions d'asservissement (confiscation des papiers d'identité, des horaires de travail énormes pour des rémunérations faibles ou nulles, l'isolement (de la famille, des voisins), le tout pouvant être accompagné de brimades physiques et d'abus sexuels.

Des études du CCEM montrent que ce type de travail forcé en France concerne principalement des victimes originaires d'Afrique et d'autres pays pauvres.

 

Les camps de travaux forcés

Au xxie siècle, il existe toujours des camps de travail dans quelques pays, comme la Chine (les laojiao, camps de rééducation par le travail, en République Populaire de Chine) et la Corée du Nord.                                                                                                                   

En Hongrie, le gouvernement veut mettre en place des camps de travail forcé, surveillés par des policiers pour les personnes bénéficiant des aides sociales.

 

Le travail des enfants

Selon le Bureau international du travail, 250 millions d’enfants de 5 à 14 ans travailleraient actuellement dans le monde, dont 50 à 60 millions dans des conditions dangereuses.                                                                                     

Inde, Tanzanie, Pakistan, Haïti…dans le meilleur des cas, ces enfants sont sous-payés, mais la plupart d’entre eux ne reçoivent pas de salaire pour leur peine, certains sont parfois victimes de mauvais traitements.

Sur les 250 millions d’enfants qui travaillent – pour la moitié d’entre eux à temps plein –, 61 % vivent en Asie (dont un million dans le commerce du sexe), 32 % en Afrique et près de 7 % en Amérique latine.                                                           

Deux millions de jeunes sont aussi concernés en Europe, notamment en Italie, en Allemagne, au Portugal et au Royaume-Uni. D'après le Sunday Telegraph, des centaines d'enfants arrivent chaque année en Grande-Bretagne pour travailler dans les restaurants, les ateliers textiles ou pour se prostituer. Ils viennent d'Asie, d'Afrique et d'Europe de l'Est.                                                                                 

Des dizaines de milliers de très jeunes adolescents, souvent originaires du Mexique ou des pays « latinos », travaillent aux États-Unis, ( fermes des États du Sud) .

 

Pistes de réflexion…

2 constantes  s’imposent en matière d’esclavage qu’il  soit ancien ou moderne :

l’asservissement des êtres humains

leur exploitation sans limite, sans contrôle, et sans morale avec pour seule fin l’accumulation de richesses au profit exclusif de quelques uns

 

Peut-on parler d’un nouvel esclavage financier ?

…. dans un monde où 1% de la population possède 40% de la richesse de la planète, dans un monde où 34.000 enfants meurent chaque jour de pauvreté et de maladies évitables et où 50% de la population mondiale vit avec moins de deux dollars par jour.

……individus et pays sont contraints de s’endetter pour survivre, sans espoir de se débarrasser de ces dettes contraintes…système qui assure un profit exponentiel à un  petit nombre d’individus en raison même de l’impossibilité d’aboutir au remboursement total de la dette…

c’est l’autre constante de l’esclavage : l’asservissement.

 

La mondialisation favorise-t-elle l’esclavage ?

exploitation sans limite, sans contrôle, et sans morale des plus pauvres                 

on privilégie le moins disant pour le travailleur…

sans limite dans l’exploitation de l’homme ainsi la Chine délocalise en Ethiopie ou le salaire d’un ouvrier est de 40€ / mois !

utilisation des différences en matière de droit du travail (y compris entre pays européens)…moins disant social…

 

Rôle du chômage: l’esclavage de survie…l’exploitation des plus vulnérables

travail au noir… rétribution sans rapport avec le travail accompli…petites annonces mensongères… prostitution…

La pauvreté est-elle indispensable aux esclavagistes ?

Le libéralisme favorise-t-il l’esclavage ?

Le développement des moyens de communication (transports..internet..) est-elle un facteur de lutte contre l’esclavage ou au contraire le favorise-t-elle ?

 

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Café politique du 11 octobre 2012

 

La politique doit-elle être une profession ?

 

La professionnalisation de la politique

Cet exposé fut inspiré par la lecture de quelques pages de Daniel GAXIE et de Joseph SCHUMPETER

Les origines : La politique apparaît en Grèce vers le Vème siècle avant J. C., en même temps la démocratie. Elle implique la participation de tous les citoyens, c’est-à-dire les membres de la cité, aux délibérations et décisions concernant la conduite des affaires publiques. Mais on note déjà l’exclusion d’importantes couches de la population, à savoir : les femmes, les métèques et les esclaves, alors que ce sont ces dernières qui assurent l’essentiel du travail productif.

Au XIXème siècle l’on assiste à un mouvement en faveur de la professionnalisation de la politique, afin de permettre une démocratisation et rendre les fonctions électives en principe accessibles à tous. Celles-ci étaient auparavant occupées par des notables, élus au suffrage censitaire, que leur fortune autorisait à exercer bénévolement leurs charges. Les parlementaires sont donc rémunérés pour permettre aux personnes sans fortune d’accéder à un mandat électif. Ce fait devait également permettre de lutter contre la corruption. Ayant un revenu, les élus n’étaient moins sensibles aux pots de vin des corrupteurs.

Définition de la profession selon le Larousse :

- 1 activité rémunérée et régulière exercée pour gagner sa vie

- 2 métier de caractère intellectuel, artistique, etc. qui donne une position sociale plus ou moins prestigieuse.

Comme nous allons le voir, cela s’applique tout à fait au champ politique.

Le terme de professionnalisation suppose des oppositions : d’une part entre consommateur et producteur, d’autre part entre profane et initié, mais aussi entre élus et électeurs ; ceci sous entend deux mondes hermétiquement séparés.

Cette distinction entre le professionnel et le citoyen lambda est consécutive à une division du travail impliquant :

- Un apprentissage et une formation spécifiques (Sciences-Po, ENA….).

- Une initiation permettant l’accès à un groupe réduit, ayant ses usages propres et un réseau relationnel.

- Un langage spécifique.

- Une rémunération.

 

Le cumul diachronique et synchronique des mandats accentue la confiscation du pouvoir politique par une caste fermée. Les politiques s’accrochent à leur mandant en restant longtemps en poste tout en additionnant plusieurs charges (locale, régionale, nationale) sur la même période.

La professionnalisation ne concerne pas que les élus mais également d’autres catégories.

- L’administration : il s’agit de professionnels qui ne sont pas des élus mais qui se révèlent indispensables au fonctionnement du système. De fait, ils détiennent l’essentiel du pouvoir ; en effet ce sont les fonctionnaires des cabinets qui élaborent les lois, organisent et supervisent le fonctionnement des services de l’État. Même dans les corps intermédiaires, (syndicats, associations) ce sont des permanents qui occupent les fonctions clés. Cela aboutit au développement de réflexes corporatifs chez ces catégories de personnels.

- Les médias : y interviennent également des professionnels, mais ils deviennent de plus en plus spécialisés. Ils orientent l’approche du politique selon l’aspect stratégique, les querelles de personnes, les perspectives de carrière et la vie privée des élus. Ils cultivent le sensationnel au détriment du fondamental et du débat d’idée.

- Le marketing politique : auparavant la préparation des élections se faisait avec des partisans de bonne volonté qui distribuaient des tracts et collaient des affiches. Maintenant les campagnes politiques sont organisées par des spécialistes de la communication, donc par des professionnels qu’il faut rétribuer. Les wich doctors (les sorciers) élaborent des mythes dans le cadre du story telling. Les conseillers en communication oeuvrent pour améliorer l’image du personnage politique, comme on le ferait pour vendre un produit.

 

Les dangers du système.

Nous pouvons distinguer cinq grands périls : l’oligarchie, le formatage, le carriérisme, le clientélisme et la bureaucratie.

- L’oligarchie. La captation, le détournement et la confiscation du pouvoir politique par une fraction réduite de la population s’auto-reproduisant, aboutit, in fine à l’établissement d’une oligarchie.

- Le formatage. Le formatage et l’adhésion à une pensée unique sont favorisés par une formation commune et l’appartenance aux mêmes cercles de pairs. Par exemple, la promotion du capitalisme financier et spéculatif, ainsi que le choix des politiques de rigueur, sans effet bénéfique pour les pays endettés, n’est pas étranger à la main mise par Goldman- Sachs sur des postes clés.

 

Même formation, mêmes écoles, même système de pensée conduisent à avoir des représentations homogènes et sclérosées, sans capacité d’innovation. Les intéressés se défient des solutions originales pouvant menacer le modèle établi. L’absence d’‟agir communicationnel” (notion développée par le philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas) stérilise le débat d’idée ainsi que l’émergence de nouvelles solutions. Un profane ne peut plus se présenter aux élections, il n’y a donc plus de candide, plus d’oeil neuf, plus d’innovation.

- Le carriérisme. Certains personnages politiques se préoccupent essentiellement de leur réélection et de leur plan de carrière au préjudice du bien commun, le carriérisme prime avant tout. Le star-system et la ‟pipolisation” sont encouragés par les médias, avides des profits procurés par les audiences importantes, c’est la dictature de l’audimat.

- Le clientélisme. Cet état de fait permet le développement de groupe d’électeurs dépendant d’avantages acquis ou promis. Cela se constatait déjà dans la Rome Antique. Actuellement, ce mode de fonctionnement a été particulièrement développé par Hugo Chavez au Venezuela.

- La bureaucratie. Son déploiement est favorisé par la confiscation des responsabilités par les fonctionnaires et les experts, tous issus du même sérail et des mêmes écoles.

 

Comment réagir ?

Une des solutions peut consister à impliquer davantage les citoyens dans le jeu politique. Celui-ci a d’autres enjeux que les tribulations des ses acteurs, mis en vedettes par les médias.

Par l’éducation :

- 1) La formation initiale : Par l’enseignement de l’instruction civique qui consiste en une explication de l’organisation de l’État et du fonctionnement des institutions. En favorisant des expériences de démocratie comme les élections de délégués et l’organisation de débats concernant des sujets sociopolitiques. Ces mesures existent déjà mais elles apparaissent trop scolaires et surtout comme une charge de travail supplémentaire, portant sur des sujets considérés comme accessoires, alors que le but visé est le devenir du citoyen averti et impliqué.

- 2) La formation permanente : Ce rôle était autrefois partiellement assumé par le Parti Communiste, notamment à l’attention des couches populaires. Même si le message était orienté, il menait à l’éveil d’une conscience politique et permettait une véritable transmission de savoir.

 

Par la démocratie participative :

Elle est une façon d’amener le profane à réfléchir et à décider, à petite échelle, à propos de réalités le concernant plus directement.

Par le développement des think tanks et autres clubs de réflexion :

Leur rôle est de développer des débats politiques instructifs et constructifs, à l’inverse des oppositions infantiles et manichéennes, dans le but d’aboutir à un ‟agir communicationnel” permettant d’enrichir les différents participants. Les journées du Nouvel Obs’, qui ont lieu à Strasbourg, autorisant des échanges directs entre des citoyens et des experts politiques, sont une illustration des manifestations pouvant entrer dans ce cadre.

Par l’expérimentation sociale et politique :

Elle consiste à mettre en oeuvre, certaines idées, à une échelle réduite et sans préjugé dogmatique, et de suivre leur évolution avec une évaluation de leurs conséquences. Trop souvent certaines initiatives font l’objet de jugements catégoriques a priori, sans que l’on dispose de données fiables quant à leurs effets. Comme exemple, les tentatives de libéralisation de certaines drogues, les Sociétés Coopératives d’Intérêts Collectifs de l’Économie Sociale et Solidaires, les tentatives de mise en place d’alternatives à l’incarcération (le PSEM : Placement sous Surveillance Électronique Mobile), etc.

L’expérimentation sociale et politique devraient pouvoir être proposée par des citoyens et pas seulement à l’instigation des autorités.

Par le référendum d’initiative populaire :

L’initiative de ce type de référendum revient aux citoyens avec nombre requis de signatures. Il devrait pouvoir exister à tous les échelons (municipal, régional, national et européen).

Nous avons vu que lutter contre la professionnalisation de la politique demande une implication du citoyen. On peut alors se demander si les crises économiques récurrentes ne sont pas provoquées dans le simple but d’appauvrir les populations pour que celles-ci, préoccupées par leurs conditions de survie, se détournent de la conduite des affaires publiques, laissant les mains libres aux politiciens et aux financiers ?

 

A près l’intervention de Pascale ci-jointe, le débat s’amorce.

 

Les inconvénients du système électif actuel en France :
 

• Il favorise le cumul des mandats à cause de la tradition napoléonienne de l’ancrage territorial. En 2007, 76,2% des députés ont au moins un mandat local et 45, 8% d’entre eux sont maires. Un député maire, en moyenne, est le patron de 674 salariés à plein temps. Il s’agit d’une exception française renforcée par les institutions de la Vème République. Dans les autre pays européens il existe peu de cumul des mandats locaux et le cumul de mandats d’exécutif territorial est interdit. La personnalisation du mandat de maire en France est en partie liée à la faible autonomie fiscale des communes par rapport à l’Etat. Il est donc nécessaire pour le maire de s’inscrire dansl’espace national pour garder la confiance de ses électeurs.

• En-dehors du cumul synchronique, il y a le cumul diachronique qui fait que certains politiques exercent des fonctions électives toute leur vie en ayant commencé leur carrière politique par l’échelle territoriale la moins étendue.

• Au fil du temps, il ya a eu un empilement des systèmes électifs qui a créé des doublons, notamment au niveau départemental et régional. Par ailleurs certains élus sont peu connus de leurs électeurs. Qui peut donner le nom de son député européen ?

• Il existe aussi une autre sorte de cumul qui consiste à réserver des postes pour les élus locaux dans des sociétés d’économie mixte comme le Port autonome de Strasbourg ou ES (Electricité de Strasbourg) par exemple.

• Du fait des « carrières » de longue durée en politique certaines catégories comme les ouvriers, les chômeurs ne sont pas représentées et la place des femmes et des personnes issues de la diversité reste minorée.

• Le système actuel permet à une caste donnée d’imposer sa loi à une majorité.

« L’art consommé de la politique étant de faire adhérer le profane à des choses qu’il ne maîtrise pas ». Le plus souvent les députés sont enclins à décider en fonction de leurs intérêts d’éligibles plus qu’en fonction de l’intérêt général.

• L’indice de corruption en France est en augmentation continue. On est loin de traduire un Président en justice comme en Islande. Le secret, la rétention, la collusion sont souvent pratiqués comme le montre le dîner du siècle dans le film, Les Chiens de garde.

• Il paraît difficile de modifier le système dans la mesure où ce sont les députés eux-mêmes qui doivent voter des lois qui restreindraient leur pouvoir !

• Il arrive assez souvent que l’électeur se prononce davantage contre un candidat que pour un autre. Cette élection par défaut crée une interrogation sur la manière dont le candidat élu va représenter l’électeur. Bruno Latour propose un Sénat qui ferait la place aux non-humains (végétaux, animaux) et dont les votes d’expertise concerneraient des choix environnementaux.

Comment répondre aux critiques de la professionnalisation de la politique en France ?

• Le système du tirage au sort :

Les avantages :

Au départ les Grecs mettent ce système en place parce qu’ils sont conscients des limites de la nature humaine très tentée par l’argent, le pouvoir, la notoriété. Il est alors essentiel de faire tourner les personnes et que leur mandat soit non renouvelable. La compétence initiale n’est pas une nécessité : aujourd’hui, également, certains ministres sont comme « tirés au sort » dans la mesure où ils exercent

des fonctions qui ne sont pas de leur compétence initiale et se forment « sur le tas ».

Le tirage au sort se pratique en France pour les jurys d’assises et dans le cadre d’un syndicat dans les armées.

Les inconvénients :

- Il faut des compétences pour exercer certaines fonctions électives et le processus évoqué par Etienne Chouard pour acquérir un discernement sur les choix à faire semble trop chronophage (en Afrique un groupe de personnes font intervenir des pour et anti- OGM plusieurs fois en alternance pour se faire une idée sur la question).

- Il est difficile de mettre en place un système de tirage au sort comme celui de la Grèce du Vème siècle avant Jésus-Christ. Les rapports sociaux sont structurés autrement aujourd’hui et les questions à traiter bien plus complexes.

• Autres alternatives au tirage au sort :

- La modification radicale des institutions pour éviter la professionnalisation de la politique qui existe ailleurs qu’en France

hors cumul des mandats.

- Introduire la notion de révocabilité si le programme électoral n’est pas appliqué.

- Etablir des contrôles sur le fonctionnement démocratique (révision des comptes, possibilité de repentance si la politique ne répond pas aux besoins).

- Libérer du temps pour que le citoyen puisse faire de la politique.

- Enseigner la pratique démocratique en classe plutôt que de faire des cours d’instruction civique. La seule émancipation réelle passe par l’instruction.

- Acquérir la culture de la vérification de l’information et comprendre comment sont faits les logiciels.

- Eviter la délégation de pouvoir en instituant des consultations par internet (les outils existent pour le faire, voir le Parti Pirate). Les propositions de loi sont ainsi apportées par les participants qui les affinent. Quand une proposition récolte une vaste approbation, elle devient instance et arrive à un niveau élevé d’assentiment. Elle pourrait ainsi entrer dans le champ public.

- En publiant toutes les informations qui montrent les dangers pour la démocratie de la professionnalisation de la politique, le système ira de moins en moins bien. Les députés devront un jour, d’une manière ou d’une autre, rendre des comptes.

- En tant qu’électeur, ne pas réélire des candidats qui cumulent les mandats et se représentent pendant des décennies !

Conclusion

De manière éthique, il ne semble pas possible de professionnaliser la politique sous peine d’en exclure au niveau de la représentation nationale des pans entiers de la population. Le système actuel en France laisse en suspens de nombreuses questions comme celles de la parité réelle, du vote blanc, de l’abstentionnisme qui peut être massif. Le peu d’implication dans la vie politique pourrait être combattu par le système plus impliquant à titre individuel qu’est le tirage au sort. A tout le moins, il conviendrait de mettre en place des systèmes de contrôles et de révocabilités qui feraient apparaître la démocratie élective comme moins discrétionnaire et corrompue.

 

Quelques observations sur le thème de professionnalisation des représentants :

 

Les mandats locaux permettent-ils de jouer le plus de local et le moins d’Etat ? Mais pour une saine gestion des finances locales, la neutralité d’un décideur jacobin lointain serait-elle moins dangereuse qu’un décideur local trop complaisant. Le clientélisme local peut faire déraper les finances locales, surtout si le cumul de mandats permet de potentialiser la capacité de décider.

Professionnalisme : Ainsi pour la loi sur le mariage homosexuel, peut-on envisager qu’un représentant tiré au sort puisse dans des délais raisonnables être capable d’imaginer toutes les répercussions de cette loi, dans le domaine du mariage, de la filiation, du code des impôts, de la succession…….et même si le représentant s’appuie sur des spécialistes du domaine, quel challenge !! Surtout que les représentants du peuple font un travail gigantesque en commission ou en mission d’étude. Souvenons-nous que Pierre Bérégovoy ministre des finances n’avait pu contrôler ses directeurs du budget qui ont été libres de déréguler la bourse avec tous les inconvénients y afférents, voilà ce qui pourrait advenir avec des représentants inexpérimentés !!

Cumul des mandats locaux : Le cumul par exemple entre le mandat de maire et de conseiller général, peut permettre de faciliter le financement de projets communaux, en ayant plus de poids sur les décisions budgétaires.

La complexité de la finance, de l’économie et de l’administration, commande que des décisions de plus en plus importantes soient prises dans des délais de plus en plus courts ; alors imaginer que des novices advenus aux affaires par suite de mandats non reconduits, puissent agir rapidement ?

 

Gérard

 

 

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Café politique

Référendum et démagogie

Présenté par Pierre Nicolas - Le 7 juin 2012

 

Le référendum est une procédure se réclamant des idéaux démocratiques, par laquelle  « le corps des  citoyens est appelé à exprimer, par une votation populaire son avis ou sa volonté à l’égard d’une mesure qu’une autre autorité a prise ou envisagé de prendre » et qui sera suivie d’effet ou adoptée qu’en cas de réponse positive.

Le mot de référendum n’apparait pas dans les constitutions françaises avant 1958.

Il était remplacé par des termes tels que consultation ou appel au peuple.

On parle désormais souvent :  de référendum consultatif

                                                      de consultation référendaire

Historiquement, en France, le référendum est marqué du sceau révolutionnaire.

Il a été inventé en France en 1793 pour l’adoption de la constitution jacobine.

Il eut un usage plébiscitaire sous Napoléon I, puis sous Napoléon III.

Ces pratiques furent à l’origine de l’extrême méfiance qui sévit pendant presque toute la durée de la IIIe République.

A la libération, le Général de Gaulle réintroduit l’usage du référendum.

Deux fois en 1946, les français se prononcèrent sur le projet constitutionnel dont devait naitre la IVe  République.

En 1958, à son retour au pouvoir, le Général de Gaulle eut recours au référendum pour ratifier la nouvelle Constitution de la Ve République et en introduire l’usage dans l’exercice de la souveraineté populaire dans des domaines spécifiques.

En 1961, il y eut un référendum sur l’auto détermination de l’Algérie qui permit de faire participer le peuple français au processus de décolonisation.

En 1962, fut modifié le mode de scrutin d’élection du Président de la République au suffrage universel.

En 1969, une révision portant sur la réforme du Sénat fut rejetée et entraina la démission volontaire du Général de Gaulle.

En 1992, le Traité de Maastricht a été soumis au référendum par le président Mitterand.

En 2000, fut introduit le quinquennat synchronisé avec les élections législatives.

En 2005, les français ont rejeté le Traité établissant une Constitution de l’Europe.

On notera que le recours au référendum a toujours concerné le domaine politique et plus particulièrement celui de la souveraineté.

Dans le domaine sociétal, d’importantes réformes sont restées en dehors du domaine référendaire, telles que

- En 1974, l’abaissement de la majorité civile à 18 ans

- En 1975, l’IVG est adopté provisoirement, en attente d’une décision définitive en 1979.

- En 1981, l’abolition de la peine de mort.

Je viens d’évoquer rapidement l’usage, en France, du référendum dont la pratique est souvent empreinte de démagogie qui s’insinue dans l’énoncé même de ma question faisant l’objet du scrutin.

Les ambigüités qui s’insèrent dans la définition même de l’expression de la volonté populaire, favorisent toutes les manipulations.

Il en est ainsi pour toutes les formes d’expression directe ou indirecte de la volonté du peuple.

Ainsi, la démocratie représentative la plus souvent pratiquée en Occident ne peut éviter les détournements et manipulations notamment par le truchement des lois électorales.

Les scrutins majoritaires permettent permettent en apparence de clarifier la vie politique en la rendant plus efficace mais en éliminant une fraction importante de l’échiquier politique.

A l’inverse, les scrutins à la proportionnelle intégrale débouchent sur l’appel aux petits partis pour la constitution de majorités. Leur avis devient parfois prépondérant en partant de positions souvent démagogiques.

A la limite extrême en matière de représentation, Hobbes dans le Léviathan préconise la « délégation totale de la souveraineté populaire à un monarque ».  

Dans le Contrat Social, Rousseau affirme que le peuple doit passer un contrat avec les dirigeants dont l’action doit relever exclusivement de la Loi.

Le dirigeant n’est que l’exécutant du peuple qui reste titulaire du pouvoir législatif.

Rousseau remarque que sitôt que le peuple a élu des représentants, il en est l’esclave.

Toute représentation correspond à une abdication.

Je ne partage que modérément cette opinion car si les représentants élus peuvent facilement détourner la volonté populaire, celle-ci n’est souvent exprimée en certaines matières que par des incompétents qui sont d’autant plus sensibles à la démagogie.

On peut épiloguer à l’infini sur l’usage de la démagogie en politique et notamment en matière de vote, qu’il s’agisse de référendum ou de toute expression de la volonté populaire.

En matière de référendum, le détournement apparait dans le devoir de certains dirigeants d’affirmer leur pouvoir en ajoutant, par exemple, un paragraphe sujet à contestation à la présentation d’un texte à caractère très consensuel.

Au cours de l’Histoire, on a naturellement remarqué que le respect de la volonté populaire peut nuire à l’efficacité.

Ainsi, dans l’Antiquité, les Guerres du Péloponnèse (entre -431 et -404) se sont achevées par la victoire de Sparte, l’autoritaire, sur la Démocratie Athénienne.

L’usage de la démagogie est intimement lié à la vie politique. Faut-il pour cela se désespérer ?

Je ne le pense pas car à défaut de pouvoir éliminer la démagogie on peut en réduire l’impact notamment par l’instruction des citoyens.

La culture est le meilleur remède à bien des maux.

Il faut apprendre à apprendre, bien situer les évènements dans leur contexte et contrairement aux propos d’un personnage médiatique abject et minable garder le maximum de cerveau disponible pour réfléchir avec sérénité et empathie.

Je terminerai en rappelant cette définition devenue très banale mais tellement perspicace que la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres.

 

Pierre NICOLAS                06 19 43 77 04

pierrenicolasconsult@hotmail.com  

 

· * * *

Débat sur le thème: référendum et démagogie.

Café politique du 7 juin 2012.

 

Après l’exposé de Pierre, le débat s’ouvre en particulier sur les réticences à l’égard du processus référendaire.

- Consulter par référendum peut se comparer aux sondages. Or le politique doit pouvoir aller à l’encontre de l’opinion.

- Par principe la souveraineté s’exerce par le biais de la démocratie représentative en France. Les élus sont mandatés pour une durée donnée. Le mandat est une responsabilité de nature globale et plénière. Cette manière d’exercer la souveraineté par délégation implique que des élus soient à temps plein dans la politique. Ils sont ainsi davantage «sachants» que le citoyen électeur. Le référendum peut apparaître comme une remise en cause du système représentatif étant entendu que dans des circonstances exceptionnelles comme pour le référendum gaullien concernant la Constitution de 1958, ce processus peut être efficace.

- L’exemple anglais montre que la notion de référendum peut être sans pertinence dans ce contexte national précis. En effet, c’est le Parlement qui  établit les règles de droit qui ne peuvent pas être remises en question par des manifestations quelles qu’elles soient. Une fois une loi promulguée, le respect de la norme s’impose. Il s’agit d’un aspect presque pédagogique: si une loi est votée, c’est au Parlement de la remplacer et à lui seul, c’est-à-dire à la souveraineté nationale, au peuple représenté par ses élus. L’hypothèse de l’usage référendaire troublerait la perception du fonctionnement des institutions qu’en ont les citoyens. Les Allemands ne font guère référence au référendum dans leur Constitution par méfiance apparemment.

- L’énoncé des questions référendaires et les textes présentés sont quelquefois contestables. Il est ici question par exemple du référendum de 2005 sur la Constitution européenne très difficile à lire dans sa totalité...

- Il manque un cadre clair pour la procédure référendaire. Pour le référendum de 1969 sur la suppression du Sénat, le référendum était indispensable. Pour autant l’enjeu de cette consultation était le rapport de pouvoir de Gaulle, Pompidou et Giscard.

Il existe des exemples qui  vont dans le sens de l’exercice direct du pouvoir par le peuple hors de la démocratie représentative.

- Le pays le plus emblématique à cet égard est bien entendu la Suisse. Lors de leurs votations au niveau du plus petit canton ou au niveau du pays, il peut y avoir présence de démagogie, mais certainement pas davantage que dans les mesures et discours de nos élus représentatifs. Ce processus, autant le vote par acclamation dans le petit canton d’Appenzell qu’à l’échelle du pays dans son ensemble, remet en question la notion de représentation. Il reste que la Suisse est un petit pays et qu’à l’ échelle d’un grand pays, ces procédures paraissent bien complexes. Pourtant un intervenant évoque le principe de la démocratie directe qui pourrait s’exercer dans les petites communes pour des choix locaux, mais aussi à plus grande échelle pour décider de questions d’envergure comme le nucléaire...La France deviendrait ainsi une sorte de fédération de communes ou de régions ayant un pouvoir délibératif.

- Dans le cadre des entreprises, il serait aussi possible de mettre en place une forme d’autogestion qui donne le pouvoir aux salariés sur le modèle de l’économie sociale et solidaire. L’exercice de la démocratie directe nécessite beaucoup de rationalité et d’expertise.

Référendum et démagogie.

- L’appel direct au peuple par référendum doit tenter d‘éviter la démagogie, mais pour autant la démagogie est inhérente à tout exercice démocratique.

- Donner foi uniquement au mode de représentation en pensant que les experts européens sont des modèles (mise en place par exemple de la généralisation de la TVA  en harmonisant les règles communautaires) peut prêter à discussion.

- Il serait intéressant de se demander quel est le bon niveau pour traiter les questions. Il pourrait y avoir des approches différentes décisionnelles dans un pays allant de certaines formes de démocratie directe, au passage par la consultation populaire et par l’existence d’une démocratie parlementaire représentative.

- Dans tout contexte politique, l’éducation du citoyen reste une garantie de lutte contre la démagogie que ce soit par l’école ou le débat public digne de ce nom.

- Une intervenante fait remarquer qu’avant de voter pour les législatives il serait bon de fréquenter les permanences des futurs élus pour discuter en direct avec eux et se forger une opinion éclairée.
P.S. De Jean Brice (qui fait remarquer que PS n’a aucun rapport avec le parti!):

J'ai insisté sur le péril de la démagogie menaçant la démocratie.

Car si le peuple est certes souverain, ce n'est pas le seul principe animant ce régime, il faut aussi prendre en compte la liberté, l'égalité, le respect de la loi,la notion de division des pouvoirs et le respect des contre-pouvoirs...

Si ces impératifs sont respectés,il ne me semble pas préjudiciable de recourir au référendum, y compris d'initiative populaire. Ceci  peut constituer un moyen d'animer et de faire vivre la démocratie.

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Café politique du 26 avril 2012

Corruption et politique


suivi des interventions des membres d’Anticor 67

 

Après l’intervention de plusieurs membres de l’association Anticor 67, le débat commence.

 

1) Pour ou contre la lutte contre la corruption?

- Un examen critique de la notion de corruption pourrait dans un premier temps laisser penser que dans un système libéral où c’est la main invisible du marché qui est à l’origine de la régulation, la corruption peut être l’expression d’une forme de liberté. Mais très vite la corruption semble être la cause d’inégalités majeures, d’une certaine inefficacité et de l’irruption de la violence et du crime organisé (rôle de la mafia).

- Le combat contre la corruption peut être un alibi et donner bonne conscience. Il pose la question du moment où débute réellement la corruption. Une partie de la réponse à cet argument est de dire qu’il existe des limites établies par la loi.

- La tolérance zéro contre la corruption pourrait rendre la décision politique trop procédurale et entraîner des pertes de temps préjudiciables en cas de décisions urgentes à prendre. Trop de légalisme nuirait à l’action politique. A quoi il est objecté que les contrôles ont lieu a posteriori  et à ce titre ne sont pas pénalisants pour les prises de décisions.

- Il faut réfléchir aux rapports entre le pouvoir et la lutte contre la corruption. Qui va contrôler la corruption? Qui financera les contrôles? Quel rôle pour les associations?

 

2) Etat des lieux de la corruption.

- Historiquement, la corruption est ancienne. Cicéron s’emportait déjà contre Catilina! Le népotisme a été de tous les temps et la simonie une forme de corruption au sein de l’Eglise catholique. La corruption n’est l’apanage d’aucun régime en particulier qu’il soit libéral ou dictatorial. La corruption peut être liée au degré de féodalité d’un Etat (voir les Âmes mortes de Gogol).

- La corruption économique est toujours d’actualité:les groupes de pression industriels ont l’oreille des parlementaires. Des textes de loi sont envoyés par des entreprises et ne sont guère contrecarrés par d’autres éléments législatifs contrairement aux pays nordiques où l’initiative économique subit moins ces pressions et où des règles plus claires favorisent des décisions plus pertinentes dans le domaine économique. Par ailleurs des experts économiques dénoncés par Laurent Mauduit dans son ouvrage, Les Imposteurs, monopolisent la scène médiatique et influencent les politiques générales même après s’être lourdement trompés pour ne pas avoir anticipé l’explosion de la crise de 2008.

 

- Les procédures de contrôle  a posteriori de la corruption sont en régression en France (préfecture et justice). Le pôle financier parisien a perdu beaucoup de ses moyens d’action.

La France, contrairement à de nombreux autres pays, ne permet pas de lever le secret défense.

-  Il est complexe de mesurer le niveau de corruption d’un Etat. Il reste que le nombre de condamnations d’hommes politiques pour faits de corruption est en augmentation. Il est aussi possible de constater que les appels d’offre pour les marchés publics voient le nombre de postulants diminuer. Un problème de méthodologie subsiste en ce qui concerne les instruments de mesure de la corruption aujourd’hui.

 

3) Existent-ils des liens étroits entre la corruption et le système de représentation démocratique?

- Il semblerait que oui. Il conviendrait alors de réfléchir à d’autres  formes de représentations qui favoriseraient moins la corruption. Elles pourraient utiliser  le système  du tirage au sort comme dans un certain syndicalisme militaire ou pour les jurys d’assises. L’objection est de dire que si les citoyens ne sont pas contraints à être présents comme dans le cas des assises, ils se sentent peu concernés (voir l’expérience du tirage au sort pour la constitution des conseils de quartier).

 

4) Les moyens de lutte contre la corruption.

- En dehors des associations comme Anticor il y a des organismes internationaux. Dans le cadre européen, le GRECO, contrôle tour à tour les Etats européens.  Il comprend 49 Etats et les Etats-Unis depuis 15 ans. Il a mis au point une Charte et des procédures de contrôle. En 2012, c’est au tour de la France de faire l’objet des contrôles des Suisses et des Italiens.

- Les élections se passent en partie sous contrôle citoyen en France. Pourquoi les citoyens ne pourraient pas faire de même pour d’autres situations?

- Il existe une vraie asymétrie dans l’accès à l’information qui pourrait être combattue en partie par une politique éducative qui traiterait de la corruption dans les écoles.

 

- Le système de démocratie directe initiée par internet en Allemagne permettrait de mettre en place une démocratie liquide et de lutter contre les dérives de la corruption par l’information.

- Il faudrait établir l’inéligibilité à vie pour les élus corrompus.

- Il convient d’encourager les initiatives citoyennes comme Anticor 67. Notons au passage que les personnes qui l’ont créé, de quelque obédience politique qu’elles viennent, se sont vues rejetées de leur clan politique. Il y a eu un véritable tremblement de terre médiatique lors de la naissance d’Anticor 67 en novembre 2011.

 

En conclusion, toucher à la notion de corruption nous amène à considérer le processus démocratique dans son ensemble et procède d’une réflexion plus vaste sur la place de l’individu dans la communauté politique. Les nouvelles formes de communication citoyenne sur le mode du parti Pirate en Allemagne, l’idée de l’utilisation du tirage au sort pour la représentation démocratique y participent.

 

Intervention des représentants du Groupe local Anticor 67  
au Café politique de Strasbourg le 26 04 2012

 

Intervention de Chantal Augé :

 

Je vous remercie d’avoir  sélectionné le thème de « la lutte contre la corruption en politique » et d’avoir retenu Anticor pour le présenter  et débattre avec vous.

Tout d’abord en introduction et en quelques mots, je souhaite redire qui est Anticor.

Anticor est une association créée en 2002 au lendemain de second tour de l’élection présidentielle qui avait vu l’arrivée de l’extrême droite  en seconde position.

Eric Halphen spécialiste des affaires politico judiciaires est le 1er magistrat à venir soutenir Anticor (il avait instruit l’affaire des HLM de Paris).

Rassemblant actuellement plus de 500 adhérents, des milliers de sympathisants abonnés à son site internet, l’association se développe désormais en Région au travers de ses groupes locaux. Sont présents ce soir plusieurs adhérents du groupe local du bas-rhin. Je suis moi-même animatrice du groupe local 67.

Notre présentation s’organisera autour de 4 prises de parole :

Je vous présenterai un aperçu de la situation qui caractérise la France (cette présentation est largement inspirée du livre d’Eric Alt « L’esprit de corruption » paru aux Editions Le bord de l’eau) et on verra ainsi comment l’organisation actuelle de nos Institutions permet et favorise les dérives. Jean-François  Muller parlera du recul des outils de contrôle et Denis Kauffmann de quelques  actions concrètes que mènent Anticor national dans des dossiers emblématiques.

Enfin, Jean-Luc Filser vous parlera de la charte qu’Anticor propose aux élus et aux candidats aux élections.

Constat de la situation en France :

En 2006, selon le CEVIPOF, 60% des personnes interrogées estiment que les élus et les dirigeants  politiques sont plutôt corrompus, en 09/2011, ils sont 69% à le penser (38% en 1977, 55% en  1990).

Les sondages TNS Sofres confirment ces informations.

Ainsi, fin 2011 72% des Français pensent que le personnel politique est plutôt corrompu. Les jeunes, les ouvriers et les sympathisants du FN sont plus sévères (entre 83 et 89%). Cette tendance à la hausse se vérifie aussi dans  les autres pays européens mais à un niveau moins élevé (71% des italiens 46% des allemands).

Même si la majorité des élus est honnête (différence entre perception et réalité), la vie démocratique est atteinte par la prolifération des conflits d’intérêt, l’oubli de la séparation des pouvoirs, l’abaissement de la justice. L’idéal d’une République irréprochable s’est éloigné.

Dans ce contexte, la résistance s’organise. Certains deviennent lanceur d’alerte (le Dr Frachot avec le Mediator), d’autres avec les armes du droit, d’autres en devenant militant d’une association de lutte contre la corruption. (en France : Anticor, Sherpa ou  Transparency International)

 

La situation qui caractérise la France :

Le financement de la vie politique :

Les  affaires politico financières  des années  80 amènent à légiférer sur le financement de la vie politique  (financement des partis et des campagnes électorales) bien après les autres pays européens. (Allemagne 1966, Italie 1974 et Espagne 1985).

Campagne présidentielle montant maximum autorisé des dépenses : 13.7M€ par candidat et jusqu’à 18.3M€ pour les 2 candidats du 2ème tour.

Les dons des personnes morales sont prohibés et les personnes physiques sont plafonnées à 7500 € pour parti. + 4600 € pour soutenir des candidats à la même élection.

L’Etat rembourse 50% des dépenses si le score est supérieur à 5%.

L’Etat finance les partis en fonction des résultats aux élections législatives et en  fonction du nb de parlementaires élus.

La loi est malheureusement contournée  avec la création des micros partis. Ainsi Mme Betencourt finançait le parti qu’avait créé d’Eric Woerth. Ainsi, il existait 283 micro partis en France en 2008.

Les partis peuvent avoir des liens avec des Fondations. Mais les périmêtres de consolidation ne sont pas définis.

Les cotisations des membres des partis ne sont, quant à elles, pas plafonnées ainsi on peut voir des donateurs devenir des membres bienfaiteurs….

Chaque parti  bénéficie de ces failles  et donc pas d’intérêt politique à se plaindre de ce dispositif.

 

Les outils de contrôle :

Il y en a deux :

Commission pour la transparence financière pour  vérifier qu’au cours d’un mandat un élu ne tire pas avantage  patrimonial illicite de  ses fonctions. (nombreuses mentions facultatives dans ces déclarations et  pas de justificatif exigé)

Aucune poursuite si constat flagrant d’anomalie ou  d’omission. La loi de 2011 n’a pas permis d’intégrer une peine de prison en cas d’évaluation mensongère car Christian Jacob président du groupe UMP à l’assemblée  nationale s’y est fortement opposé. (la sanction est désormais de 30 000 € d’amende)

Commission en charge des comptes de campagne :

Il s’agit d’un contrôle formel, qui se base sur les rapports des experts comptables des  partis, tenus par ailleurs au secret professionnel. Jacques Robert a reconnu en 2011 qu’  « en 1995 le Conseil Constitutionnel a servi de caution à une belle entourloupe ». 10MF de recettes inexpliquées pour Balladur.

Roland Dumas a estimé que la remise en cause des comptes de Balladur ne changerait rien puisqu’il n’avait pas gagné et que  si on remettait en cause ces comptes, il fallait aussi remettre en cause les comptes de Chirac qui n’étaient pas plus justifiés en totalité.

Les conflits d’intérêt :

Le conflit d’intérêt naît de la confusion d’un intérêt particulier et d’un intérêt général. Ils ne sont pas synonymes de corruption mais  s’ils ne sont pas bien gérés, il peut y avoir corruption.

La Constitution interdit à un ministre d’être parlementaire ou à un  ministre d’exercer une activité professionnelle mais le cumul mandat local et mandat ministériel n’est pas interdit.

Exemples  différents: C. Trautmann avec la doctrine Jospin ou actuellement A. Juppé

Le cumul des mandats : est ce une forme de conflits d’intérêt ?

Oui, si le parlementaire, par ailleurs élu local  devient un porte parole d’intérêts locaux.

En 2006 en France 83% des parlementaires cumulaient 16% en Italie,  15% en Espagne, 13% en GB  10% en Allemagne.

Les avantages pour les intéressés : le cumul des rémunérations malgré le pseudo écrêtement : car le surplus > 9700€ peut être versé à l’élu de son choix !!!

2 exemples :

Jean-François Coppé avocat d’un célèbre cabinet d’affaires et ministre (dénoncé par Martin Hirsch dans son livre « en finir avec les conflits d’intérêt »)

Gérard Longuet : Conseil GDF Suez  et membre du gouvernement

Les conflits d’intérêt mortels : dans le domaine de la santé

Les déclarations d’intérêt de nombreux experts ne sont pas fournies à l’Agence Française de Sécurité Sanitaire  alors que le texte le prévoit, également des pbs de délais de publication à la Haute autorité de santé. Même pb à l’INCA institut national du cancer.

La formation professionnelle des médecins est désormais assurée par des firmes pharmaceutiques.

Grippe H1N1 : nombreux conflits d’intérêts à l’OMS , cf rapport du Sénat sur le sujet

L’affaire du Médiator des laboratoires Servier : Anticor a d’ailleurs décerné un prix de l’éthique au Dr Frachot.

Du lobbyisme ( les groupes de pression) au trafic d’influence :

« Tous les lobbyistes ne sont pas des distributeurs de pots de vins mais certains font un travail de faussaire intellectuel  pour faire obstruction à une démocratie éclairée ».

Les groupes de pression au Parlement français sont pour beaucoup dans les lois OGM, HADOPI, santé, jeux en ligne… Des règles ont été posées en 2009  au Sénat et à l’assemblée. Les représentants de groupe d’intérêt doivent être inscrits sur un registre visible sur internet et les lobbyistes doivent porter un badge à l’intérieur de l’assemblée. (On a retiré récemment  retirer leurs badges aux représentants des laboratoires Servier…).

144 sont enregistrés mais 4635 organisations ont été auditionnées entre 2007 et 2010.

La Commission européenne a mis en place un registre facultatif pour l’enregistrement des lobbyistes.

Récemment, 3 députés sur 60  sont tombés dans un piège  du Sunday Times et ont accepté de défendre des intérêts  en échange de commissions entre 12 000 et 100 000 €. On est passé au trafic d’influence.

Ce n’est pas une fatalité. Au Canada et au Québec des dispositifs performants existent sur ces sujets.

Dans la lutte contre la corruption, mieux vaut prévenir que guérir, mais dans ce domaine les moyens de contrôle se sont beaucoup restreints.

JF Muller va vous expliquer ce qu’il en est, sur la base du rapport du sénateur  Mézard, qu’il a résumé pour Anticor.(cf site anticor.org)

Intervention de Jean-François Muller :

Le contrôle de légalité et le contrôle budgétaire sont parfaitement institutionnalisés par les pouvoirs publics français. Fonctionnent-ils pour autant de manière satisfaisante ? Un rapport publié par le Sénat début 2012, sous l'égide du sénateur du Cantal Jacques MEZARD, montre tout au long de ses 160 pages que cette vertueuse démarche est de plus en plus pervertie, sous l'effet notamment de la RGPP (Réforme de l'administration territoriale de l'Etat, engagée après 2007). Ainsi, cette dernière est-elle réputée avoir désormais transformé ces contrôles en fiction, tout simplement par un manque croissant de moyens.

 

Toute délégation de pouvoirs suppose contrôle : c'est une constante de la vie démocratique comme de la vie économique ou administrative. Les contrôles cités ci-dessus se doublaient d'objectifs pédagogiques, compte tenu de la complexité croissante des matières à traiter par les collectivités territoriales. Non seulement la réduction importante des moyens a-t-elle significativement impacté l'efficacité de ces contrôles, mais encore le recrutement d'experts par les grandes collectivités en a-t-il progressivement minimisé l'intérêt, sinon la légitimité ...

 

Ceci fait-il l'affaire d'intérêts contraires à l'intérêt général : autrement dit, ceci concourt-il à supplanter les conflits potentiels d'intérêts ? C'est toute la question.

 

Parler aujourd'hui de lutte contre la corruption n'est pas le fruit d'une nouvelle obsession, et ne signifie aucunement augmenter les contrôles existants. D'une part la corruption est une vieille affaire de l'Humanité, que l'histoire politique et littéraire retrace abondamment (souvenons-nous notamment de CICERON, avec Verres et Catilina) ; d'autre part, le GRECO, émanation du Conseil de l'Europe (auquel s'associent les Etats-Unis), démontre avec éclat que cette thématique est une des grandes préoccupations internationales contemporaines.

 

La corruption est une des multiples perversions du pouvoir, dont elle accapare et détourne les bénéfices au profit d'intérêts particuliers ou catégoriels. Ce faisant, elle corrode et met en danger la démocratie.

 

Merci beaucoup Jean-François.

Je vais dire un mot des réformes institutionnelles concernant la Justice, qu’Anticor défend. Il s’agit d’obtenir l’indépendance de la justice à l’égard du pouvoir politique :

- par l’indépendance du parquet

-par des unités de PJ rattachées exclusivement à l’autorité judiciaire

- en donnant la capacité à des associations d’ester en justice comme toute association oeuvrant dans la défense de l’environnement ou la protection de  l’enfance.

-en donnant à la Cour de Cassation la possibilité de déclassifier le secret défense

-en réformant le statut pénal du chef de  l’Etat

Ce rapide rappel des réformes que réclame Anticor me permet de faire la transition avec le point que va aborder Denis. Il va vous parler des affaires emblématiques qu’Anticor a choisi de porter en justice.

 

Intervention de Denis Kauffmann :

QUELQUES EXEMPLES DANS LESQUELS ANTICOR EST INTERVENUE EN JUSTICE

Ces sont des affaires emblématiques qui feront jurisprudence dans les domaines touchant à la corruption, aux conflits d’intérêts et aussi à la moralisation de la vie politique.

1- L’affaire des sondages de l’Elysée.

Une convention est passée par l’Elysée pour la fourniture de sondages à une société spécialisée pour un montant d’1,5 millions d’euros répartis en 130 factures.

Cette convention a été passée sans respecter les règles d mise en concurrence, il n’y a pas eu d’appels d’offres.

Plainte a été déposée par Anticor pour délit de favoritisme.

 

2- L’affaire de l’eau à Lille.

Des provisions pour travaux ont accumulées par les distributeurs d’eau de la communauté urbaine de Lille.(Plusieurs millions d’euros). Ces travaux n’ont jamais été exécutés et le président de la communauté urbaine, Pierre Mauroy, n’en a jamais demandé le remboursement.

Une association de défense créée à cette occasion a déposé plainte et Anticor s’est constituée partie civile.

 

3- L’affaire Karachi

La demande de constitution de partie civile demandée par Anticor a été déclarée recevable par le juge Renaud Van Ruymbeke contre l’avis du parquet.

Il s’agit de faits de corruption d’agents pakistanais et d’abus de biens sociaux concernant des rétro-commissions imposées par le clan Balladur.

 

4- Procès Chirac et emplois fictifs de la mairie de Paris

Jacques Chirac comparaissait pour détournements de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêts.

La ville de Paris qui s’était dans un premier temps portée partie civile, s’est retirée à la suite d’un accord d’indemnisation. Anticor s’est alors portée seule partie civile pour accuser Jacques Chirac d’avoir organisé un système de détournement de fonds publics. Le parquet a requis la relaxe, Anticor s’est battue pour que le procès ait lieu. Il s’agissait de faire comprendre aux citoyens que même un ancien président de la république peut répondre de faits de corruption.

Chirac a été condamné pour cela, les débats contradictoires étaient nécessaires pour garantir l’éthique de nos institutions.

Denis, merci pour cet éclairage qui permet de mieux comprendre les choix d’Anticor.

Enfin, Jean-Luc Filser va vous parler de la charte d’Anticor.

Intervention de Jean-Luc Filser:

                                                      LA CHARTE D’ANTICOR

Divisée en 3 Thèmes qui contiennent au total 11 points

A) LES ENGAGEMENTS DES ELUS

B) LA DEMOCRATIE LOCALE ET SON CONTROLE

C) LA GESTION DES FINANCES PUBLIQUES

 

A) LES ENGAGEMENTS DES ELUS

1) non cumul

DANS L’ESPACE

- des mandats

- des fonctions exécutives et/ou ministérielles

- avec certaines fonctions privées

(publication d ‘une liste d’incompatibilités)

DANS LE TEMPS

Engagement dans l’espace, mais aussi dans le temps. Puisque plus d’un renouvellement ne pourrait plus être possible

POURQUOI ?

a) Se consacrer exclusivement à son mandat, aux engagements électoraux

b) Indemnités perçues sont actuellement limitées, mais elles le sont selon la règle de l’écrêtement qui permet de distribuer à sa convenance le trop perçu à des affidés.

C’est la porte ouverte à la corruption.

PROTECTION DE L’ELU

Bien évidemment la situation d’un élu se trouve fragilisée puisque son mandat ne durerait qu’un temps. Il doit être alors protégé par contrat de mandat qui garantirait un retour à l’emploi après un congé électif.

2) Formation à la bonne gestion

3) Mise en place d’une autorité éthique territoriale


Mise en place d’un comité d’éthique chargé de prévenir les conflits d’intérêts .

 

4) Lutte contre les conflits d’intérêt et action en faveur d’une transparence

(déclaration de patrimoine, de revenus)

B) LA DEMOCRATIE LOCALE


         5) Reconnaissance de la place de l’opposition, du contre pouvoir

- Présidence de la commission d’appel d’offres attribuée à l ‘opposition

- Présence dans toutes les commissions (commission d’attribution des logements sociaux, des places en crêche, d’attribution des subventions)

6) Contrôle de la gestion de la collectivité par le citoyen

 

- Attribuer un pouvoir délibératif à des commissions qui n’ont actuellement qu’un pouvoir consultatif pour devenir de véritables commissions d’arbitrage et d’évaluation.

- Opérer un contrôle des associations subventionnées

- Participation des citoyens au contrôle de l’exécution des délégations de services publics

publication annuelle du prix et qualité des prestations telles que la gestion de l’eau, des déchets, etc….)

- Publication :

•de tout compte rendu de commission, attribution de subventions, d’aides économiques,

•des rapports des CRC

•des PLU

•dépenses de communications

•comparatif des dépenses année par année, etc…..

- donner l’accès aux dossiers qui ne sont pas classés comme confidentiel, sans manœuvre dilatoire

- Désignation démocratique des conseillers de quartier et non désignation par le Maire

- Facilitation de la mise en œuvre de consultations citoyennes et des referendums d’initiative populaire

7) Reconnaissance de l'intérêt à agir de chaque élu au bénéfice de sa collectivité

Trop de signalements d’anomalies effectués par des élus sont classés

8) Reconnaissance du droit d’alerte par les employés territoriaux
 

C) LA GESTION DES FINANCES PUBLIQUES

9) Gestion des deniers publics transparente et rigoureuse

(budgets annuels lisibles, avec ratio, comparatifs)

10) Délits financiers des élus
 

Aujourd’hui on constate que les élus coupables sont rarement condamnés à des peines supérieures à 1 an. De plus elles souvent amnistiables.

Nouvelle mesure : INIGEBILITE POUR TOUS DELITS AYANT TRAIT A LA GESION DE L’ARGENT PUBLIC

11) Réglementation stricte du Lobbying

•Transparence sur les actions de démarchage faites par les entreprises

•Audition des groupes d’intérêt faite collégialement et avec annonce publique préalable pour préserver une équité.
•Pas de cadeaux étant entendu que ne sont pas considérer comme cadeaux les échantillonnages

•Chaque élu doit s’engager à révéler toute tentative de trafic d’influence

Interdiction de concourir aux entreprises

Merci Jean-Luc.

Voilà, nous arrivons au terme de notre présentation et je vous remercie pour votre écoute attentive.

 

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Café politique du 15 mars 2012

Inflation: mesure et signification réelle pour le citoyen «moyen».

 

Après l’exposé de Jean-Louis, ci-dessous, le débat s’ouvre sur la notion d’inflation et son importance dans la vie du citoyen français.

1) Définition de l’inflation

    Etymologiquement, le mot inflatio signifie enflure en latin. L’étymologie du mot fou s’en approche: folis en latin veut dire outre gonflée...Aujourd’hui inflation signifie perte du pouvoir d’achat de la monnaie matérialisée par une montée générale et durable des prix.

 

2) Détermination de l’inflation par l’IPC (indice des prix à la consommation).

    L’INSEE donne des précisions qui prêtent à discussion sur la façon de calculer l’IPC:

-  La part des dépenses de logement représente environ 8% du budget du français moyen. Pour un revenu mensuel de 1000 euros cela représenterait 59 euros...

- La part des dépenses contraintes en général est largement sous-évaluée.

- Le prix du tabac n’est pas pris en compte dans le calcul de l’IPC ce qui évite de revaloriser le SMIC indexé sur le taux d’inflation.

- L’IPC exclut les actifs financiers de ses calculs (bulle internet, CDS, bulle immobilière, actions...).

- Le loyer de l’argent n’y figure pas non plus.

En conclusion, quand on examine le coût d’un panier standard sur un an, la montée des prix avoisine les 10% plutôt que les 2,5% donnés par l’INSEE.

 

3) Capitalisme financier et inflation.

   La masse monétaire est constituée de plusieurs strates dont les billets et pièces utilisés par les citoyens sont cinq fois moins nombreux que les autres signes monétaires (dépôts à vue, à 3 mois et autres...).  Ces signes monétaires indisponibles à la consommation sont des dépôts «trappés» créateurs de bulles financières. Cette monnaie inaccessible et qui ne se retrouve pas dans l’économie réelle est fabriquée par les banques. Cette inadéquation entre les signes monétaires et la production - consommation a atteint son acmé dans les années 1920 en Allemagne avec la fermeture des usines parce que la population n’avait plus de quoi consommer. Il existe ainsi une double monnaie: une masse monétaire destinée aux transactions des citoyens et une autre masse monétaire qui crée des bulles, dans laquelle les acteurs s’enrichissent à partir de rien. Il est possible de réfléchir à l’IPC en avançant cette analyse.

Si on se réfère à Marx, le capitalisme devrait évoluer vers une forme de décroissance du profit. En effet la production ne suffit plus à faire fonctionner l’économie, il y a une nécessité impérieuse à écouler la production, donc à vendre. Pour éviter cette décroissance  le capitalisme  s’est transformé en capitalisme financier dérégulé. Il tente de convertir la création monétaire débridée en achats de biens et de terres, en Afrique ou ailleurs (voir la vente du port du Pirée en Grèce et le fantasme de la vente de l’Acropole!!!).

Depuis 1971, il n’y a plus de parité entre la masse monétaire qui circule et l’or. Les Américains eux-mêmes, vivent dans une sorte de «trou noir» (un piège). Leur industrie va moins bien, les consommateurs américains ont moins d’argent. Le système compense l’inflation par des prêts aux pauvres similaires au système médiéval en Inde où les gens sont surendettés sur plusieurs générations. La croissance et la redistribution au travers du travail ont été remplacées par le crédit. Rappelons à ce propos que le loyer de l’argent ne figure pas dans le calcul de l’IPC!! Les banques apparaissent comme des OVNIS financiers qui sont les seuls à monétariser ce qu’ils produisent.

 

Dans le cadre européen, la politique de la BCE est de prêter à 1% aux banques qui elles-mêmes prêtent aux Etats à un taux supérieur en favorisant ainsi l’inflation.

 

A cela se rajoute au niveau mondial des tensions graves sur les prix des matières premières et des biens indispensables à la survie (eau, pétrole, terres cultivables). Cette situation peut devenir explosive à court terme. L’exemple des biocarburants montre comment une politique qui semble intéressante à certains égards sur le plan écologique mène à la diminution inquiétante des terres nourricières.

 

Conclusion

L’IPC ne semble pas correspondre au vécu du français moyen. La masse monétaire  (80% des signes monétaires) est peu orientée vers l’économie réelle et fabrique des bulles dont certaines peuvent avoir des conséquences graves et entraîner un nouveau krach mondial (tensions sur les produits de première nécessité). Quelles solutions face à ce désastre annoncé? Effacer les dettes? Créer de nouvelles règles économiques? Il est clair que l’augmentation démographique mondiale a aussi un rôle à jouer dans cette réflexion

 

INFLATION: MESURE ET SIGNIFICATION REELLE POUR LE CITOYEN « MOYEN »

(Jean-Louis DUHENOIS, jl.duh@free.fr )

 

> Inflation, argent, voilà des termes qui paraissent bien familiers à chacun d'entre nous, et pourtant, qu'en savons nous vraiment? De la première, on en entend souvent parler dans les médias (sans forcément comprendre exactement à quoi elle correspond), quant au second, son usage quotidien nous en fait ignorer l'essentiel: qui le crée, et selon quels principes et quelles règles?> Les systèmes monétaires actuels fonctionnent sur des principes bien différents de nos représentations, issues du passé. Qui sait ainsi que désormais, l'argent est créé à partir de rien (les spécialistes disent ex nihilo), et sans contrepartie métallique? Bien peu de gens savent également quel lien l'économie moderne établit entre chômage et inflation au travers de l'usage du "NAIRU" (voir à ce sujet "NAIRU, le Nom de la Ruse. La face cachée du chômage", le blog et le site). Mais une chose est sûre, l'inflation constitue depuis plus de trente ans l'OBSESSION ABSOLUE des économistes modernes. Bien avant le chômage de fait…    POURQUOI cette obsession de la Lutte contre « l’INFLATION»?> En réalité cette obsession de la lutte contre l'inflation  a été impulsée à la fin des années 60 par un courant d'économistes libéraux, les monétaristes, et notamment Milton Friedman et ses "Chicago Boys" comme on les a appelés.> Pour Friedman, l'inflation, c'est-à-dire la HAUSSE DU NIVEAU GENERAL DES PRIX DANS UNE ECONOMIE (définition essentielle, on y reviendra) est, pour reprendre sa célèbre formulation, "de tous temps et en tous lieux de nature monétaire et dûe à un excès de monnaie". Trop de monnaie chassant trop peu de biens à échanger entraîne fatalement une hausse générale des prix. Pour reprendre une de ses célèbres images, si un hélicoptère déverse 50% d'argent en plus sur la société (une pluie de billets), les gens n'en seront pas plus riches pour autant et l'activité économique n'en sera pas forcément stimulée (si ce n'est temporairement et dans l'euphorie générale, par un effet psychologique de richesse). En revanche, à plus ou moins long terme, le niveau général des prix se sera élevé de 50% (il y aura eu 50% d'inflation). Dit autrement, si tout le monde gagnait le salaire d'un patron du CAC 40, la baguette de pain coûterait 1000 euros! La richesse apparente serait très relative. Car ceci est un fait absolu à méditer pour bien comprendre le sens de la thèse développée: la richesse n'est QUE relative et pour parodier un slogan bien connu, elle NE VAUT QUE SI ELLE N’EST PAS PARTAGEE PAR TOUS !> Friedman attribue aux Etats et aux gouvernements (issus du vote démocratique...) la responsabilité historique de l'inflation: tant que ceux-ci auront le pouvoir de contrôler la monnaie (le fameux privilège de "battre monnaie"), ils le feront pour financer leur "déficit", c'est-à-dire payer les coûts de leurs politique. Que ce déficit provienne de dépenses somptuaires de l'Etat (luxe du pouvoir, gaspillages) ou de dépenses utiles pour la société (infrastructures sociales ou d'équipement, lutte contre le chômage ou ses effets sociaux), tout cela est mis dans le même sac: cela va générer de l'inflation!> Or, il est un fait certain: l'inflation est plus un problème pour ceux qui possèdent beaucoup d'argent (les détenteurs de capitaux) que pour ceux qui n'en ont pas ou peu, et qui vivent essentiellement des revenus de leur travail, surtout si ceux-ci sont indexés sur l’inflation comme ce fut le cas en France jusqu’en  . Et il est aussi plus un problème pour ceux qui prêtent que pour ceux qui empruntent... 

L'inflation, c'est l'euthanasie des rentiers, comme avait dit Keynes. En grignotant la valeur de l'argent, l'inflation est perçue par les rentiers comme une taxe sur la fortune. C'est comme s'ils possédaient alors une monnaie fondante, fondant d'autant plus que « l'inflation » est forte...

ALORS QU’EST-CE « L’INFLATION »

Le terme inflation provient du latin inflatio (enflure) lui-même issu du verbe flare (souffler)

L'inflation est « la perte du pouvoir d'achat de la monnaie matérialisée par une augmentation générale et durable des prix »

Cette définition résulte d'une évolution du langage : jusque dans les années 1960, l'inflation désignait l'excès de moyens monétaires par rapport à l'offre (phénomène dont la hausse des prix et la perte de pouvoir d'achat de la monnaie résultent). Ainsi Gaël Fain dans Le Dictionnaire des Sciences Economiques définit-il l'inflation comme « un excès de la demande solvable sur l'offre. La hausse des prix en étant la conséquence ».

Le terme d'inflation est désormais (et depuis une quinzaine d’années) fréquemment utilisé comme équivalent de la seule hausse de prix des biens de consommation, en excluant la hausse des prix affectant les valeurs patrimoniales : actifs (financiers, immobilier, …).

Cela résulte d'un abus de langage qui lui même est la conséquence du mode de mesure de l'inflation

> Le nouveau paradigme (pour ne pas dire ordre…)  monétaire et financier mis en place ces dernières décennies au niveau international est conçu précisément pour ne plus être l'euthanasie des rentiers mais sans doute plus celui des salariés, des chômeurs et précaires.

> Le principe "d'indépendance totale" de la Banque Centrale, gardienne absolue et toute puissante de la Monnaie, a été ainsi retenu. En Europe, nous avons à l'heure actuelle la Banque Centrale la plus indépendante du monde, puisqu'elle n'a de compte a rendre à personne comme précisé plus haut. Ce principe a permis de retirer des mains de nos gouvernants tout le pouvoir (immense dans des sociétés dominées par "l'économique") associé au contrôle de la monnaie. Bien sûr, si on confie le contrôle de la monnaie à une Banque Centrale Indépendante, c'est en affichant bien haut deux principes Friedmaniens, présentés comme fondateurs et légitimateurs de cette décision:1- priorité absolue à la "lutte contre l'inflation" redéfinie comme en "stabilité des prix des prix à la consommation" (via les IPC : Indices des Prix à la Consommation)2 - contrôle strict de la "masse monétaire", c'est-à-dire de la quantité d'argent que cette Banque Centrale va mettre en circulation dans l'économie.> OUI MAIS, QUAND ON Y REGARDE A DEUX FOIS ON Y DECOUVRE UNE REALITE BIEN DIFFERENTE.Sur le premier point: Lutte contre l'inflation?   Oui mais laquelle?> Vous êtes vous déjà intéressé à savoir comment la Banque centrale ou nos gouvernements interprétaient "l'inflation" et la mesuraient? > Si l'inflation se définit normalement comme une hausse durable du niveau général de TOUS les prix (c'est-à-dire des prix de tout ce qui s'échange -s'achète et se vend- dans une économie), dans les faits, les chiffres d'inflation communiqués en boucle dans les médias correspondent en fait à la "hausse des prix à la consommation". C'est ainsi que TOUS les prix de TOUS les produits échangés ne sont pas pris en compte. Sont ainsi soigneusement exclus des calculs les prix de ce l'on appelle fort à propos "l'investissement".> Réfléchissez y bien: un bien de consommation (et de « consUmation »), par définition, perd de sa valeur avec le temps (sa valeur se consume : vous le revendrez sans doute moins cher dans un an qu'au moment de son achat), alors qu'un investissement est par définition (ou par convention?) supposé correspondre à l'inverse. Mais pourquoi cela? Je répondrai par une boutade: parce que pour que certains soient riches, ils est indispensable que d'autres soient moins riches, voire plus pauvres (n'oubliez pas: par définition, la richesse est RELATIVE). Ceux qui vont investir seront (dans un système qui n'euthanasie plus les rentiers) plus riches que ceux qui ne font que consommer! > Vous ne comprenez pas pourquoi les prix de l'immobilier flambent et que l'inflation officielle ne dépasse pas les fameux 2 %? Ne cherchez pas plus loin: le prix d'achat des logements (neufs ou anciens) n'est pas pris en compte dans l'inflation! De même d’ailleurs que le coût des frais financiers (intérêts par exemple) liés aux crédits qui pourtant se multiplient, car ce sont des prix de produits financiers et ceci n’est pas inclus dans les calculs d’IPC !

Normal, répondent les économistes, on considère que c'est de l'investissement! Or 55% des français sont "propriétaires" de leur logement (en fait, souvent locataires de leur banquier qui leur a prêté l'argent!). Du coup, et en douce, la part "Logement, eau, gaz, électricité" est réduite à la portion congrue dans le calcul de cette pseudo inflation.

VOULEZ VOUS SAVOIR  A QUELLE HAUTEUR ELLE EST PRISE EN COMPTE?  Réponse par l’INSEE ( à voir sur le site de l’INSEE)

> Eh oui, s'il vous arrivait de dépenser pour votre logement, votre eau, votre gaz et votre électricité, tout cela réuni, plus de13% environ de vos dépenses totales, alors... vous devriez commencer à écouter d'une oreille critique les chiffres d'inflation donnés au JT de 20 heures. Et surtout ne pas tirer de conclusions trop définitives quant à l'ampleur de votre dernière augmentation! Concrètement, cela signifie qu’un ménage dépensant 1000 euros par mois est représenté correctement par cette indice s’il dépense… 59 euros par mois pour se loger au sens strict du terme (loyer = 5,9% de ses dépenses dans la pondération « moyenne ») !

Étant donné que la politique monétaire de la Banque Centrale vise la stabilité de l'inflation pour garantir la « crédibilité » de la monnaie (puisque depuis les accords de la Jamaïque l'ancrage nominal des monnaies les unes par rapport aux autres, ainsi que l'ancrage des monnaies sur le métal - or ou argent - sont exclus, la « crédibilité » de la monnaie est désormais assurée par la seule garantie, par le mandat de la Banque Centrale, que la valeur de la monnaie ne s'érode pas trop vite), des débats se font jour pour savoir si le mandat de la Banque Centrale ne devrait pas viser la stabilité des prix des actifs, plutôt que celle des prix à la consommation.

L'idée du débat est la suivante : l'intermédiation financière produit des effets tels que les surcroîts de monnaie mis en circulation aboutissent non pas à une accélération des prix à la consommation, mais à une concentration d'argent sur des valeurs mobilières (bulles spéculatives sur l'immobilier japonais à la fin des années 80, bulle des nouvelles technologies à la fin des années 90, bulle financière des années 2000...), de sorte que la crédibilité des monnaies porterait davantage sur la stabilité des prix des valeurs (mobilières et immobilières) que sur la stabilité des prix à la consommation (modérés du fait du surcroît de concurrence né de la mondialisation commerciale). Cependant le débat demeure très ouvert, du fait de l'absence d'outil défini pour éviter que les liquidités s'accumulent sur certaines classes d'actifs (certains ensembles de valeurs mobilières ou immobilières). En tout état de cause, la totalité des Banques Centrales se tient à un objectif d'inflation des prix à la consommation des ménages

 

> Dans le numéro 2879 de Juillet 2005 de la très sérieuse revue Problèmes économiques, un article publié à l'origine dans The Economist s'intitulait sobrement "La mesure de l'inflation reste controversée". Controversée est un faible mot! On y apprenait qu'une étude avait été réalisée aux Etats-Unis par un économiste de la banque HSBC, en affectant à l'immobilier une pondération de 30% de l'indice global des prix à la consommation (à comparer avec nos maigres 13 voire 5,9 %). Résultat, l'inflation sautait à plus de 5,5% par an, soit plus de... deux fois le niveau d'inflation officielle à destination des foules. Soit une très légère différence! Bien entendu, je laisse imaginer ce que serait le chiffre de l'inflation si l'on y intégrait en outre le prix de tous les actifs financiers, en particulier celui des actions et de la myriade de produits spéculatifs de la sphère financière...> Car cette interprétation restrictive de l'Inflation (avec un grand I, à savoir l’enflure de la masse monétaire), qui exclut tout ce qui est investissements (ou supposés tels), n'est pas sans conséquences. Exclure les prix de l'immobilier, mais aussi TOUS LES PRIX DES ACTIFS FINANCIERS (actions, placements divers, produits financiers, et...) dans une période où la sphère financière est devenue dominante n'est pas une paille: c'est une poutre! Et manifestement une poutre porteuse du capitalisme financier actuel... Ce que rappelle par ailleurs l'article de Problèmes économiques cité ci-dessus: "L'idée que les Banques Centrales devraient suivre l'évolution du prix des actifs ne date pas d'aujourd'hui. Dans un ouvrage intitulé "Le pouvoir d'achat de la monnaie", l'économiste américain Irving Fischer faisait valoir en... 1911 que les responsables de la politique monétaire devraient arrêter un indice des prix basé sur un large panier de biens et services qui comprendraient également les valeurs financières et les biens immobiliers". Ainsi, 95 ans après 1911, on ressort timidement la question pour ne surtout, surtout pas l'aborder, car d'une telle supposition, le capitalisme moderne n'en veut toujours pas, pas plus qu'il y a près d'un siècle. La soi-disant lutte contre l'inflation biaisée par la mesure actuelle (délibérée) est une ESCROQUERIE silencieuse qui n'ose dire son nom.Comme le précise ensuite l'article, l'idée d'établir un tel indice des prix supposerait implicitement de la part d'une Banque Centrale (réellement indépendante, y compris des marchés financiers et des milieux "investisseurs") que la hausse des prix de ces actifs, en créant de l'inflation, pourrait être "préjudiciable". Or, cette inflation là ne semble pas trop déranger certains, même ceux qui s'autoproclament indépendants des marchés financiers. Mais le sont-ils vraiment, culturellement et personnellement ?

> En clair il y a inflation et inflation, mon cher Monsieur. Que l'immobilier grimpe au ciel ou que Jean -Pierre Gaillard s'étrangle de joie parce que le CAC 40 a grimpé de 25% en 2005, ceci n'est pas de l'inflation! Enfin, pas de la mauvaise, non celle-là, c'est de la bonne, mon Bon Monsieur. Celle qui n'euthanasie pas les rentiers quoi, et pour cause: celle là crée de la rente! La mauvaise, c'est celle que voit le bas peuple, qui le fait grogner et réclamer des hausses de salaires pour maintenir son pouvoir d'achat. Celle-là est mauvaise…

Sur le second point: Contrôle de la masse monétaire: ne pas mettre trop d'argent dans l'économie, car en tous temps et en tous lieux, l'inflation est d'origine monétaire.    Ah oui?> Il est décidément des choses bien étranges dans des domaines aussi rigoureux et supposés aussi scientifiques que les politiques économiques et monétaires. Prenons l'exemple de la BCE. Lancée officiellement en 1998, elle s'était fixée comme objectif (outre la maîtrise de l'inflation sous 2%, dans les conditions de mesure que l'on sait) une évolution programmée et fixe de la masse monétaire, c'est-à-dire de la quantité d'argent en circulation en zone euro, conformément aux préceptes de Milton Friedman: faire croître la masse monétaire d'une valeur constante et prévisible, égale à l'inflation visée additionnée de la croissance visée. Ainsi fut défini l'objectif de faire croître cette masse monétaire (appelée M3) d'environ 4,5% par an (2% d'inflation + 2% de croissance + 0,5% terme correctif). > En 2005 (mais cette situation s’est poursuivie et même accentuée jusqu’en 2008), il m'a pris d'aller jeter un oeil (certes, il faut le vouloir, car tout ceci n'est ni très médiatisé ni très compréhensible au premier abord, il est vrai) sur les données en la matière. Et OH SURPRISE, devinez ce que l'on découvre:en 2005, la masse monétaire a grossi en Europe de près de 8% (cela est ensuite monté à 12% en 2007). Cas isolé me direz vous? Que nenni. Car depuis son lancement, jamais une année, je dis bien JAMAIS UNE ANNEE, la BCE n'a tenu son objectif de 4,5%! Toujours au dessus, et pas qu'un peu. Résultat: par rapport à la progression théorique visée en 1998, ce sont environ 20% d'euros "en trop" qui ont été créés et mis en circulation, soit près de 1000 milliards d'euros sur une masse monétaire totale d'environ 6000 milliards (données 2005).La encore, une paille en forme de poutre! Regardez les belles courbes que cela nous fait (tirées d'un document BNP Paribas Resarch): celle de l'écart par rapport à l'objectif de 4,5%, et celle de l'écart cumulé depuis 98 (l'écart par rapport à l'objectif est appelé money gap). 

> Mais me direz vous, puisque depuis que vous avez lu Friedman et adopté sa belle théorie, si de tous temps et en tous lieux, l'inflation est dû à trop de monnaie, alors de deux choses l'une: soit on  a eu une croissance plus forte que les 2% prévus, soit on a eu une terrible inflation tueuse de rentiers au delà des 2% visés...> Perdu, et re-perdu. En moyenne 2% de croissance environ, et une "inflation" inférieure à 2%. Alors la question à 1000 milliards d'euros (en fait bien plus depuis 2005) est: mais où est donc passé cet argent? > Rappelez vous: la manière dont les gouvernements et les Banques Centrales calculent l'inflation exclut bizarrement... le prix des actifs immobiliers ainsi que celui des actifs financiers. Bizarre? Vous avez dit bizarre?> Quant on écoute un peu les milieux financiers, ou qu'on lit les ouvrages de certains experts, il semblerait que la réponse soit limpide. Oui, c'est vrai, la planète (car il n'y a pas que l'Europe, ce fut la même histoire aux Etats-Unis, et dans le monde entier) croulerait sous l'excès de liquidités... c'est-à-dire d'argent! Au point ne plus savoir qu'en faire! Au niveau mondial, la base monétaire (c'est-à-dire la monnaie émise par les Banques Centrales) augmentait en 2005, soit avant les débuts de la crise financière, pendant la phase « ascensionnelle » à un rythme de... 20% par an!

> Etonnant, non? Au point que certains spécialistes issus du sérail (des banquiers, comme Jean Peyrelevade, ancien président (et redresseur) du Crédit Lyonnais, ou Patrick Artus, économiste en chef de la CDC Ixis) commençaient eux mêmes à s'en émouvoir et à tirer la sonnette d'alarme. Artus parlait même de "capitalisme sans projet", car les bénéfices des grands groupes s'accumulaient et ne s'investissaient plus... si ce n'est pour racheter pour des sommes considérables leurs propres actions (afin de maintenir artificiellement la rentabilité du dividende pour l'actionnaire). Les grands groupes ne savaient-ils plus quoi faire de leurs montagnes d'argent accumulées ? Et comme le précisait Artus dans son livre Le capitalisme est en train de s'autodétruire, cette situation étaient largement dûe aux Banques centrales, dont la complicité, pour reprendre le terme employé par l'auteur, est patente pour avoir favorisé la création d'argent facile à l'origine des bulles boursières et immobilières.> Car ne croyez pas que la BCE fasse cavalier seul dans cet étrange paradoxe. Depuis 10 ans, son homologue américaine, la Fed, a juste contribué à doubler la quantité de dollars en circulation dans le monde (soit une hausse moyenne de... 8% par an comme par hasard).

>  Alors voilà qui est bien singulier tout de même et nous ramène au début de l'histoire et à Friedman. Pour éviter que l'Etat ne fasse tourner la planche à billet, certains ont réussi à partir de la fin des années 60, mais surtout au cours des décennies suivantes, à retirer la fameuse planche des mains des représentants du peuple pour la mettre dans des mains plus sûres... pour eux. Et voilà que sitôt fait, la planche à billet se remet à tourner de plus belle! Contradiction? A minima, oui , mais c’est là un faible mot !

> Car à qui profite cet argent tout frais dont « l'encre » (même virtuelle et électronique) n'est pas encore sèche? Aux « investisseurs » qui profitent des bulles spéculatives ainsi générées: immobilier et actifs financiers. Et qu'on ne vienne pas dire que le primo-accédant à la propriété ou le salarié qui possède trois malheureuses actions de sa société fait partie des gagnants: ceci n'est qu'un paravent destiné à justifier l'ampleur du hold-up! Car bien sûr, ce nouvel argent, créé rappelons le ex nihilo (à partir de rien donc) au travers des crédits accordés à certains acteurs, rentre dans l'économie par certaines portes bien précises. C'est bien sûr le rôle des organismes prêteurs (banques par exemple) de faire le tri, un peu comme un vigile (un "physionomiste") à l'entrée d'une discothèque. Pas sûr que le chômeur, le RMiste ou toute une catégorie de la population aient la "tenue correcte exigée" pour rentrer. En revanche, toute l'ingéniérie financière, d'une complexité que l'on n'imagine guère, développée ces dernières années au bénéfice d'une minorité d'investisseurs, se fonde sur un crédit peu cher permettant de spéculer sur les marchés financiers mondiaux d'une manière que le quidam à bien du mal à imaginer. Cette population là, costard-cravate, est bien sûr la bienvenue au banquet du crédit facile. Il faut y voir là de manière évidente le dernier avatar en date de la concentration historique des richesses dont l'ampleur ne fait que s'accentuer. Miracle apparent de la finance moderne: plus vous empruntez d'argent, plus vous devenez riche! J'ai du mal à expliquer cela à ma vieille mère... Autres temps, autres moeurs dit-on. Et autre système monétaire, surtout.

Liens et Ressources :

Simulateur d’inflation INSEE : http://www.insee.fr/fr/themes/indicateur.asp?id=29&page=indic_sip.htm

http://www.insee.fr/fr/indicateurs/indic_cons/sip/sip.htm

Questions réponses sur le calcul de l’inflation via les IPC (INSEE)

http://www.insee.fr/fr/themes/indicateur.asp?id=29&page=info_ipc.htm

Mon site :

http://linflation.free.fr/pages/17alhomepag.html

 

 

L’ANAMORPHOSE MONETAIRE,
où la monnaie distordue par les évaluations biaisées de « l’inflation »

 

Ne devrions nous pas voir double en regardant notre monnaie ?

C’est en quelque sorte ce que ces deux articles nous suggèrent à leur lecture, et de ce point de vue ils me semblent poser une question intéressante :

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/monnaies-et-taux/221141981/monnaie-financiere-est-elle-no

http://lecercle.lesechos.fr/cercle/abecedaire/m/221142855/monnaie-financiere-nouvelle-monnaie

La question me semble importante car elle est reliée à cette idée d'une double (voire d'une triple ou quadruple) monnaie cachée derrière un seul et unique nom: dollar, ou euro par exemple.

Or J'ai l'intuition depuis des années que le capitalisme et son mécanisme de concentration du capital n'ont été sauvés depuis disons 20 ans que par un "truc" qui a consisté à changer les règles du jeu monétaire en créant ce que j’appelle une ANAMORPHOSE MONETAIRE, c'est à dire une illusion de réalité fondée sur la distorsion calculée d'une image dont l'effet illusoire n'est perceptible que depuis un certain "point de vue" (au sens réel du terme, puisque c'est d'un angle de vue dont on parle en photographie et en cinéma pour décrire cette technique).

Je vous joins deux images ci-contre qui expliquent de manière très parlante ce qu'est une anamorphose, et qui illustrent également "intuitivement bien" ce que j'ai en tête sur le sujet de cette anamorphose monétaire.

 

Vous pouvez mieux saisir aussi ce qu'est cette idée d'anamorphose en passant votre souris sur les images du lien ci-dessous:

http://www.neurozinzin.com/anamorphoses-55.html

Pour info malgré les apparences les trois 4X4 de l'anamorphose en pièce jointe sont de taille identique. L'anamorphose monétaire fonctionne à mon avis exactement à l'ENVERS: elle rapetisse des 4x4 de plus en plus gros pour donner l'illusion que tout est normal avec la perspective habituelle du "citoyen moyen".

Il me semble que ce concept d'anamorphose monétaire pourrait être un outil de vulgarisation visuel et efficace de certaines explications monétaires souvent complexes et ardues, par analogie avec l'illusion optique qu'elle décrit à l'origine. On pourrait même imaginer que des artistes s'emparent du sujet et illustrent l'anamorphose monétaire…

Le système monétaire actuel est dans ma conception constitué de plusieurs monnaies qui portent le même "nom de présentation": c'est déjà le cas de la monnaie de base (centrale) et de la monnaie bancaire (privée) on le sait et ceci est source de confusion et d'illusion; en outre selon les clés de création mais AUSSI d'ORIENTATION de cette monnaie (ce sont les banques privées qui jouent de fait ce rôle) on en arrive à ce que je dénomme la petite histoire des Euros et les Euriches qui selon moi sont en fait deux monnaies différentes, au pouvoir d'achat différent (ce qui fait la force d'une monnaie c'est in fine son "pouvoir d'achat", et je dirais même son pouvoir tout court...), mais désignées par un même vocable. Il n'est pas impossible je pense qu'il y ait effectivement une autre monnaie (qui n'est peut-être que la monnaie interbancaire comme on l'a désignée ici souvent, mais peut-être est-ce plus que cela) qui soit une monnaie financière comme ceci est évoqué dans ces articles. Si certains diront que peu importe les appellations et ces coupages de cheveux en quatre, je ne partage pas ce point de vue car il me que niche là l'essentiel de "l'astuce monétaire", dont l'effet n'est pas que théorique mais a des conséquences considérables sur nos vies, nos sociétés et leur avenir.

Réembarquons dans l’hélicoptère de Friedman…

Si je reprends l'image bien connue de l'hélicoptère de Milton Friedman, qui déverserait (par la pensée !) UNIFORMEMENT des billets de banque d'une même monnaie sur TOUS les quartiers d'une ville qu'on va imaginer (pour simplifier) composée initialement de citoyens parfaitement EGAUX en richesse, alors il n'y a pas d'anamorphose monétaire et l’essentiel de ce qu’il déduit me semble exact : après un effet d’aubaine et de richesse qui va sans doute booster temporairement l’activité économique (les gens se sentant plus riches sans l’être vraiment), on va assister assez vite à une hausse générale des prix qui « manger » l’excès de signes monétaires (les billets)  ainsi déversés :  l’inflation monétaire de l’hélico aura débouché sur une hausse générale de TOUS les prix.

Mais si l'hélicoptère déverse 10X plus de billets sur un quartier particulier (qu'on va appeler "riche") par rapport aux autres, où que le vent, ou que certains ventilateurs bien placés poussent ces billets principalement sur ces quartiers, que va t-il se passer? Le quartier "riche", grâce à cette ORIENTATION SELECTIVE de LA CREATION MONETAIRE, va posséder plus de signes monétaires que les autres, il va donc posséder plus de droits sur la production future et à venir de l'ensemble de la société puisque la monnaie porte un nom unique dans l'ensemble de la ville. Est-il de fait plus riche véritablement? Non si toute la ville a vu cette astuce ce produire, car il y a fort à penser que ceux qui n'en ont pas reçu vont augmenter les prix de ce qu'il vendront à ces "riches"; au final à moyen terme le surcroît de billets va se traduire par une hausse des prix globale qui va absorber le surcroît de masse monétaire ainsi héliporté, comme expliqué par Friedman.

Mais si l'héliportage sélectif n'est pas vu du reste de la ville, et que les riches peuvent ainsi s'échanger dans leur quartier ce surcroît de monnaie, que va t-il se passer? Le pouvoir d'achat (et la richesse réelle) de ce quartier ne sera pas augmenté réellement s'il n'échange qu'à l'intérieur de son quartier riche, car le boulanger du quartier augmentera également ses prix et de même pour les acteurs économiques du quartier riche. Dans un monde de milliardaires la baguette coûterait 15 000 euros, la richesse relative des signes monétaires surnuméraires ne valant que si elle n'est PAS partagée par tous!

Si par contre le quartier riche parvient à créer une anamorphose monétaire, c'est à dire à faire croire, du "point de vue" du reste de la ville, que son argent excédentaire héliporté ne représente pas une distorsion de la quantité des signes monétaires globalement en circulation, et donc ne correspond pas à une distorsion du pouvoir d'achat de la monnaie commune de la ville, alors le prix de marché de la baguette restera à disons 1 euro y compris pour les riches, et LA, et LA SEULEMENT, l'excès de signe monétaires qu'ils auront reçu SE TRANSFORMERA EN RICHESSE REELLE POUR EUX (et de fait en appauvrissement pour les autres, car l'anamorphose monétaire aura créé un effet redistributif au sein de la société, en fait "distributif" au sens où c'est la DISTRIBUTION INITIALE, l'ORIENTATION des signes monétaires qui aura initié la chose, une sorte d'économie distributive chère à Marie Louise DUBOIN et à son père, mais A l'ENVERS BIEN SUR dans ce cas!).

En clair l'illusion créée par l'anamorphose monétaire permet de relier et d'unifier la "réalité" de la majorité des citoyens, à la distorsion de la réalité dont bénéficient la minorité du quartier riche (mondial désormais) arrosé sélectivement (que l'on appelle aussi la "sphère financière"). Si le pouvoir d'achat d'une monnaie est directement lié, en supposant une quantité donnée de biens et services réels existants, à la masse de cette monnaie mais aussi à sa vitesse de circulation selon l'approche quantitative classique (MV =PT), alors dans l'illusion monétaire issue de l'anamorphose monétaire que je décris ci-dessus, il y en fait DEUX monnaies dans la même ville dès lors que l'hélicoptère a fait son largage sélectif:

1) la monnaie officiellement admise de la majorité (les Euros par exemple)

2) et la monnaie de l'anamorphose monétaire qui est une illusion (les Euriches) mais une illusion qui peut de fait enrichir vraiment ceux qui en bénéficient si la réalité et l'illusion sont habilement reliées comme dans l'image de la lave dans la rue de la photo ci-jointe. Car si je possède plus de monnaie suite à ce largage sur mon quartier "riche", et que l'illusion de l'anamorphose fonctionne avec les autres quartiers, alors je peux me permettre en ayant une masse monétaire plus importante de la faire circuler moins pour maintenir mon pouvoir d'achat de base EN COMPARAISON avec le reste de la ville.

Deux monnaies, deux masses différentes, deux vitesses différentes, mais un même nom et une illusion commune créée par l'Anamorphose Monétaire.

Derrière les termes "d'agrégats monétaires ne se cachent-ils pas les fondements d'une telle anamorphose qui constitue un "truc" permettant la concentration des richesses, car il va sans dire que la monnaie non dépensée dans la sphère réelle (vitesse "apparente" faible mesurée par convention en relation avec le PIB) va me permettre moi riche d'investir dans les "actifs" et de devenir propriétaire non d'objets de consommation (et de consUmation, dont la valeur se « consume ») mais d'acquérir les biens de production et les titres de propriétés (terres, immeubles, actions, etc.).

 

Et un des points de jonction (pas le seul, mais un qui est important) de la réalité avec l'image anamorphosée et distordue se situe selon moi dans la définition des mesures "d'inflation" via les Indices des Prix à la Consommation (IPC)  d'où les critiques sur ce sujet peu souvent débattu et connu.

Si nous réfléchissons à ce que sont ce qu’on appelle les « monnaies complémentaires », qui ne pouvant véritablement jouer sur la masse monétaire réelle (car le point de rattachement de ces monnaies est souvent de par la loi et la fiscalité un ancrage strict de la monnaie créée à la monnaie officielle euro ou autre, par exemple avec les Sols) jouent sur la vitesse de circulation, ne s'agit-il pas de "distordre" le système dans un certain sens, d'appliquer une sorte de "contre anamorphose monétaire" via ces monnaies complémentaires afin d'orienter les flux dans certaines directions (« sociales en environnementales vertueuses ») et, comme on le dit souvent, de compenser les "distorsions" économiques et sociales du système monétaire actuel?

Vu sous cet angle j'aurais tendance à dire que nous avons bien du retard avec ces monnaies complémentaires car il me semble que des intérêts particuliers spécifiques au plus haut niveau de pouvoir et de richesse sont parvenus depuis déjà un bout de temps à créer leurs propres monnaies complémentaires à l'euro officiel par exemple (monnaie centrale) pour non seulement tirer bénéfice du monnayage, mais aussi créer une anamorphose monétaire profitable à leurs intérêts et à ceux de leur réseau...

Mais eux en ont fait système et appellent ces monnaies complémentaires "euros" (ou dollars) globalement.

N’est-ce pas la version moderne du vieil adage selon lequel « l’argent va à l’argent » ?

 

Jean-Louis DUHENOIS

 

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Café politique 26 janvier 2012

Faut-il payer la dette souveraine ?


Suivi des propositions de Gérard
 

Après l’exposé de Geneviève le débat s’ouvre sur un rappel des causes de la dette souveraine française.

Depuis 1973 (loi Pompidou traduite sur le plan européen par l’article 123 du Traité de Lisbonne), l’Etat français ne peut plus faire appel à la Banque de France  (planche à billets) pour financer ses déficits. La BCE prête aux banques à des taux bas alors que les Etats s’endettent auprès de ces mêmes banques à des taux plus élevés

Contraint de se tourner vers le marché obligataire, l’Etat emprunte à des banques privées. La dette française a beaucoup augmenté depuis 20 ans. Elle représente 1700 milliards d’euros apurables au mieux dans 150 ans. En effet, l’évolution des intérêts cumulés représente aujourd’hui 5% du PIB. La dette est devenue exponentielle du fait des intérêts composés.

Les banques ont tout avantage à acheter des dettes publiques car leur rendement avoisine les 12%. Les Etats ne pouvant se déclarer mauvais payeurs, les banques prennent peu de risques et font beaucoup de profit. Un Etat ne peut se déclarer en faillite (la dette est un élément patrimonial). Depuis 2005, une énorme masse monétaire a été orientée vers les marchés financiers au détriment de tout investissement.

Aucune sanction véritable n’a été prononcée à l’encontre des banques scélérates comme Dexia qui un jour prétend que tout va pour le mieux et le lendemain se déclare en difficulté.

Le Japon, pourtant le pays le plus endetté du monde, a en fait une dette nationale dont la connotation est bien différente de la dette française en grande partie aux mains de banques et d’assurances étrangères dont on ne connaît pas toujours la raison sociale.

Craignant un risque de crise bancaire systémique qui priverait les petits porteurs de leur avoir, l’Etat se dit obligé de soutenir les banques.

Après cet état des lieux de la dette française souveraine, il ne semble pas abordé dans le débat l’éventualité de supprimer partiellement au moins la dette. Les solutions qui vont être évoquées concernent la manière dont il serait possible de sortir de cet endettement hors norme étant entendu que pour certains si la croissance avait été au rendez-vous en France il ne serait même pas question de la dette aujourd’hui.

Solutions proposées pour sortir de l’endettement massif.

1 )  Augmenter les recettes de l’Etat en relançant la croissance, mais ce modèle est énergivore et les ressources planétaires limitées.

· Repenser la croissance en revenant sur le modèle de consommation à tout-va (orientation écologique).

· Redonner sa place à l’industrie en France. En effet, depuis quelque temps la France a privilégié les services au détriment du tissu industriel largement délocalisé (voir Moulinex fabriqué en Chine par exemple). Attention cependant, les marques  allemandes devenues  mythiques et qui ont conquis de nombreuses parts de marché, supposent un marché du travail flexible et un modèle social bien plus pénalisant que le nôtre.

· Tenter de trouver une place dans des domaines spécialisés comme les TICE où la France brille par son absence.

2)   Nationaliser les banques pour éviter la spéculation financière débridée.

· L’objection est que, en France, il y a une trop grande collusion avec les grands corps de l’Etat et que la nationalisation ne garantit pas la transparence.

3)   Relancer l’inflation à minima.

4)   Imaginer le système d’une monnaie fondante qui s’autodétruirait sur le modèle du ticket de bus qui une fois composté n’a plus aucune valeur.

5)    Faire comme la Chine qui part à la conquête de terres cultivables ou de parties de territoires étrangers pour les acheter (proposition provocante !!)

6)    Modifier la fiscalité pour équilibrer la charge de la dette.

        Actuellement, les PME paient des impôts bien plus importants que les grandes entreprises du CAC 40 (33% pour les PME contre 10% pour les grandes entreprises). Les banques créancières sont peu imposées par rapport aux salariés et aux contribuables français.

En conclusion

La question de notre modèle social pour le futur se pose en France à cause de  l’énormité de notre dette.

Quelles priorités se donner pour la rembourser ?  Relancer l’investissement ? Financer davantage l’enseignement et la recherche ? Créer une TVA sociale ? Taxer les importations ? La réduction des dépenses de l’Etat n’est peut-être pas une bonne solution. Il subsiste pourtant, d’après certains, de nombreuses poches de productivité non identifiées en ce qui concerne le fonctionnement de l’Etat.

 

Quelques propositions non techniques pour compléter éventuellement ton compte rendu. Par Gérard

1-L’avenir, est-ce seulement, « Qui va payer la dette ? »

Parler de l’avenir c’est parler de la dette des retraites impossibles et du chômage. Quelles perspectives pour la jeunesse qui connaît la crise depuis 2007 ???

En 1989 c’est la fin de la guerre froide avec le mur de Berlin et Tien an men, les pays émergeants qui apparaissent  sont un défi aux pays riches occidentaux qui reculent et s’endettent pour amortir la baisse du niveau de vie. Cette crise est la nôtre et on doit l’assumer.

Il faut réfléchir immédiatement au mur de la dette, et il faut revenir aux AAA, et dévoiler la dette camouflée comme celle de la Sécu, retraite, collectivités locales.

2- Payer la dette par la rigueur

Donc il faut de la rigueur, or depuis 1975 nous n’avons pas eu de budget en équilibre

3- Comment faire, tout écrêter de 30 % dans les dépenses ,

Il ne faut pas écrêter tout de 30  % mais laisser la priorité à la santé de pointe, à l’éducation des jeunes, la recherche, et la défense. Le reste, il faudra raboter, les retraites seront à payer quand on ne pourra plus travailler et non pas quand on y aura droit !!

4- Une partie de la solution dans la planche à billets, même par la BCE ?

La création monétaire doit être proportionnelle à la création de richesse !! Sinon au-delà pas de planche à billet et appauvrissement par l’inflation, d’un niveau équivalent aux annualités de la dette remboursée.

5- Qui décide des modalités de remboursement de la dette ?

Nous sommes dans une impasse avec la perte de confiance des élites, car selon Maastricht la souveraineté de la France a été transférée à la BCE, qui est le clone de la Bundesbank. La seule mission de la banque européenne est de lutter contre l’inflation, et qui décidera de mesures propres à relancer la croissance ?

6- Coordonner la croissance pour dégager de quoi rembourser la dette ?

On souffre d’un Euro surévalué qui freine les exportations et la croissance, et Maurice Allais en avait prédit les difficultés. Et la zone euro comporte des pays trop différents. Mais l’Allemagne continue à exporter malgré l’Euro fort, pourquoi ? Elle a des oligopoles et peut vendre cher, comme des véhicules hauts de gamme, alors que la France a opté pour une gamme de véhicules moyens. Nos grands groupes que l’Etat a aidés lors des nationalisations-recapitalisation n’ont pas créé de filières-tissus de PME comme en Allemagne. De plus l’Allemagne fait peser sur les bas salaires des Services, et les emplois type Bolkestein, la production de produits compétitifs dont l’exportation se fait à 60 %  en Europe ; La dette allemande est certes forte mais cette croissance permet à la fois de moins en créer de nouvelle et de rembourser l’ancienne.

7- La France n’est-elle plus qu’une dette à rembourser ?

La France a des atouts, natalité, épargne, grands groupes industriels….l’avenir n’est pas obéré. Cependant le fait d’avoir une monnaie unique au lieu d’une monnaie commune est assez handicapant.

On parle de la stabilité de la monnaie unique, mais il y a risque de problèmes de créances non garanties, des réquisitions pour le paiement des salaires et la stabilité des prix. On critique l’Europe post démocratique qui est sans liberté depuis le traité de Lisbonne. Et le challenge de Hollande, ou du prochain président  est de produire un projet qui donne confiance au peuple, et surtout aux jeunes. On ne peut assister à la fin de l’Histoire de la France pour ne l’envisager que sous l’angle comptable ou patrimonial !!

 

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Café politique du 1er décembre 2011

 

Quelle relation entre la dette des Etats et le niveau de vie des habitants d’un pays ?

 

Augmenté des annotations de Patrice et des remarques de Gérard.

Ainsi que de l’apport de Ernst Winstein

 

Intervention de Jean.

 

Plusieurs idées sont évoquées en introduction :

- Il est difficile de vivre sans s’endetter si on souhaite mieux vivre.

- La création de la dette hypothèque les ressources des siècles à venir.

- La culture de la dette est entrée dans les pratiques des Etats qui s’exposent ainsi à une faillite éventuelle.

- On assiste à une bascule politique : les pays du Tiers-Monde se développent et le pouvoir a tendance à s’éloigner de la sphère occidentale.

- La culture de la facilité pour tous a entraîné l’accumulation de la dette et la culture de la fausse richesse.

- L’austérité qui se profile risque de s’accompagner du creusement des écarts entre les riches et les pauvres.

- La crise actuelle peut être l’occasion d’un réveil. Elle peut permettre de réfléchir à un nouveau modèle dans lequel les valeurs humanistes auraient davantage de place.

Les questions qui se posent peuvent se libeller ainsi : Où est la dette ? Quel est son contenu ? Qui l’a installée ? Qui doit payer en premier lieu ? Doit-on suivre la pensée d’Attali qui dit que quand les démocraties s’endettent, il faut rembourser ?

 

 
 

Intervention d’Ernst.

 

Quelques questions se posent :

- Qui gouverne ? Où se trouve le pouvoir décisionnel ? Chez les politiques ou et chez les décideurs financiers ?

- Qu’est-ce qui définit le niveau de vie ? Le confort matériel, la vie culturelle ? Les statistiques évoquant le calcul des niveaux de vie ne sont  pas toujours convaincantes.

- Faut-il maintenir notre niveau de vie au risque de voir la dette publique se creuser ?

- Faut-il réduire la dette publique en réduisant les dépenses publiques ?

- Comment agir sur les dérives spéculatives de la finance ?

 

Le débat s’ouvre sur les causes de la dette publique, les effets pervers de cette dette et le rapport aux pouvoirs qu’elle institue.

 

1) Les causes de la dette publique.

_   La loi de 1973, appelée loi Giscard-Barre interdit à l’Etat français de maîtriser sa monnaie et a pour conséquence de le contraindre à faire appel aux banques pour obtenir du crédit. Cette loi aboutit à la constitution d’une dette publique de 1700 milliards d’euros de dettes dont le service est couvert par la totalité de l’impôt sur le revenu de notre pays. Cette dette souveraine enfle depuis 1973 à cause du paiement des intérêts. Le capital n’est toujours pas remboursé. A ce propos le Monde a publié un article le vendredi 2 décembre écrit par Michel Ternisien et Michel Tudel qui explique que tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 1974 ont contribué peu ou prou au creusement de la dette française. «  En 1974, la  France avait un taux de dette publique autour de 20% du PIB, il est resté le même tout au long du septennat….De 1991 à 1998, c’est le « grand bond » en avant de la dette publique. En 6 ans le taux de la dette double et progresse de 24 points (36% à 60%)…. Entre 2007 et 2011 le taux de la dette publique passe de 64% à 87% ».

Un argument contraire peut être de dire que la loi de 1973  a été mise en place pour faire chuter l’inflation et qu’un choix a été fait entre la faillite des Etats et l’inflation. L’inflation ayant pour conséquence éventuelle le risque de ne plus pouvoir rembourser le capital, réduire l’inflation protège ainsi les détenteurs de capital et l’économie. Le site de la BCE présente l’inflation comme très nocive. La BCE a pour mission de limiter l’inflation.
Remarque de Patrice : Un argument contraire peut être de dire que la loi de 1973  a été mise en place parce que le choix a été fait de la maîtrise de l’inflation, en s’abstenant de recourir à la facilité politique de la planche à billets. Mais une inflation maîtrisée convient à une Économie compétitive, en favorisant encore plus sa compétitivité (cf. l’Allemagne) : C’est tout le problème de fond de l’Économie française, dont l’insuffisante croissance depuis 20 ans révèle la non-compétitivité, qui s’est inexorablement traduite par un accroissement continu de la dette publique. Une Économie dynamique est, pour les prêteurs, la meilleure garantie du remboursement par l’État de sa dette, même élevée. La BCE a justement pour mission de maîtriser l’inflation, mission réussie de façon satisfaisante (contenue autour de 2%). Sans cette maîtrise, la non-compétitivité de l’Économie française aurait eu des conséquences encore plus dramatiques.

_   Les pays courent après la dette en partie parce que leur croissance économique est faible. Avec la chute du Mur de Berlin, la délocalisation des profits s’est accentuée et l’argent s’est dirigé vers les paradis fiscaux. Une partie de l’industrie se délocalise, le chômage augmente et la pauvreté avec lui.

_    Le crédit est inhérent à la société de consommation. Si on souhaite en sortir, il faut abandonner le modèle de croissance actuel et revenir à des pratiques plus raisonnées, en particulier songer à relocaliser certaines productions notamment des productions agricoles.

2)  Les effets pervers de la dette publique et privée.

                  -   Le crédit hypothécaire utilisé dans le cadre des subprimes peut aboutir à des désastres financiers contrairement au crédit basé sur des critères de rentabilité.

                  -    La dette publique en France ne peut être remboursée qu’en 2111 au rythme de 11 milliards par an. Avec le bouclier fiscal, le manque à gagner de  l’impôt non prélevé oblige l’Etat à emprunter et à faire payer les plus démunis pour rembourser la dette. En France la collecte fiscale sur les revenus du capital est dérisoire.
Remarque de Patrice : En France la collecte fiscale sur les revenus du capital est dérisoire, à cause des niches fiscales et de l’évasion (particuliers et multinationales), sans même parler de la fraude : Il est clair que les détenteurs de capitaux ont intérêt à prêter à l’État plutôt que de lui donner des impôts.

                   _    La dette a pour conséquence d’augmenter l’écart entre les riches et les pauvres. L’augmentation de la TVA de 5,5% à 7% en France en est un exemple patent, sachant que la TVA est l’impôt le plus inégalitaire.

 

2) La dette publique pose le problème des rapports aux pouvoirs.

      - Les agences de notation (voir fichier joint) sont des modèles de conflits d’intérêt : nombre de leurs membres sont des actionnaires de banques américaines dont l’intérêt est de dévaluer les  notes des Etats et donc d’augmenter les  taux d’intérêt auxquels les Etats empruntent.
Remarque de Patrice. Mais ce n’est pas si simple, car cela empire la solvabilité des États et accroît le risque de non-remboursement du principal, « horreur bancaire ».

       - Les agences de notation se sont révélées particulièrement inefficaces en ce qui concerne la prévision de la crise de 2008, au grand dam et dol des banquiers-prêteurs !

         - Il y a une réelle crainte de voir échapper l’autorité budgétaire des Etats au profit des puissances financières.  Alors se pose la question de la démocratie : pourquoi élire des représentants du peuple qui n’ont plus de pouvoir décisionnel ?

          -  Il existe des Etats dont le modèle semble moins sujet à cette domination financière. Le Danemark, par exemple, dont les dépenses sociales ont augment, garde à ce jour son indépendance politique et monétaire.

           - L’exemple de l’Argentine de Kirchner démontre qu’il est possible de ne pas rembourser la dette et de ne pas se plier aux décisions du FMI. Il reste à réfléchir si on souhaite recréer une monnaie souveraine au lieu de subir les conséquences de la globalisation.

 

En conclusion, l’issue ne serait-elle pas, comme le suggère Alain  Badiou,  celle de l’initiative populaire où s’enracine la puissance d’une idée ? Mais le peuple a-t-il toutes les chances d’être éclairé et orienté plutôt par Badiou ou par TF1 ?

***

1-Peut-être insister plus sur la récession que nous allons connaître. Nous vivions sur une projection de croissance de 3 % par an pour maintenir notre niveau de vie, un tel niveau de croissance pour 1000 ou 2000 ans !! Sans cela on ne peut vivre qu'à crédit et endettement.

2-Pour faire mentir la fatalité de la dette des Etats et l’obligation qui leur est faite de se financer à taux fort sur les marchés financiers, on peut citer cet extrait du livre d’Alain Badiou relatif à Marx, qui souligne que face à l’impuissance décrétée des Etats face aux lois des marchés financiers, pourrait revenir l’idée et l’action du politique ou à défaut l’initiative populaire porteuse d’une idée.

Alain Badiou, » Le réveil de l’histoire », Editions Lignes.

« Le Monde actuel est exactement celui que, par une intuition géniale, Marx annonçait en tant que déploiement intégral des virtualités irrationnelles et, à vrai dire, monstrueuses du capitalisme. Le monde contemporain capitaliste se jugeant débarrassé de ses ennemis communistes va son bonhomme de chemin selon la ligne dont Marx aperçut l’allure générale. Allons-nous donc nous enfoncer encore davantage dans la barbarie dans laquelle nous vivons ? Le seul réveil possible de l’Histoire, est « celui de l’initiative populaire où s’enracinera la puissance d’une idée » ».

3-Quelle peut être cette idée ?

. Si ce n’est plus l’idée communiste ce seront peut-être les émeutes et révoltes, c’est-à-dire des masses de gens qui se soulèvent parce que les choses doivent être tenues pour inacceptables.

. Retour à société précapitaliste, faire ce que tu dois faire juste pour les besoins de ta vie, et si tu as des excédents, tu peux conserver pour l’année future, faire une belle fête ou un potlatch. Mais c’est une projection millénariste et irrationnelle de vie au jour le jour, avec le fatalisme et la promesse d’un Paradis ailleurs. Mais c’en serait fini de la fatalité capitaliste qui veut toujours plus d’accumulation et de rationalisation de la production pour un maximum de profits, ou d’endettement si la croissance n’est pas là.

. Accepter un volant de 10 % de la population en dessous du seuil de pauvreté pour lesquels l’Etat n’aura plus besoin de s’endetter, et ce nouveau sous*-prolétariat n’aura plus les moyens de se projeter rationnellement dans l’avenir ni penser à une révolution, car ne pouvant ni bien se nourrir, ni se soigner ni anticiper ses vieux jours...

. Inventer un nouveau contrat social, avec un autre type de croissance et de redistribution, à condition qu’un puissant loby social l’impose au gouvernement devenant kleptocrate et qui taxera d’office le superflus des propriétaires en lieu et place de l’endettement.

 

Gérard

* * * * * * * * * * *

Café politique du 1er décembre 2011

Introduction : Ernest Winstein, Y a-t-il un rapport entre dette et niveau de vie ?

 

En rapprochant le fait de la dette publique et la question de l'évolution du niveau de vie, nous posons question de savoir si le niveau de vie suit la courbe de la dette. Mais cette question renvoie nécessairement à  la double question de savoir:

1. Qu'est-ce qui a causé la dette ? Qui est responsable de la dette, qui/qu'est-ce qui la suscite, l'infléchit ou laisse libre cours à son évolution, c'est-à-dire : qui gouverne ?

2. Qu'est-ce qui définit le niveau de vie ? Le seul confort matériel ? Ou encore les relations interhumaines, une vie culturelle épanouie (son accès aux offres de consommation culturelle et/ou sa possibilité de prendre part aux activités créatrices ou de les exercer), un accès le plus complet possible aux soins médicaux, ...). Un certain bonheur matériel et/ou un bonheur relevant de l'épanouissement de la personne humaine et sa place dans le tissu social?

Questions que je soumets au débat en relevant un certain nombre de constatations, chiffrées si possible.

Remarquons d'abord que les économistes préfèrent parler de pouvoir d'achat (chiffrable), ou de "bien-être" - qui, évidemment, n'est pas seulement de l'ordre du chiffrable mais de... l'être! - et de "qualité de vie" - qui serait mesurée approximativement par l'"indice de développement humain" (mais qu'est-ce que le "développement humain"?!).

Le critère statistique utilisé pour définir le niveau de vie est le revenu - et l'on peut alors s'appuyer sur la notion de PIB - le PIB par habitant étant résultat de la division du PIB national par le nombre habitants. Important : le PIB ne prend pas en compte le patrimoine, qui intervient tout de même dans la réalité "niveau de vie".

Première constations :

En comparant la courbe de l'évolution de la dette publique et du PIB depuis les années 70, nous constatons une sorte d'évolution parallèle, avec une inflexion de la dette autour de 1995 et un rapprochement de la dette et du PIB au cours des dernières années.

Détails concernant l'évolution de la dette française :

La dette représentant 663,5 milliards à la fin de 1995, (55,5% du PIB), 1211,6 milliards à la fin de l'année 2007 (64,2% du PIB), atteint 1 646,1 milliards d'euros début 2011 (84,5% du PIB).

Question : lorsque la dette, dans un pays X, dépasse le PIB, ce pays est logiquement en état de faillite?!

L'évolution du niveau de vie

Selon une étude de l'INSEE parue fin 2006 (voir l'analyse qu'en fait Marie Simon dans l'Express du 23 novembre 2006), le niveau de vie a augmenté entre 1996 et 2004 (période sur laquelle porte l'étude) de 12% en moyenne. La pauvreté a reculé : si l'on comptait 13,5% de pauvres vivant avec moins de 788€/mois, on n'en compte plus que 11,7% en 2004 (soit tout de même 6,9 millions) - soit une progression de 20% pour les ménages les plus modestes (due à une progression des aides).

En matière de patrimoine, les plus modestes ont vu leur patrimoine diminuer. Le patrimoine des ménages "un peu plus aisés" passe de 60 000€ à 90 000€.

Tendance actuelle :

Est-elle si difficile à définir? "Libération" du 19 octobre 2011 (voir aussi Gadrey, "Alternatives économiques" du 19 octobre 2011) cite les commentaires de Roselyne Bachelot au sujet d'un rapport du Gouvernement (non publié) sur l'évolution de la pauvreté de 2006 à 2009. Le taux "gouvernemental" passe de 13,1% en 2006 à 11,8% en 2009 (de 7,5 millions en 2006 à 7,1 millions en 2009).

Je constate, en tenant compte des chiffres officiels de l'INSEE de 2006 (voir ci-dessus), que le nombre de "pauvres" aurait sauté de 6,9 millions en 2004 (11,7%) à 7,5 millions en 2007 (13,7%) !! L'INSEE indique, semble-t-il 13,9% pour 2009.

Il y a des données à clarifier...

D'après R. Bachelot, en Allemagne on est passé de 12,6% en 2004 à 13,7% en 2009.

Problèmes pour l'avenir :

1. Abaisser ou maintenir le niveau de vie?

Notre niveau de vie est relativement stable, voire augmente. On peut dire : grâce à la dette. Le déficit public étant compensé par des emprunts.

Pour réduire la dette de façon conséquente (et non seulement payer les intérêts de la dette), il faut donc réduire certaines dépenses (publiques, mais certainement aussi privées!) et donc, en toute logique, accepter de vivre plus modestement...

Cela suppose des choix! - sur le plan français ET européen - puisque l'économie des pays européens est largement interdépendante. ... choix qui risquent d'influencer la consommation dans le sens d'une baisse. Or, une consommation en baisse induit une diminution de la croissance économique.

Faudra-t-il se résigner à taxer les importations ??

2. Les dépenses de fonctionnement pèsent sur les générations futures.

L'Etat finance par endettement non seulement les dépenses d'investissement, mais encore des dépenses de fonctionnement. "La charge de financement de ces dépenses est reportée sur les générations à venir, alors même que leur bien-être n'en sera pas augmenté".

Par ailleurs les générations futures ont à rembourser la dette et les intérêts. D'où la nécessité de chercher non seulement à réduire le déficit, mais d'arriver à un excédent permettant de rembourser les intérêts.

3. Le fonctionnement économique des ménages présente des similitudes avec le fonctionnement économique des Etats:

L'endettement permet de sauvegarder le niveau de vie. Il est donc évident que celui-ci risque de baisser, dès lors que l'on cherche à sortir de la spirale de la dette publique.

Les rapports sur l'endettement des ménages montrent une évolution inquiétante, voire catastrophiques pour certains ménages.

Remarque : Certaines sociétés de crédit pratiquent des taux d'intérêt de l'ordre de 20%.

4. Le plus grand danger vient, me semble-t-il, de l'incapacité de l'humanité à contrôler le système dit du mondialisme. UN pouvoir politique capable de contrôler les flux financiers n'existe pas. Ce sont donc les spéculateurs qui font la loi, parmi lesquels je classe les agences de notation. Le risque d'un effondrement existe - pour preuve l'affolement des marchés dès la moindre menace d'insolvabilité. Le serpent se mord la queue.

Conclusion

Alors, citoyens, reprenons le pouvoir - sans perdre le sens de la relativité.

Une question s'impose à nous, avec insistance, même si la société contemporaine s'est exercée à l'éviter : Quel monde voulons-nous construire? Quelle qualité de vie voulons-nous? Quels critères (quelles valeurs) nous servent pour définir le "niveau de vie". Sommes-nous prêts à reconstruire ou du moins consolider une société dont tout un chacun est solidaire? Cela revient à lâcher l'individualisme généré par la société de consommation dont la logique est devenue celle du plus grand profit possible.

E.W.

 

 

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La science est-elle gouvernée ?

 

d’après l’ouvrage La science gouvernée, de Jean-Paul Malrieu, Rue des Gestes, 2011.

 

Café politique du 3 novembre 2011.

 

Pourquoi serait-on amené à penser que la science est gouvernée aujourd’hui et par qui ? A-t-elle perdu son indépendance et ce qui fait son inventivité intrinsèque en France ?

Pour clarifier le débat qui va porter sur le triangle sciences, techniques et pouvoir, d’abord quelques définitions.

· La technique est l’emploi raisonné de moyens à des fins déjà posées en vue de l’obtention la plus efficace possible d’un but préétabli.

· La science est une interrogation sur le pourquoi des choses. Elle participe d’une sorte d’effroi tant elle assigne l’homme à la modestie de sa place dans le temps et dans l’espace. Elle ne satisfait pas une demande sociale contrairement à la technique qui met en œuvre une sorte de maîtrise sur les choses.

· Peu à peu, on assiste à un glissement de la science à la technoscience. L’intrication entre science et technique se fait de plus en plus sentir. La science progresse en mettant en œuvre de plus en plus de moyens techniques même s’il subsiste des différences entre la cible et les demandes qui portent la science et la technique. Un exemple de cette technoscience est le NBIC (Nano, Bio, Info, Cognitif), véritable offensive pour augmenter le potentiel de l’humain.

Y a-t-il une révolution utilitariste de la production des savoirs ?

· Quelques exemples :

§ Dans le domaine médical, la recherche sur la maladie du sommeil est peu avancée. Elle concerne des pauvres insolvables alors que la recherche sur les maladies rares en Occident est bien mieux financée.

§ Dans la recherche sur les énergies renouvelables, le financement est peu abondant alors qu’il irrigue bien davantage la miniaturisation des dispositifs de stockage de l’information.

§ La recherche scientifique tient compte aujourd’hui des rapports de l’offre et de la demande, de la solvabilité des cibles et de l’existence des marchés.

§ Elle est instrumentalisée car elle doit jouer un rôle dans un projet politique stratégique. L’Occident doit tenir son rang par rapport aux pays émergents. « L’Occident développé, hier si manifestement dominant, se demande comment maintenir son écart de richesse par rapport aux pays émergents, dont certains sont désormais si actifs, si conquérants, et comment maintenir simultanément son hégémonie politique. Si l’Occident abandonne à ces pays, comme il a décidé très délibérément de le faire, le soin de la production industrielle (en Chine, atelier du monde), alimentaire (au Brésil, ferme du monde), pour simplifier, s’il ne jouit pas d’une rente venue des énergies fossiles comme le Moyen-Orient et la Russie, il lui faut disposer d’atouts spécifiques dans les productions à haute valeur ajoutée….Cet Occident mise pour une part sur l’avance technologique ».(page 61).

Pour répondre à ces impératifs,

Une révolution managériale se met en place dans le domaine de la recherche en France

· C’est la fin de l’ancien  laboratoire de recherche et la création d’Instituts moins centrés sur la recherche fondamentale, regroupant diverses disciplines et contrôlés par des chercheurs désignés par l’Etat (Aeres)

· C’est la mise en place du financement sur projets par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) qui privilégie les projets finalisés et qui poussent les projets blancs à mettre en avant d’éventuelles applications. « On est passé d’un pilotage a posteriori de la qualité du travail à un pilotage par l’intention affichée de production de résultats prévisibles » (page 79).

· La gestion des personnels se fait par la concurrence. Les carrières sont bouleversées, le recrutement sur des postes fixes se fait très tardivement, la mobilité est imposée et il devient difficile de revenir dans son centre de recherche d’origine ce qui rend impossible la création «  d’écoles de pensée ».

Les conséquences de ce nouveau management sont importantes

· Le système recrute des chercheurs capables de s’adapter à des conditions déstabilisantes et habitués à plier devant leur hiérarchie. Il reste peu de rebelles et d’imaginatifs.

· A chaque constitution de dossier de candidature,  les perdants ont perdu un mois sans résultat (4 candidats sur 5).

· Les critères quantitatifs de sélection sont discutables, en particulier le nombre de publications demandé qui incite à la redondance et au conformisme.

· Il y a une perte d’autonomie et de liberté parce que le chercheur est captif de ses objectifs déclarés et hésite à sortir des sentiers battus.

· L’encadrement du CNRS a plié pour ne pas perdre l’argent destiné à garder ses chercheurs.

· La mise en concurrence exagérée des chercheurs est contraire à l’esprit collectif nécessaire à toute recherche.

« Le changement des normes de l’institution académique et de l’appareil de recherche induit une mutation des comportements de la communauté scientifique. Davantage d’inquiétude, davantage de fébrilité, davantage d’obéissance. Issus d’une sélection hasardeuse, entrés dans l’institution après de multiples années de précarité, mis immédiatement en concurrence, les jeunes chercheurs entrent dans la carrière avec d’autres représentations que leurs aînés, ils sont à la fois plus angoissés et plus souples, plus prêts à accepter les règles du jeu en permanent changement » (page 89).

La démocratie peut-elle orienter la technique et la science ?

· Première contradiction : la science est une affaire d’experts étant donné sa complexité aujourd’hui alors que le processus démocratique fait de nous des égaux.

· Les innovations du passé n’ont pas donné lieu à débat. La technique ne se pose pas de question. Elle part d’un déjà - là et ne propose pas de refondation.

· La technique peut aller dans le sens du renforcement des pouvoirs en place : par exemple l’informatisation généralisée avec les montages spéculatifs de la finance, la capacité qu’a Google de maîtriser le stockage et la hiérarchie des informations.

 

· Les grands groupes financent certaines recherches et orientent l’innovation en fonction de leurs intérêts.

 

· Il existe des comités censés réfléchir aux innovations. Ils posent cependant  des problèmes :

1. Le Comité d’experts spécialistes sur la sécurité nucléaire et alimentaire délibératif  est constitué de personnes en lien avec les grandes entreprises de production

2. Les Comités d’éthique ne sont que sont consultatifs

3. Les comités citoyens créés par Testard ont pour but d’obtenir un consensus ce qui d’emblée gomme des opinions tranchées et la possibilité de compromis.

Il faut cependant remarquer qu’à certains moments les citoyens se sont emparés de débats publics argumentés dans le cas de la Constitution européenne, le vaccin H1N1 et la question des retraites.

Conclusion

Concrètement les citoyens ont du mal à avoir un droit de regard sur l’orientation des recherches et des techniques. Les décisions semblent venir essentiellement des nécessités économiques. La science serait donc bel et bien gouvernée au moins en partie et l’appareil de recherche avec elle. Mais cependant,

« C’est au titre du droit à la distinction, du droit à l’identification et à la survie du différent, que la science comme entreprise de connaissance-pour- la –connaissance, doit être défendue, contre sa réduction à l’entreprise utilitariste de la technoscience » (page 177).

« Si la Science ne s’engouffre pas dans les convergences pragmatiques de la technoscience, si elle sait maintenir des niches spécifiques…elle peut défaire des amalgames trompeurs et participer au maintien du multiple, en même temps qu’elle peut alimenter notre désir d’un monde plus intelligible et plus simple » (page 179).

3 novembre 2011 Café politique - La science est-elle gouvernée ?

Après l’exposé de l’ouvrage de Jean-Paul Malrieu (voir fichier joint), La science gouvernée, le débat s’ouvre.

La science peut échapper aux pouvoirs économique et politique.

· Même si le profit joue un rôle important dans l’orientation de la recherche, cela n’exclut en rien des découvertes scientifiques imprévisibles.

· Les découvertes technoscientifiques modifient quotidiennement notre vie et ont des conséquences sociales majeures sans que le pouvoir politique en soit l’acteur. Au moment de la fabrication des premières automobiles, il était difficile d’imaginer tous les effets sur l’homme et sur la planète de ce nouveau mode de communication.

· Dans le cas de la construction de la bombe H, les pouvoirs politiques se sont sentis contraints de la fabriquer sous peine de ne plus être en situation hégémonique dans le monde.

· De même, en ce qui concerne l’influence de la finance et du virtuel sur la science, l’exemple de l’utilisation des algorythmes dans le cadre des maniements financiers fait réfléchir. Les algorythmes utilisés en physique quantique permettent de réagir immédiatement dans le domaine financier et ne laissent plus aucune place à la réflexion. Cette perte de contrôle et ces emballements sont en partie la cause de la crise financière actuelle. L’informatisation a profondément modifié la rapidité avec laquelle les cours de la Bourse varient.

A contrario, de nombreux exemples démontrent l’impact de la raison financière sur la recherche.

· Le financement de la recherche est fixé par chaque pays et varie en fonction de ses capacités financières propres. La Corée du sud par exemple finance bien davantage ses chercheurs que le Congo.

· L’argent s’oriente dans les domaines où la rentabilité de la recherche sera la meilleure : les grandes multinationales font de nombreux investissements dans les procédés d’extraction et de production du pétrole et dans une mesure bien moindre dans les énergies alternatives. Un exemple intéressant est cité dans la comparaison entre la France et l’Allemagne dans le domaine de l’équipement en biogaz. Ces installations se sont mises en place il y a trente ans. En avril 2011, la France avait 53 stations en activité et 34 en gestation alors qu’à la même date l’Allemagne en avait 6000. En sachant que la production de ces 6000 stations équivaut à la production électrique de deux centrales nucléaires, il est facile de mesurer l’importance de certains choix que la France n’a pas faits pour diversifier ses sources d’énergie.

· A cela s’ajoute que la politique d’EDF est quelquefois difficile à comprendre : en hiver Fessenheim alimente Varsovie et fait parcourir 1470 km à l électricité qui perd de ce fait 82% de son rendement.

· Apparemment, la recherche effectuée dans les pays riches peut bénéficier aux pays pauvres une fois le coût de cette recherche amorti, mais souvent il y a un effet marketing comme dans la campagne suivante : achetez des couches Pampers et vous financerez ainsi le vaccin contre le tétanos des enfants…

· Les impératifs financiers et politiques peuvent orienter la recherche de manière erronée à long terme : le nucléaire aujourd’hui très contesté pour son caractère dangereux pour les populations et son coût de plus en plus élevé (voir l’EPR) en est un exemple. La recherche d’énergies alternatives pourrait aujourd’hui déboucher sur une rentabilité économique doublée d’effets environnementaux positifs pour la planète.

· Au niveau de l’enseignement, il y a souvent un lien entre les objectifs de certaines multinationales et les filières proposées.

Le côté utilitariste de la technoscience n’est-il que négatif ?

· Certaines découvertes de la technoscience ont amélioré les conditions de vie des populations. Cependant force est de constater qu’avec les progrès du machinisme et de l’informatique on devrait diminuer la quantité de travail par individu ce qui n’est pas toujours le cas.

· Il faudrait une éthique d’utilisation de la technoscience, par exemple éviter la pléonexie (le toujours plus) et réfléchir à un mode raisonnable de consommation.

· Après 1945, le progrès semblait promettre une vie meilleure. Nous avons largement fait fausse route en particulier en ce qui concerne le monde du travail. La tentative des 35 heures a posé beaucoup de problèmes.

· Le phénomène d’augmentation de la population en partie lié aux progrès de la médecine nous met en face de choix de gestion nécessaires au niveau de la planète. Attention de tenir compte du fait que cette augmentation de la population n’est pas significative sur tous les points du globe : la Russie est en baisse démographique ce qui incite des Chinois à venir travailler en Sibérie.

En conclusion que faire pour ouvrir une voie démocratique face aux choix de la recherche ?

· Investir dans l’économie durable, démarche que les banquiers tardent à mettre en œuvre

· Changer son mode de consommation

· Orienter l’éducation davantage vers la prise de parole pour inciter les jeunes à s’approprier le débat public (cours de théâtre en milieu scolaire par exemple).

Comme tout domaine d’importance, les orientations de la recherche en France échappent globalement aux citoyens sauf à penser que les grands débats organisés par l’Etat comme sur les nanotechnologies en 2009 ne sont pas pipés au départ…

 

 

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23 Juin 2011

Café politique sur la jeunesse en France

 

Après un exposé de Jean sur le phénomène de la jeunesse, le débat s’ouvre.

Il est complexe de tenter de définir la jeunesse.

· Ce serait comme un objet fractal dont les limites sont difficiles à définir. Il s’agit, semble-t-il, d’un phénomène contemporain qui traduit une phase intermédiaire entre l’adolescence et l’autonomie adulte. Parmi les jeunes, certains dépendent  financièrement de leurs parents et d’autres, de milieu populaire  dans les quartiers sensibles, sont sans  ressources. Des faits divers récurrents nous montrent une face violente de cette jeunesse des quartiers qui traduit des passages à l’acte dont le décodage reste complexe. Dans des milieux plus favorisés la jeunesse peut s’allonger pour des jeunes qui restent dans le cocon familial jusque vers trente ans (phénomène « Tanguy »).

· En 1968, le rapport Fontanet décrivait les jeunes filles préoccupées par leur trousseau et les jeunes gens désireux d’acquérir une voiture. Les événements de mai 1968 ont balayé ces clichés…

· Jusquà une certaine époque le jeune n’avait pas de statut juridique. A partir des années 50 il est identifié sur le marché comme un consommateur potentiel. Actuellement sa vie  dépend de plus en plus de  l’héritage laissé par les générations précédentes (nucléaire, dettes abyssales des Etats…).

· Pour un intervenant, la jeunesse apparaît comme vieillie, préoccupée par le court-termisme, ne se donnant plus le temps de la réflexion. Elle est aussi orpheline d’une transmission générationnelle dont l’exemplarité est en faillite (deux guerres mondiales, Shoah..). La dépolitisation de la jeunesse française est démontrée par les sondages (hors élection de 2007, ils votent peu). A contrario, un argument oppose à ce constat les mouvements de révolte des jeunes pour la démocratie  dans les pays arabes et le mouvement des Indignés en Espagne en écho au mouvement des jeunes Grecs en marge du mouvement syndical.

· Il faut se garder de toute vision homogène de la jeunesse française. Il y a de nombreux clivages (jeunesse des villes, des campagnes, travailleurs manuels, étudiants…).

· La jeunesse serait intéressée par l’argent et serait l’expression d’une société qui vit au-dessus de ses moyens.

 

Quelle place les politiques français font-ils à la jeunesse ?

· La jeunesse est de plus en plus une variable d’ajustement économique. Elle peine à trouver sa place sur le marché du travail et ce n’est que vers la trentaine qu’un diplômé de l’université peut prétendre à un CDI. Les 30% qui n’ont pas de diplôme d’enseignement supérieur n’ont que des  CDD, les premiers supprimés en temps de crise économique. Certains jeunes sont « déclassés d’office ». A Sarcelles on peut parler de jeunes « en survie »…

·  En comparaison de la génération de 1968, l’insertion professionnelle de la jeunesse est plus longue et les salaires moins élevés.

· Les jeunes d’origine étrangère issus des quartiers à diplôme égal avec les autres jeunes ont davantage de difficultés à trouver un emploi.

·  La désorganisation des jeunes en tant que force politique facilite leur non prise en compte par les instances de décision. Par exemple, l’argent du Conseil Régional n’est pas toujours utilisé à bon escient (Financement de manifestations festives comme l’arrivée de Sébastien Loeb à Strasbourg…) même si par ailleurs ce  même Conseil Régional finance des contrats aidés en direction de la jeunesse. L’argent versé pour la Lybie (un million d’euros par jour) apparaît démesuré au regard des faibles bourses attribuées aux étudiants. En terme de macro-économie, il faut savoir que 42% des prélèvements et de la répartition sociale sont attribués aux personnes âgées en particulier dans les trois dernières années de leur existence.

· Le rôle de l’Education Nationale pose problème par la fonction de tri social qu’elle opère en fabriquant près de 20% de jeunes sans diplôme qui se sentent au ban de la société (voir document joint sur le livre d’Olivier Galland, Les jeunes ont-ils raison d’avoir peur ?)

 

Une révolte de la jeunesse française est-elle d’actualité ?

Beaucoup d’éléments semblent abonder dans ce sens. Pour les politiques français, la jeunesse est le maillon faible de la question malthusienne de l’économie. Le chômage des jeunes français est toujours de l’ordre de 20%. Le sentiment d’un avenir difficile à contrôler et d’une insertion retardée prédominent et alimentent une crise de confiance majeure dans les politiques et les institutions. La France a le taux de pessimisme des jeunes le plus élevé d’Europe.

Conclusion

Les adultes eux-mêmes sont en plein désarroi par rapport aux valeurs à mettre en avant sur le plan social. Le dialogue avec les jeunes en est d’autant plus compliqué. La jeunesse française a tendance à se replier sur elle-même.

La révolte risque de se déclencher à nouveau dans les cités qui disposant des nouveaux moyens de communication pourraient bien réagir de manière concertée pour se faire entendre et reconnaître. Ce mouvement partirait des jeunes les plus précarisés de la société française.

 

Quelques précisions données par Gérard sur ses interventions :
>
> Les jeunes ont raison d’avoir peur quant à la perception qu’ont d’eux les  adultes : vertigineuse lucidité du livre blanc sur la jeunesse commandé en  février-mars 1968 par Joseph Fontanet, « Les jeunes français songent à se marier de bonne heure, veulent la réussite professionnelle et économisent, lui pour s’acheter une voiture, elle pour constituer son trousseau !…. ».Mais au fond la jeunesse pensait, « Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim, s’échange contre le risque de mourir d’ennui !! »
Naissance du "jeune consommateur" : Mai 1968 a annoncé la disparition de toutes les valeurs, et les acteurs n’ont plus reconnu que celles de l’argent. Mai 1968 a été la révolution des futurs jeunes consommateurs, des consommateurs addictifs qui consommeront sans entraves après avoir cassé les valeurs spirituelles morales et culturelles.
> N'oublions pas que la notion juridique "d'infans", dénie toute spécificité à l'enfant, pas de capacité de parler ni d'avoir des droits, il doit attendre de devenir adulté pour exister, sauf à exister subitement en tant que consommateur à la fin des années 1950.
> Les jeunes et l'héritage : Les jeunes ont raison d’avoir peur de leur devenir car la mobilité sociale et l’égalité des chances ont largement décliné. En France seulement 30 % des riches actuels sont des self made men, contre 80 % en G Bretagne et 68 % aux USA !! C’est-à-dire que plus des deux tiers des jeunes riches (actuels ou potentiels) en France doivent leur fortune à leur parent !!
> Tout à fait symptomatique d’une reproduction des élites, nous retrouvons l’habitus de Bourdieu, c’est une application excessive du Code civil dans ses articles sur la réserve héréditaire qui oblige les possédants à transmettre leur fortune à leurs enfants. Nous fabriquons une société économique fermée pour les jeunes qui n’ont pas de fortune héréditaire, mais un Paradis dans la douce France des héritiers. (Etude Forbes insights).
> Un exemple rassurant pour les jeunes épris de justice, le principe de justice de l’Egypte pharaonique : Chacun du Pharaon au fellah devait servir la justice (Maat), elle conditionnait la vie réelle et l’espoir de survie après la mort où on ne fera encore que servir pour demeurer « juste ». En découlait de ce principe que ceux qui voulaient servir dans la fonction publique de l’époque, pouvaient aspirer à de l’avancement en fonction de leurs seuls mérites plus qu’aux liens qu’ils pouvaient avoir avec la famille royale (pas seulement pouvoir de l’héritage). L’œuvre de chacun était au bénéfice de son pharaon et de son pays, pour préserver la stabilité du pays qui n’était que le miroir de l’ordre cosmique, et l’Etat égyptien a duré 6000 ans malgré les fluctuations inévitables.
> De manière générale, le jeune a raison d'avoir peur car c'est lui le continuateur d'une vie et des moyens d'une vie que nous lui léguons, sans toujours appliquer le principe : "Nous n'héritons pas la terre de nos parents, mais nous l'empruntons à nos enfants".
Gérard Chabane

 

Quelques réflexions tirées de l’ouvrage d’Olivier Galland,

Les jeunes ont-ils raison d’avoir peur ?  - Armand Colin, Paris, 2009.

Un constat sur la situation et le ressenti des jeunes Français aujourd’hui.

Ø Les jeunes Français ne croient pas en l’avenir 

selon une enquête dirigée par Anna Stellinger dans le cadre de la Fondation pour l’Innovation Politique en 2008. Ils sont au plus bas des scores d’optimisme et de confiance dans toute l’Europe : un quart des jeunes Français seulement sont convaincus que leur avenir est prometteur contre 60% des Danois. Cette inquiétude s’est amplifiée  depuis 20 ans. Selon le CREDOC (voir les données dans « Evolutions  des valeurs des jeunes entre 1976 et 2006 », Horizons stratégiques, revue du Centre d’analyse stratégique, n°4, avril 2007) le pourcentage des jeunes « inquiets » est passé de 13% en 1982 à 28% en 2008.

Ø Selon le CREDOC, 82% des jeunes Français pensent que la société française est bloquée et qu’il faudrait la transformer profondément. Une partie minoritaire, mais en augmentation, se défie de l’économie de marché.

Ø Les jeunes Français ont le sentiment que leurs conditions de vie seront moins bonnes que celles de leurs parents (46% partagent ce sentiment, 27% pensent qu’elles seront meilleures et 25% qu’elles seront identiques). 46% pensent que la France est en déclin. (voir les données du CEVIPOF-Ministère de l’intérieur : Baromètre politique des Français (2006-2007).

Ø Les jeunes Français sont les moins nombreux des Européens à penser qu’ils  ont « une liberté et un contrôle de leur avenir » selon l’enquête de la Fondation pour l’innovation politique.

Ø Les jeunes Français éprouvent de la défiance par rapport aux institutions et aux élites (enquête de la Fondation pour l’innovation politique). Seuls 3% d’entre eux font complètement confiance au gouvernement de leur pays et 2% aux médias. Seuls 6% ont confiance dans les autres ce qui est un signe de difficulté d’appartenance à la collectivité nationale. Les jeunes sont plus abstentionnistes sauf pour les présidentielles de 2007.

Ø La notion « d’intérêt général » ne trouve que très peu d’écho chez les jeunes (voir enquête SCP communication, février 2007). Il y a un affaiblissement inquiétant de l’intégration sociale au sens des sociologues c’est-à-dire le sentiment de partager des valeurs communes qui fondent légitimement l’appartenance collective.

Ø On assiste au repliement des jeunes sur le groupe des pairs. Certains pratiquent une culture consumériste fondée sur la stylisation de l’apparence et des goûts. Cette culture est davantage une culture de « l’être avec » que du « faire avec » comme dans les années 1950-1960 (CF les heures passées sur MSN). Il y aurait une sorte de conformisme de l’adolescence : François Dubet nous dit : « Pour être soi, il faut être comme les autres ».

 

Les causes du malaise de la jeunesse française.

· Un partage inégal de la flexibilité

Du début des années 1980 au milieu des années 2000, le pourcentage de jeunes actifs de moins de 25 ans occupant un emploi instable ou étant au chômage est passé de d’un peu plus de 40% à près de 60%. Dans le même temps, la proportion d’actifs de 30 à 50 ans dans la même situation restait stable autour de 15 à 16%. Les jeunes apparaissent comme une variable d’ajustement de la société française. Cependant, fort heureusement après cette période difficile et assez longue,  à 30 ans 75% des jeunes ont un emploi stable. Ceux qui ont des difficultés à se stabiliser sont ceux dont le niveau de formation est peu élevé ou absent. Ceux qui vivent dans des zones urbaines sensibles vivent une situation encore aggravée. Enfin, les jeunes d’origine étrangère, à niveau de diplôme équivalent, ont en moyenne moins de chances d’accéder à l’emploi que leurs homologues d’origine française.

· La panne de l’ascenseur social.

Les deux tiers  des enfants d’ouvriers et d’employés demeuraient dans cette catégorie sociale une fois adultes (entre 30 et 50 ans) au début des années 80 et un tiers connaissait une promotion sociale en accédant à des emplois de cadres ou de professions intermédiaires. La proportion est restée la même 25 ans plus tard.

Etre diplômé de l’enseignement supérieur reste un atout pour l’entrée dans la vie active : enquêtés trois ans après la fin de leurs études en 2004, les jeunes sont 90% à avoir un emploi et dans plus de 70% un CDI. C’est vingt et dix points de moins que les jeunes ayant au plus le baccalauréat. Pourquoi les jeunes ont-ils alors une vision aussi sombre de leur situation en particulier les étudiants ?

· Le difficile chemin vers l’indépendance.

La singularité du modèle français est une forme d’accompagnement progressif du jeune par la famille vers l’âge adulte, mais ce processus introduit une forte inégalité entre les jeunes selon les moyens financiers des familles. Les tensions sur le marché du logement sont aussi un frein à l’autonomie des jeunes. Il y a une différence entre les étudiants et les jeunes actifs ; Les étudiants peuvent cumuler l’Allocation de Logement à caractère social (ALS) et la demi-part fiscale (pour leurs parents jusqu’à 25 ans) s’ils sont rattachés au foyer fiscal de leurs parents. Ce n’est pas le cas des jeunes actifs qui ne bénéficient plus de l’allocation d’insertion depuis 1992 et ne peuvent toucher le RMI avant 25 ans.

· La crise de la transmission.

Il y a une difficulté de plus en plus grande à exercer une forme de contrôle et d’autorité sur les jeunes non par manque de volonté mais par manque d’efficacité. Certains jeunes maintiennent l’apparence de l’obéissance en famille tout en ayant une attitude très différente à l’extérieur (influence des bandes dans les quartiers, mais aussi comportements en rupture dans des milieux plus favorisés). La dualité de l’univers adolescent peut à l’extrême construire des jeunes à double face, « anges le jour, démons la nuit ».

· La sous-représentation politique.

Il n’y a pas en France de politique de la jeunesse et la notion de jeunesse est souvent appréhendée uniquement à travers le cadre associatif qui est loin de représenter l’ensemble des jeunes. L’engagement des jeunes dans les associations est faible : en 2008 78% d’entre eux ne participent à aucune association autre que sportive contre 70% des adultes.

· La crise du modèle méritocratique à la française.

130 000 jeunes sortent chaque année du système de formation sans diplôme ni qualification soit près d’un sortant sur cinq et ce sont eux qui peinent le plus à trouver un emploi. Dans les comparaisons européennes de taux de sortants sans diplômes la France est mal placée (au milieu) eu égard à la durée de scolarisation de ses jeunes parmi la plus élevée au monde ce qui démontre la faible performance du système. Autre exemple : Les tests de lecture de l’enquête PISA de 2006 (Ministère de l’Education nationale, L’état de l’école, n° 18, édition 2008) situent la France en 11eme position sur 16 pays européens.

L’échec scolaire a des conséquences directes sur la relation de ces jeunes à la société française. Les élèves des filières professionnelles représentent un tiers des élèves scolarisés dans le second cycle mais connaissent des taux d’échec élevés (autour de 25% pour les diplômes finaux).

La France a une position médiocre dans les évaluations internationales des compétences (voir enquête PISA de l’OCDE de 2000, 2003 et 2006). Pour la compréhension de l’écrit la France se situe derrière tous les pays de l’OCDE de niveau économique comparable. Entre 2000 et 2006 le pourcentage de mauvais lecteurs est passé de 15,2% à 21,8%. Les raisons de ces mauvaises performances ne semblent pas résider dans la quantité de moyens au demeurant supérieure à celle de ses voisins, ni à la surcharge des classes. Une enquête montre un effet de découragement impressionnant au fur et à mesure de l’avancée de la scolarité. Le clivage entre les meilleurs élèves et les moins bons constitue la césure principale de l’univers scolaire.

L’offre pédagogique efficace pour réussir est moins bonne en France que dans les pays voisins.

· La faillite de l’orientation.

 

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OU VONT LES PAYS ARABES ?

SYNTHESE DU CAFE POLITIQUE DU 12 AVRIL 2011
suivie du texte introductif de Jean Luc et de l’intervention de Pierre

 

Après les interventions de Jean-Luc et de Pierre, le débat s’ouvre sur la complexité de la réalité des pays arabes aujourd’hui, la nature de leur révolte, et la légitimité de l’intervention occidentale dans ces conflits en particulier en Libye.

1. La spécificité de chaque pays arabe influe sur sa révolte propre.

· En Libye comme au Yémen, il existe des tribus dont l’importance structurante dans le pays est essentielle.

· L’Egypte a une position particulière par rapport à Israël liée à Moubarak, différente de celle de la Libye.

· Il est peu question de l’Algérie alors que l’actualité du pays est loin d’être sans intérêt. Il est vrai que les quelques 200 000 morts des années 1990 en raison des conflits liés à l’islamisme (FIS) ont marqué très douloureusement les mémoires.

· Il est question de la Syrie uniquement en raison des manifestations en ce moment.

· Le roi de Jordanie a une position neutre dans ce contexte de révolte.

Il semble très difficile d’avoir une information la plus objective possible de l’actualité de ces pays. Auparavant la presse était muselée même dans des Etats comme la Tunisie. Depuis l’éclatement des révoltes les journalistes arrivent difficilement à faire leur travail.

2. Aspects de cette révolte et discussions sur ses référentiels.

· Le déclenchement de la révolte se situe en Tunisie. Un étudiant s’immole par le feu pour protester de sa difficulté à survivre malgré son niveau de diplôme. Il représente une partie de la jeunesse diplômée de ces pays contrainte à de petits boulots eux-mêmes réprimés par la police.

· Il ne faut pas passer sous silence les conséquences importantes de la crise financière de 2008 qui a entraîné l’augmentation du prix des denrées de première nécessité et a plongé les populations arabes dans une immense difficulté à vivre.

 

· Il existe aussi une responsabilité historique des puissances coloniales dans la situation des pays arabes, la Grande-Bretagne en Arabie Saoudite et en Egypte, la France au Liban et en Syrie par exemple. Les identités nationales sont pour beaucoup des constructions du colonialisme.

· Une question est posée concernant la véritable nature populaire de ces mouvements. Il pourrait s’agir de manipulations de services secrets américains infiltrés, notamment en Libye, qui financeraient les combattants. Le but serait de créer un climat de guerre civile. La majorité des participants ne se rallie pas à cette thèse et avance l’idée qu’il s’agit bien d’un soulèvement populaire à visée de respect des droits fondamentaux. Il est rappelé le caractère éminemment spontané autrefois de la première Intifada.

· Une discussion s’engage sur le référentiel de ces révoltes. Certains pensent que les valeurs qui guident le mouvement sont universelles et démocratiques, d’autres qu’il faut se garder de croire que le mot démocratie revêt le même sens pour tous ces pays et qu’il s’agit d’une démocratie à l’occidentale.

· Il est possible de s’accorder sur une demande explicite de respect des droits fondamentaux de l’être humain en se gardant de tout ethnocentrisme. Un récent rapport de psychiatres de ces pays fait état d’une véritable évolution en profondeur des mentalités. Un intervenant psychologue psychanalyste amené à travailler dans ces pays avance l’idée que le sujet y semble avoir une place différente de la nôtre et que sa perception et la représentation qu’il a de lui-même ne peuvent se confondre avec la vision occidentaliste des situations. Par exemple, ces personnes vivent une forte tension entre tradition et modernité.

3. Que penser de l’intervention occidentale dans ces pays ?

· Première interprétation : « Trois tribus » interviennent dans cette partie du monde : la tribu Sarkozy, la tribu Obama et la tribu Netanyaou. Le blocus de Gaza par exemple est dû à l’alliance d’Israël avec Obama. L’aide américaine à Israël représente 3 milliards de dollars par an. L’Egypte est le second récipiendaire des Etats-Unis. Par ailleurs l’intervention onusienne en Libye revient en partie à déverser des bombes pour protéger les populations civiles, or ces bombes répandent de l’uranium appauvri dans le pays et cela n’est pas sans conséquences sur la santé à venir des habitants.

· L’enjeu pétrolier reste un élément à considérer quand il est question d’intervenir en pays arabe. L’historique des interventions occidentales en pays arabes ne plaident pas en leur faveur.

· Deuxième interprétation : c’est l’ONU qui a initié la prise de position dans le mouvement pour éviter des massacres en Libye. Si l’ONU était restée sans réaction, qu’aurions-nous dit ?

Conclusion.

Il semble difficile de décrire l’avenir des pays arabes aujourd’hui même en tenant compte de leur grande diversité. Plusieurs facteurs sont à considérer :

· Sur le plan culturel la présence de chrétiens dans ces pays malgré leurs difficultés peut permettre des avancées.

· Les nouveaux gouvernements qui se cherchent auront à redéfinir une position par rapport à la Palestine et à Israël et ce faisant par rapport aux Etats-Unis

· Les mouvements islamistes non moteurs de la révolte cherchent à entrer dans le nouveau processus démocratique. Le feront-ils sans arrière-pensée de prise de pouvoir ?

· A noter aujourd’hui les efforts particuliers de la Tunisie à la recherche de sa propre voie constitutionnelle malgré la faiblesse structurelle du nouveau gouvernement.

· Enfin la donne économique pèsera lourd dans la perception du changement induit par ces mouvements.

Les révoltes arabes auront sans doute un impact aussi important sur le plan mondial que la chute du Mur de Berlin à la fin des années 1980.

 

Où va le monde arabe ?   par Jean Luc

 

« Nous avons cru que les peuples arabes avaient une prédisposition à la  servitude ».   Ces paroles, de connotation indéniablement racistes puisque supposant que, par  nature, certains peuples ne pourraient accéder à un régime politique  garantissant les libertés publiques, ont été prononcée par un ancien ministre  français, M. Kouchner, lors d’une interview. Il est vrai que le système de parti unique  en vigueur dans presque tous les  pays arabes ne favorise pas spontanément l’expression démocratique fondée sur le  pluralisme d’opinions, la liberté politique et l’équité sociale. Comme de  surcroît, la religion musulmane est souvent religion d’Etat, religion peut être  plus que toute autre, de soumission à Dieu, ces 2 éléments peuvent donner  l’impression que l’esprit de servitude est inhérent à la civilisation arabe.  Mais se fonder sur des a-priori peut se révéler être d’un mauvais conseil ;  ainsi, il semblerait que peu de nos brillants esprits ont remarqué que la  Turquie, ancienne dictature et pays où la religion musulmane imprègne la société  depuis des siècles, a réussi à se doter d’institutions démocratiques stables, où  le calendrier électoral est respecté, à créer une économie prospère où la  croissance est supérieure à 5% l’an, malgré l’absence de matières premières.  Tout ceci, sous la férule de l‘AKP, parti islamique conservateur, semblable,  mutatis mutandis, à la CDU allemande.

Le chemin semble pourtant long et ardu, pour les pays de culture et d’expression  arabes, depuis le Maroc jusqu’au Yémen, de pouvoir connaître un jour prochain,  pareille situation. En effet, ces pays, soumis à des oligarchies réactionnaires  ou à des bureaucraties étatistes, ont réussi à maintenir leurs populations dans  un relatif état d’arriération, malgré de gigantesques transferts de capitaux en  leur faveur, dues à l’exportation de matières premières. Il s’agit donc, pour la  plupart, de pays riches avec une population pauvre, où sévit un « capitalisme de  copinage » hermétiquement fermé à la notion d’investissement qui est la base  même d’un capitalisme raisonné, source de croissance économique. Une telle  situation ne pouvait à la longue ne créer qu’une situation explosive et ainsi il  s’est produit, à partir de décembre 2010, un choc des civilisations, non pas  entre un Occident « éclairé » et un monde musulman hostile aux valeurs  occidentales, mais à l’intérieur du monde musulman lui-même ; un monde certes  figé mais où les nouvelles technologies de l’information avaient pu pénétrer, et  où une population pauvre, surveillée, humiliée voire infantilisée a fini par ne  plus accepter que ses élites, vivant dans l’opulence, ne se souciaient  absolument pas de leur sort. Une étude, publiée sur le site www.oumma.com,  établie par le think tank indien « Strategic  Foresight Group » et qui regroupe  des chercheurs arabes, israéliens, turcs, suisses et norvégiens, indique que la  manne pétrolière a certes considérablement profité aux 320.000 millionnaires du  monde arabe qui disposent maintenant de 3.000 milliards de dollars qu’ils se  gardent bien d’investir dans leurs pays respectifs, préférant irriguer, à  hauteur de 20 à 40 milliards par an, les comptes off-shore ouverts dans des  Etats complaisants ; que cette manne a certes aussi profité aux Etats de la  région, qui depuis 1975, ont englouti  2.000 milliards de dollars dans l’achat  d’armements, mais a bien peu profité aux populations dont 20% vivent sous le  seuil de pauvreté, dont le seuil est fixé à 2 dollars par jour. Cet organisme  estime à 12 000 milliards de dollars depuis 1991, les coûts directs et  indirects, induit par cette calamiteuse gestion, en terme d’absence  d’investissement dans l’économie et de retour sur investissement sous forme de  plus-value, d’abandon de terres agricoles et de travaux d’irrigation, de hausse  des loyers, de fuite des cerveaux. Dans les universités arabes, 1% du budget est  affecté à la recherche, contre 40 % aux USA.

On voit donc que le pillage des ressources par des pouvoirs kleptocratiques est  ancien, mais ce qui est neuf, c’est la diffusion en temps réel d’informations,  notamment les contenus de Wikileaks, via les réseaux sociaux d’ Internet qui  n’ont pu être jugulé par les autorités, lesquelles n’ont d’ailleurs pas semblé  avoir pris conscience du caractère subversif de ces technologies. Pour autant,  les populations volées ont-elles une chance de revoir les sommes détournées ? Si  la Suisse a été réactive, en gelant dès le lendemain de leurs chutes, les avoirs  de Ben Ali et de Moubarak, les autres pays, dont la France, sont loin de faire  preuve d’autant de célérité. L’association CCFD-Terre solidaire note que la  Suisse reste le leader mondial de la restitution des fonds volés. En Europe, le  Luxembourg et le Royaume Uni, autres pays de prédilection des dictateurs pour  cacher leur fortune, n’ont jamais rien rendu. Quant à la France, si encline à  donner des leçons de bonne conduite au reste de la planète, elle n’a, ces 20  dernières années, que restituée à l’Irak, un yacht ayant appartenu à S.  Hussein !

  C’est cet ahurissant cocktail de répression et de prédation, qui a fini par être  le détonateur de la révolte. Mais, quoique, de manière perfide, les dirigeants  iraniens et yemenites tentèrent dans un premier temps de faire passer le  soulèvement pour un mouvement exclusivement religieux et anti-israélien, il est  évident que ces mouvements ne sont en rien comparables au mouvement djihadiste,  inspirée par la wahhabisme saoudien, et qui, à la fin des années 1970, fit ses  premières armes en Afghanistan, contre l’armée soviétique, et dont sera issu Ben  Laden, ni au mouvement khomeiniste iranien qui aboutira  à une théocratie  rigide, ni naturellement au mouvement salafiste algérien. Dans ces 3 cas, la  religion a été l’élément central, religion perçue et revendiquée alors comme une  résistance à  tout ce qui n’est pas religieux, l’occidentalisation des mœurs et  des comportements plus particulièrement. Mais l’occidentalisation est devenue  mondialisation, sous l’impulsion décisive des « BRIC « notamment, ce qui rend  plus difficile la désignation d’un ennemi, d’un épouvantail qu’on peut agiter  devant une opinion publique peu habituée à s’exprimer librement. Et ainsi ce ne sont cette fois-ci pas les islamistes qui ont été le fer de lance de la  révolte, mais l’homme de la rue, le quidam de ce qu’on nommait avec  condescendance «la rue arabe», certes volubile et sympathique, mais incapable de  comprendre les affaires du monde, quidam dont aucun n’a repris le slogan  islamiste des années 90 : « l’islam est la solution ». La légitimité du suffrage  universel et de la représentation démocratique semble d’ailleurs déjà admise en  Tunisie et en Egypte non seulement par l’ensemble des mouvements et partis, mais  également par la mouvance religieuse, ce qui laisse espérer une évolution à la  turque de ces pays. Pour les autres pays, une telle évolution parait plus  hasardeuse, les dictateurs s’étant entourés de gardes prétoriennes, ce que  n’avait fait ni Ben Ali ni Moubarak, qui de fait ont été déposés par l’armée. Le  paradoxe, est que ce sont ces 2 dirigeants, qui dans leur rhétorique du moins,  étant les moins anti-occidentaux semblaient en apparence les plus réformistes,  furent les premiers à subir l’ire de la foule. En réalité la seule rhétorique  faisant office de réformes, cela ne fait pas un programme avec des objectifs  précis. L’ Occident d’ailleurs, n’a rien vu venir non plus, se contentant  d’afficher sa confiance à des régimes assurant combattre le terrorisme, ce que  ces derniers firent, estimant ainsi s’acheter un certificat de bonne conduite au  sein d’une communauté internationale avant tout soucieuse de l’éradication du  terrorisme.

    Mais quelque soit le pays arabe considéré, le constat quant à la situation  sociale et sociétale est accablant et le bilan économique est consternant malgré  les épisodiques flambées du cours des matières premières depuis les années70.  L’ensemble de ces régimes n’a su s’adapter à l’évolution liée à la  mondialisation. Le contraste est frappant avec l’Asie, dont les pays, bien que  dépourvus de richesses naturelles, ont su devenir le moteur de la croissance  mondiale : le Japon, dans les années 60 et 70, puis les tigres asiatiques, dans  les années 80, et enfin la Chine et l’Inde actuellement, ont fini par recentrer  l’économie mondiale autour d’un axe asiatique. D’où il faut s’interroger, quels  ont été pour les pays arabes, les facteurs de blocage ? -         La dictature est certes un facteur de blocage mais on notera que le  Chili de Pinochet et la Chine de Deng Xiaoping ont démontré que dictature et  croissance économique pouvaient faire bon ménage.

  -         L’économie de rente pour les pays exportateurs de matières premières.  Cet argent, facilement gagné, ne fut pas réinvesti dans les pays respectifs, et  ce, alors même que la révolution technologique ouvrait des champs de  potentialités considérables. Peu d’investissements furent réalisés, notamment  dans la recherche, pourtant essentielle pour préparer l’après-pétrole.

-         La religion ? Celle-ci a pu servir à créer de l’illusion un temps. Dès  le moment des indépendances, les pouvoirs nouvellement créés se sont placés sous  l’égide de la religion dont l’autorité était reconnue même par les pouvoirs dits  socialistes, vocable de fait utilisé pour créer des systèmes de parti unique.  Par la suite, la religion fut présentée comme étant un vecteur d’identité et  d’authenticité face à des comportements occidentaux jugés immoraux et décadents:  le consumérisme, la superficialité, le jeunisme, l’égolâtrie, bref le « fun »,  toutes choses n’étant pas sensées apporter la profondeur existentielle et la  solidarité sociale véhiculées par l’islam. Par la suite, l’inconsistance de ce  discours fut manifeste quand, WikiLeaks aidant, l’homme de la rue qui avait  admis ces valeurs à connotation sacrificielle, s’aperçut que rois et despotes  qui certes s’affichaient tout autant religieux que lui, n’y voyaient cependant  pas en quoi cela devait limiter leur accumulation de fortune, leur prédation sur  l’économie privée, la création d’un secteur public qui se confondait avec leur  propriété privée. Tant d’hypocrisie délégitima le discours religieux, aussi  nulle part les mouvements religieux ne furent-ils cette fois-ci à l’avant-garde  des révoltes et des manifestations.

-         La résistance à l’influence étrangère sous forme de démocratisation  forcée. Il est de fait, que ni l’intervention israélienne en 2006 au Liban, ni  surtout l’intervention US en Irak et accessoirement en Afghanistan, n’ont de  quelque manière que ce soit fait progresser l’idée démocratique. Bien au  contraire, cela fut perçu comme des agressions autant par les gouvernants que  par les opinions publiques, ce qui renforça paradoxalement durant un temps la  légitimité des gouvernements en place. L’Histoire ne ressert jamais 2 fois de  suite les mêmes plats ; ce qui fut rendu possible à la fin de la 2. guerre  mondiale en Allemagne et au Japon, ne put être réédité en Irak notamment. Ce  pays fut certes une dictature féroce, mais S. Hussein fut favorablement perçu  aussi bien par les US, que par les Européens ou les Soviétiques, dès lors qu’il  s’en était allé guerroyer contre l’Iran de Khomeyni. Le subit revirement de  l’Occident après l’invasion du Koweit laissa supposer des arrières pensées  mercantiles quant à son surmoi démocratique.

-         La lutte contre le terrorisme d’Al Qaida. Après le11 septembre 2001,  tous les régimes ayant affaire à des populations musulmanes, Chine comprise,  profitèrent d’un effet d’aubaine pour renforcer leur système de surveillance de  la population, par des polices secrètes notamment, pour affaiblir ou éliminer  tout mouvement de contestation, au nom précisément de la lutte contre le  terrorisme. Même Kadhafi sut se racheter un certificat de bonne conduite et se  faire admettre comme partenaire relativement fiable par les Occidentaux. C’est un coktail de ces différents éléments qui ont fini par faire de ces  sociétés des sociétés bloquées, ne correspondant en rien à l’identité arabe et  n’étant pas en phase avec l’évolution du monde contemporain. Les identités sont toujours construites, elles sont ce qui fonde une  civilisation, mais ne peuvent faire l’impasse de ce qui fait la spécificité  d’une époque. Celle-ci a été entièrement et très rapidement remodelée par  internet et les réseaux sociaux. Lorsque la religion, source d’autorité puisque  se fondant sur le sacré, et un pouvoir politique le plus souvent dictatorial ce  qui lui évitait de se préoccuper d’une quelconque légitimité, avaient seuls le  droit à la parole, ils savaient appliquer à merveille la devise de Talleyrand :  « Agitez le peuple avant de vous en servir ». Ils ont su le faire sans vergogne,  mais auraient du se souvenir de que dans la Rome antique, un esclave murmurait à  l’oreille de l’empereur, lorsque celui-ci paradait : «  Cave ne cadas », prends  garde à la chute !

Parler du fatalisme arabe comme étant un énoncé absolument vrai arrangeait des  dirigeants qui n’avaient pas à se remettre en cause et un Occident, sûr de  l’universalité de ses valeurs et de son modèle, dont il se gardait cependant  bien de faire la promotion, de crainte de paraître néo-colonialiste comme les  Européens, où alors, comme les US, envoyaient l’armée faire l’instruction  démocratique. Il s’agit d’un préjugé et lorsqu’on vit sur des préjugés, on rate  le train de l’Histoire. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas de valeurs  universelles, chaque peuple doit trouver un chemin qui lui donne accès à la  dignité, à la reconnaissance et à l’estime de soi. Le récent vote de l’Onu,  concernant la Libye, indique bien que dans le monde actuel, aussi globalisé  puisse-t-il être, c’est le principe de souveraineté qui domine. La frontière est  floue entre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le droit des  dictateurs à disposer de leur peuple. Dans les forums internationaux, ce 2e  point est peu évoqué et le 1er  se résume le plus souvent à la confusion entre  le peuple et ses dirigeants. En tout état de cause, les populations arabes, dont  il était admis que ce que l’écrivain Ali Ben Maklouf nommait la « supposée  spécificité fermée sur soi » de la religion musulmane en reflétait la nature  intime, font désormais souffler le vent de l’Histoire dans une tout autre  direction que celle du fatalisme.

 

Où va le monde arabe, par Pierre Nicolas.

 

Comme beaucoup de gens, même passionné de géopolitique, j'ai été surpris par l'éveil du monde arabe.

Mais pour comprendre la situation actuelle, avant de percevoir l'avenir, je me suis tourné vers le passé en me posant la question : « pourquoi le monde arabe en est-il arrivé là ? ».

Je n'ai pas la prétention de faire un exposé exhaustif de l'histoire du monde arabe et je me contenterai d'évoquer quelques événements majeurs qui ont impliqué divers pays autour de la Méditerranée.

L'extraordinaire marche des Arabes vers l'Occident (seulement 100 ans après le prêche de Mahomet) jusqu'en Andalousie, est révélatrice d'un élan irrésistible de foi.

À noter que cet élan contribuera à la transmission en Europe occidentale des valeurs de la civilisation grecque et byzantine.

En 1492, il y eu la découverte de l'Amérique est presque simultanément la reconquête par Isabelle la Catholique de ce monde de tolérance et d'œcuménisme qu'était devenu l'Andalousie.

Auparavant, avaient eu lieu les croisades effectuées par de misérables barbares qui manifestaient leur foi en massacrant au passage des juifs à Regensburg ( Ratisbonne), et plus tard en s'en prenant aux chrétiens d'Orient, à Constantinople en 1204.

Le triste souvenir de ces méfaits se pérennise dans l'appellation de « croisés » utilisée actuellement, pas souvent à bon escient d'ailleurs, par des extrémistes musulmans.

À l'inverse, l'empire ottoman asservit le Moyen-Orient puis l'Europe orientale à partir du XIVe siècle. Cet empire se caractérisa par un despotisme prédateur bien illustré par l'écrivain albanais Ismaël Kadaré.

Cet empire couvrit d'une chape de plomb les mondes arabes et musulmans.

Puis il y eut la colonisation, plus récente et plus connue.

À ce propos j'insisterai sur la complaisance des occidentaux envers les dictatures corrompues sous le prétexte qu'elles s'opposaient à l'islamisme.

Je n'ai bien entendu aucune complaisance pour ces régimes qui tiennent les populations en esclavage et dans l'ignorance et qu'il faut combattre par le développement de l'instruction des masses et particulièrement celle des femmes.

Tentant toutefois d'esquisser des projets d'avenir, un modèle s'impose spontanément. C'est celui de la Turquie qui offre un exemple de démocratie, toute relative d'ailleurs, tout en s'appuyant sur une réelle réussite économique.

Mais le monde arabesest si divers sur le plan politique, économique et culturelle, qu'en excluant tout manichéisme, je reprendrai les propos de Benoît Méchin (ambassadeur de Vichy à Ankara) qui constatait que Ibn Séoud avait reconstitué ce que l'on nomme l'Arabie Saoudite en faisant appel à la stricte religion, alors que Kémal Atatürk, s'appuyant sur le coeur de l'empire ottoman, à savoir la Turquie, a fait renaître celle-ci en luttant sans ménagement contre la religion.

Donc je pense qu'il y a lieu d'envisager l'avenir du monde arabe sans impatience, en tenant compte de ses diversités et surtout sans l'arrogance qui caractérise le monde occidental et singulièrement les Français qui excellent en la matière.

 

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Démographie, Alimentation et Politique , par Pascale

 

C’est une rediffusion d’une émission de télévision ‟C’est dans l’air”» du 19 janvier dernier, sur France 5, qui m’a inspiré ce sujet. Chaque jour, Yves Calvi y traite un sujet d’actualité et le recensement allait commencer. Entre le 20 janvier et le 20 février, 9 millions d’habitants, tirés au sort, allaient être interrogés par les agents recenseurs. Cette émission s’intitulait ‟Un français pour 107 terriens” et Yves Calvi recevait :

- Jean VIARD, sociologue, directeur de recherche au CNRS, au laboratoire politique de Science Po. Il est l’auteur du livre : ‟Lettre aux paysans et aux autres, sur un monde durable ” Éd. de l’Aube.

- Bruno PARMENTIER, économiste, ingénieur des mines, directeur de l’École d’agriculture à Angers. Il est l’auteur de ‟Nourrir l’humanité ” Éd. la Découverte.

- Gérard François DUMOND, géographe, professeur à l’université Paris IV, spécialiste de la démographie. Il dirige la revue ‟Population et avenir” et il est l’auteur de ‟Géopolitique de l’Europe” Éd. Cérès.

- Christian PESS, agriculteur, président d’Euralis (grande coopérative du sud ouest de la France) et auteur du livre : ‟L’arme alimentaire, les clés de l’info ” Éd. du Cherche-midi.

 

Je vais essayer de vous relater les propos originaux de cette émission.

Premièrement, la démographie

La France se caractérise par le fait que, contrairement à d’autres pays d’Europe, sa population continue à croitre.

Jean Viard déclare que si nous sommes nombreux, c’est surtout parce que nous vivons plus longtemps ; notre société fabrique des vieux. Les 15 années d’allongement de vie sont plus significatives de cet état de fait que le taux de fécondité. Mais cet argument hélas, ne sera pas plus développé. Le sociologue continue : La mère apprend à la fille et lui transmet les options natalistes, de même les 35 heures favorisent la vie de famille ou les politiques de garde d’enfants permettent aux femmes françaises à la fois de travailler et d’avoir des enfants. Chez nos voisins, les femmes doivent choisir entre l’un ou l’autre, en Italie, 20% des femmes n’auront jamais d’enfant et en Allemagne les femmes qui travaillent et qui ont des enfants sont mal considérées et sont qualifiées de ‟mère corbeau ”.

Pour Gérard François Dumond, c’est la qualité de l’état civil et les politiques familiales qui incitent les familles à déclarer les enfants pour bénéficier des avantages. La majorité des naissances ont lieu à la maternité et 350 communes possèdent des maternités où sont enregistrées les naissances. Cette organisation administrative renseigne le politique mais ne révèle pas tout. Même s’il est affecté d’incertitudes sur les valeurs réelles, le recensement est indispensable pour prévoir les politiques territoriales. D’une part, les communes doivent pronostiquer le nombre de place dans les crèches et autre systèmes de garde d’enfants, mais aussi le nombre d’écoles maternelles et primaires et dimensionner les équipements culturels et sportifs. D’autre part, l’État a besoin de connaître le nombre et la répartition de la population car la dotation financière qu’elle distribue aux communes est proportionnelle au nombre de ses habitants.

Le sociologue Jean Viard voit le taux élevé de fécondité comme un avantage. Notre culture française va continuer à se développer. Nous entrons dans une société où quatre générations vont se côtoyer. Il se produit un changement d’équilibre car les deux dernières classes d’âges de la famille seront à la retraite en même temps. Cela va modifier les transmissions culturelles, les histoires, grandes et petites, universelles et familiales seront racontées aux petits enfants, par les grands parents ou arrières grands parents. Ce renouveau du rôle des familles, jouant sur la stabilité, pourrait contrebalancer l’effet délétère de la rapidité l’évolution technologique ; en effet, le nombre de brevets scientifiques double tous les dix ans, de même la capacité de nos ordinateurs qui double tous les deux ans (c’est la loi de Moore).

Yves Calvi fait une remarque : « La France affiche un paradoxe en cumulant à la fois un fort pessimisme et un taux de fécondité élevé ! Faire des enfants, c’est une projection dans l’avenir ! ». Jean Viard rétorque que la productivité s’est complètement effondrée, actuellement on fait 6 000 fois l’amour pour faire 2 enfants, alors qu’en 1914, on faisait 1 000 fois l’amour pour en faire 10 ! Plus sérieusement, le sociologue déclare qu’il y a une différence entre l’avenir privé et l’avenir public, le problème français est que l’on a du bonheur privé et du malheur public. On est dans une crise du politique mais pas dans une crise du désir. Jacques Marseille disait pour illustrer ce phénomène : « La France va mal, mais moi, je vais bien ! »

Bruno Parmentier ajoute que le taux de fécondité n’a pas toujours été aussi élevé et, que si en 2010, on comptait 828 000 bébés en France, la classe la plus creuse était celle de 1993 avec 720 000 naissances. Ce sont les enfants de cette année là qui passeront leur bac au mois de juin 2011, et ils vont peut-être bénéficier d’une certaine indulgence des jurys pour maintenir le nombre de bacheliers afin que leur nombre ne diminue pas trop, ce qui dans le cas contraire désorganiser l’enseignement supérieur.

Gérard François Dumond signale un élément important qu’il formule ainsi : « Les Français aiment les enfants et cela se prouve scientifiquement ». Il argumente son propos : « Les Français aiment les enfants que ceux-ci soient nés dans le mariage ou hors mariage. En France, cela n’a pas d’importance, alors que dans les autres pays existe une forte pression sociale. La conséquence en est qu’en Allemagne, par exemple, quatre femmes sur dix ne font pas d’enfants et celles qui en font, n’en ont qu’un. En France, pays de liberté, la majorité des enfants naissent hors mariage : leur taux s’élève à 54%. Avant 1968, cela était seulement du fait des filles qui avaient ‟fauté”. Nous bénéficions dans ce domaine d’une liberté de moeurs exceptionnelle. Parmi les partis politiques existe à ce sujet un consensus qui dépasse le clivage droite/gauche. Si nos grands partis politiques ne sont pas d’accord sur la façon de faire, ils sont en harmonie sur le fond et tous encouragent une politique nataliste. Les maires de communes de droite comme de gauche veulent avoir des crèches, des écoles accueillantes. Les français savent que notre politique familiale est pérenne et qu’elle va durer.1 Les prestations familiales font partie du contrat social français.

1 Un gouvernement a voulu la remettre en cause, celui de Jospin en 1997. Il a voulu supprimer le caractère universel des prestations familiales. Il l’a fait et un tollé général s’est élevé, y compris au sein de la gauche plurielle. La suppression a été de courte durée, 9 mois exactement.

Jean Viard ajoute que nous jouissons d’une réelle liberté de choix et que notre situation est incomparable par rapport aux autres pays d’Europe. Les structures de notre société sont faites de manière à renforcer la liberté des acteurs. Par exemple, pour les enfants, on peut choisir entre différents modes de garde. Dans le monde du travail, dans le monde social, rien n’empêche d’avoir des enfants, même hors mariage. Et Gérard François Dumond ajoute : « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a des comportements individuels dans des logiques collectives ». Si depuis un siècle les femmes font moins d’enfants, ce n’est pas à cause de la pilule ou de l’IVG mais cela correspond à des choix de vie. De même, l’âge du mariage change sans arrêt mais la différence d’âge entre les époux reste stable.

Je vous ai présenté l’aspect politique en même tant que les données démographiques ou sociologiques. Nous, français, sommes fiers de ce record européen en matière de démographie. Ce bon taux de fécondité correspond à une politique réfléchie depuis longtemps et toujours maintenue par les gouvernements successifs. Il reflète également un certain art de vivre dans un pays de liberté.

Deuxièmement, l’alimentation

L’augmentation du nombre d’habitants, dans notre pays ou sur notre planète peut réveiller des angoisses. Comment nourrir tout le monde ? Existe-il des risques de conflits ? Des émeutes de la faim surgissent ça et là, sporadiquement. Pourrons-nous toujours y faire face ? Pouvons-nous espérer une politique alimentaire aussi réussie que notre politique familiale ?

Partager et ne pas gâcher, c’est de la solidarité.

Une récente étude britannique a révélé que pour quatre yaourts achetés, un était jeté. C’est un gâchis énorme, de plus le yaourt produit en Europe ne peut nourrir l’Africain. Cette idée que les pays qui produisent trop pourront nourrir l’humanité est une idée fausse ou folle. Les produits alimentaire sont volumineux, périssables et voyagent mal. Les Africains doivent manger de la nourriture africaine. En ce qui concerne l’alimentation, produire, stocker, distribuer ne peut être fait que sur place.

Le rendement des terres agricoles est une préoccupation, de même la régulation du marché des matières premières alimentaires. Nous devons envisager des changements radicaux dans nos modes de production, de distribution et de consommation. Sur 7 milliards d’habitants, 1 milliard souffre de faim et 1 milliard de suralimentation. En théorie, on peut produire assez de nourriture pour nourrir tous les habitants de la planète. Une étude de la FAO, demandée par l’ONU, montre que la planète a la capacité de nourrir plus de quinze milliards d’humains, à condition de ne pas suivre notre modèle de consommation occidental.

La production et les prix

Les cours des produits alimentaires s’envolent. La sécheresse d’un côté, les inondations de l’autre, cette année, les prix des céréales font une ascension de plus de 100 euros la tonne. Les causes : la spéculation, mais aussi les conditions climatiques qui affolent les marchés. Pour 2011, les prévisions laissent craindre le pire. À l’échelle mondiale, les stocks existent mais la grande difficulté réside dans sa disponibilité directe.

L’Europe est à contre courant, elle continue de penser que l’agriculture est un enjeu du passé. Or depuis 2007, dans les pays pauvres, notamment en Afrique, l’équivalent de deux fois et demie la superficie de notre pays a changé de mains. Les Chinois, mais aussi les Koweitiens, achètent et ils seront les seuls à produire les futures richesses. Quelle sera la destination de ces productions ? Nourrir les peuples affamés ou engraisser les cochons des européens ?

On dénonce beaucoup la spéculation sur les matières premières alimentaires. Savez-vous que c’est seulement 10% des quantités produites par l’agriculture de la planète qui bougent et qui sont commercialisées. Seulement 10 %, ce n’est pas un vaste flux ! Or, ce sont ces 10% qui font les prix. C’est là la dramatique spécificité agricole car le prix des matières premières alimentaires réagit brutalement à un petit plus ou un petit moins :

- Quand le prix est trop haut, c’est le cas aujourd’hui, on a les émeutes de la faim.

- Quand le prix est trop bas, c’est non seulement mauvais pour les agriculteurs français ou européens mais encore plus dramatique pour les paysans africains. Avec des prix très bas, qui sont des prix de dumping sur le marché mondial, les pays africains ont intérêt à acheter pas cher sur les places mondiales et à ne pas développer leur agriculture.

 

Le drame, c’est que l’agriculture du monde fonctionne à flux tendu conformément aux lois du marché. Mais aussi, l’agriculture qui est la plus évoluée, avec une productivité élevée, exporte à ses coûts de production et ruine le redémarrage de l’agriculture dans les endroits où, pour le moment, cela coûte cher. Le problème est identique pour les produits manufacturés provenant de Chine qui empêchent notre industrie de redémarrer. Mais voilà, pour nourrir la planète nous avons besoin de toutes les agricultures du monde.

Production et consommation

Quelles sont les caractéristiques de notre production alimentaire ? Que mangeons-nous et que mangent les animaux destinés à notre consommation ? Un français mange en moyenne pour 8€ par jour, alors qu’un réfugié du Darfour pour moins de 1€ par jour. En Occident, l’on mange 80 kg de viande par personne et par an, soit deux fois plus qu’avant la 2ème guerre mondiale. La planète compte 7 Mds d’habitant pour 20 Mds de têtes de bétail et 45% de la production de céréales sert à nourrir nos animaux. Si les pays émergeants adoptaient nos habitudes alimentaires, il faudrait passer à plus de 40 Mds de bêtes. Réduire notre consommation de viande serait à la fois bon pour notre santé et pour la planète.

On peut constater une évolution des pratiques alimentaires, par exemple, on ne mange plus de cheval qui est considéré maintenant comme un animal de compagnie. Nous devenons des esthètes de la fourchette, en préférant consommer des aliments nobles et de qualité, plutôt que de privilégier la quantité, comme en témoigne le succès des produits bio et des bons vins. Une particularité française : le ‟repas gastronomique des français” a été reconnu patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. Cela met en valeur le rôle d’intégration dans la culture et de ritualisation de l’alimentation. Tout en étant un pays riche, la France a un taux d’obésité et de troubles liés à la suralimentation plus faible que les autres pays occidentaux. Cela coïncide avec le mouvement de défense du ‟slow-food ” qui s’oppose à la généralisation de la restauration rapide.

L’observation des pays nous révèle qu’une bonne gestion de ressources par les États diminue la proportion de la sous-alimentation et inversement, une mauvaise gouvernance engendre des famines.

Les enjeux du foncier

Le foncier dans le monde : Seulement 12% des terres émergées sont propres à la culture céréalière. Les autres terrains sont, ou trop froids ou trop arides. Une augmentation de la population entraîne une augmentation des zones urbaines et une diminution des terres cultivables. C’est en effet sur le même type de terrain que nous bâtissons et que nous cultivons, à savoir les plaines à proximité des cours d’eau. Finalement, on ne cultive qu’un milliard et demi d’hectares sur la planète, c’est peu. Actuellement, nous mangeons à 4 pour chaque hectare et en 2050, nous serons contraints de manger à 6 pour la même surface.

Le foncier en France : Gérard François Dumond apporte des précisions concernant notre pays. Les résidences secondaires réduisent considérablement les terres agricoles. Il faut aussi prendre en considération la nouvelle réglementation concernant l’utilisation des produits de traitement qui oblige les agriculteurs à respecter une distance minimum à proximité des habitations. L’expansion des villes à faible densité de population, coûteuses en infrastructures et en entretien, entraîne des problèmes de transports. Ceux-ci sont énergivores et polluants, et de plus, ils demandent une emprise foncière importante. En France, seuls 50% du sol sont labourés et nous perdons tous les 7 ans, l’équivalent des terres agricoles d’un département français.

Finalement, nous subissons le fait que nous avons pendant trop longtemps désinvesti dans l’agriculture, en Europe comme dans les pays d’Afrique. Elle n’était pas assez moderne et elle n’intéressait personne. La Tunisie par exemple, a fortement investi dans le tourisme délaissant ses terres productrices de richesses nourricières, condamnant son peuple à la faim et au chômage.

Ressources vivrières et politique

J’ai traité ci-dessus plus ou moins directement du politique. La gravité de la situation est telle que l’on parle maintenant de sécurité alimentaire. Même si c’est une évidence, elle peut être rappelée : les populations qui souffrent de pénuries alimentaires sont celles des pays qui ont une mauvaise gouvernance. L’actualité nous montre une réalité que nous n’osions voir.

Conclusion :

Lors d’une conférence donnée à Nice en 2004, Albert Jacquard annonce que nous ne vivons pas des crises qui se succèdent mais que nous sommes en pleine mutation. Ce qui différencie la mutation de la crise, c’est qu’il n’y a aucun retour possible à l’état antérieur. Il utilise une métaphore maritime pour s’expliquer : lorsque nous regardons la mer nous voyons les vagues qui sont plus ou moins agités, plus ou moins hautes, mais en fait, les vagues ne correspondent pas à un déplacement d’eau à l’inverse des courants marins qui circulent en profondeur. Pour le polytechnicien, nous subissons une double mutation. La première, une mutation d’effectif dans un monde fini, en 1000 ans nous sommes passés de 300 millions de terriens à près de 7 milliards sur une planète qui a des ressources limitées. La seconde, une mutation d’efficacité, les hommes deviennent de plus en plus performants et toutes les avancées technologiques ne sont pas des progrès. L’homme peut être dangereux pour son environnement, nous pourrons tous manger à condition de ne pas faire n’importe quoi.

Donc, concernant la nourriture des humains de la planète, à l’instar des grands sites mondiaux, Albert Jacquard suggère que les produits alimentaires devraient être considérés par l’Unesco comme patrimoine de l’humanité pour qu’ils ne soient plus soumis aux lois du marché ; il s’agirait d’une sorte de sacralisation de la nourriture.

 

Café politique du 1er Mars 2011 - Alimentation, démographie et politique. - Synthèse.

 

Après l’exposé de Pascale le débat s’ouvre.

Débat.

Même si certains pensent que la situation de l’agriculture présentée pat Pascale est trop catastrophique, il est difficile de ne pas alerter l’opinion sur l’état  des lieux de l’alimentation mondiale  en utilisant les termes de Jean-Pierre Dupuis : le « catastrophisme éclairé ». Cette posture nous incite à faire de la prévention.

Comment se pose la question agricole dans le monde aujourd’hui ?

Les cultures vivrières sont en régression

· Au profit des cultures d’exportation comme par exemple au Sénégal où le pays abandonne la culture du millet pour produire et exporter  de l’arachide.

· Au profit de la culture de plantes destinées aux agrocarburants quitte à faire pression sur les paysans pour qu’ils abandonnent leurs terres aux multinationales

· Le mode alimentaire des pays développés axé de plus en plus sur la consommation de viande a pour conséquence de privilégier dans les pays du sud une production agricole destinée à nourrir le bétail.

· L’autosuffisance alimentaire n’existe plus dans ces pays. Par exemple, l’Egypte et le Maroc importent 20% du blé mondial alors qu’ils ne représentent que 2% de la population mondiale.

             Les terres cultivables diminuent au profit du bâti.

             Certains paysans en France vendent leurs terres à des promoteurs immobiliers à leur retraite pour pallier la faiblesse de leur revenu. On assiste au développement du périurbain au détriment des surfaces cultivables. Un argument contraire est de faire remarquer qu’avec les pesticides employés sur les terres en culture la biodiversité régresse…

Les produits alimentaires sont soumis aux lois du marché.

· Pour rentabiliser les entreprises agroalimentaires, il est nécessaire d’introduire la notion de profit et de tirer les prix des produits alimentaires à transformer au plus juste. Cela est vrai pour les productions agricoles françaises comme pour les productions des pays du sud vendues aux firmes des pays développés.

· Il y a une réelle spéculation sur les produits alimentaires à laquelle la finance internationale participe largement et qui renforce les tendances à la hausse et à la baisse des produits en fonction de la conjoncture (sécheresse, manque de stocks, plus forte demande liée à la démographie…)

Le problème démographique.

· En 1900, la population mondiale dépassait le milliard et demi. Aujourd’hui elle est supérieure à 6 milliards. Le maintien de ce rythme aboutirait à une population de 25 milliards d’hommes en 2100. Cette augmentation importante est due en grande partie aux progrès de la médecine et aux progrès sanitaires en général. Plus qu’à une forte hausse de la natalité , l’augmentation de la population vient davantage du recul de la mortalité, même si les facteurs religieux dans certains pays favorisent encore une natalité élevée. Dans les 47 pays appartenant au Conseil de l’Europe un enfant sur deux né en 2011 a toutes les chances de devenir centenaire !

· En fait la tendance actuelle est que le nombre d’enfants par femme diminue dans de nombreux pays même dans les pays où la religion dominante favorise la fécondité.

· A cet égard l’exemple chinois nous montre comment une politique de contrôle des naissances a permis à ce pays de développer sa puissance économique au lieu  d’être freiné par une démographie galopante.

· Il reste que même si la population mondiale augmente moins vite, il devient urgent de penser une politique d’alimentation mondiale d’autant que les famines touchent presque uniquement les pays de l’hémisphère sud.

 

Pistes d’actions pour les politiques.

· Etudier la pertinence de la culture OGM pour augmenter les rendements. Il existe un organisme : l’International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications, ISAAA, qui est favorable aux OGM. Il y a aujourd’hui 19 pays en voie de développement qui produisent des OGM sur les 29 pays producteurs. 48% des semences OGM ont été plantées en 2010 dans les pays en développement. Ils dépasseront les pays industrialisés dès 2050.

· Il est possible d’infléchir les habitudes alimentaires dans les pays du nord pour arriver à réduire la consommation de viande, par exemple. Le contre argument est de dire qu’il s’agit alors de limiter la liberté personnelle sachant que l’alimentation a trois dimensions pour l’homme : le nutritionnel, le plaisir et le social. En gros, les besoins en calories sont stables, mais le plaisir de manger varie selon les mets même si on sait qu’il faut 7 calories végétales pour faire une calorie animale. D’autre part,  la dimension sociale suit souvent la règle du mimétisme comme le dit Girard : on mange comme les hôtes prestigieux et on souhaite se distinguer des autres (caviar par exemple).

· Il conviendrait de construire davantage en hauteur pour éviter que le foncier cultivable soit peu à peu transformé  en maisons individuelles.

· Ce serait bien de s’inspirer du film de Coline Serreau : Solution locale pour un problème global qui montre que la rentabilité agricole dans le monde n’est pas où on l’attend forcément. La relocalisation de certaines cultures et la remise en route de filières courtes mérite réflexion.

· Agir sur le facteur démographique est possible. Une expérience dans une région de l’Inde, le Kérala, démontre que c’est l’éducation des femmes qui a fait reculer la natalité.

· L’utopie de Jacquard qui consiste à sortir les produits agricoles du système du marché capitaliste a le mérite de projeter des idées qui pourront peut-être un jour se réaliser…

En conclusion, le fait que pour produire 1kg de patates il faut 100litres d’eau et pour 1kg de viande il en faut 13000litres devrait nous faire réfléchir ….


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« L’impôt sur le revenu est à l’agonie »

 

Thomas Piketty appelle à remettre à plat notre système fiscal pour le rendre plus clair et plus équitable. L’économiste invite chacun d’entre nous à tester les effets ce « big bang » fiscal en ligne à travers un site internet : www.revolution-fiscale.fr

* * *

Les politiques ont-ils réagi à votre proposition de « révolution fiscale » ?

- Pour que les hommes politiques prennent des engagements précis et chiffrés, il faut qu’il y ait une pression citoyenne. Nous voulons ouvrir le débat. À la sortie du livre, la semaine dernière, nous avons eu plus de 120 000 demandes de simulation de réforme fiscale en cinq jours sur le site internet, et nous continuons sur un rythme quotidien d’environ 10 000 nouvelles connexions chaque jour.

Il y a une vraie demande de clarification de notre système fiscal qui est trop complexe, trop obscur. Les gens n’y comprennent rien alors que la question des impôts intéresse tout le monde. Les citoyens sont réduits à une alternative binaire, oscillant entre une euphorie naïve - « y’a qu’à » - et un fatalisme qui considérerait tout changement comme impossible.

«Le système est totalement mité par les niches fiscales, les exceptions, l’exclusion des revenus du patrimoine»

Avec le simulateur que nous avons mis en ligne sur internet, nous voulons essayer de lever les obstacles techniques qui empêchent les gens de s’emparer du débat fiscal. Chacun peut tester une réforme budgétaire, voir si elle est possible et évaluer ce qu’elle apporte comme gains ou comme pertes.

- Que reprochez-vous à nos impôts ?

- Au-delà de sa complexité, notre système fiscal n’est plus équitable. L’impôt sur le revenu – conçu historiquement pour compenser le fait que les impôts indirects, sur la consommation, pèsent davantage sur les revenus modestes - ne joue plus son rôle de progressivité. L’impôt sur le revenu est légèrement progressif quand on passe des classes populaires aux classes moyennes, mais son taux diminue légèrement quand on passe aux tranches les plus riches de la population.

Notre propos n’est pas de demander une super-taxation des riches pour rendre l’argent aux pauvres. Il ne s’agit pas de jouer les Robins des bois, mais d’essayer de faire en sorte que le système ne soit pas trop injuste. Il y a une faillite de l’impôt sur le revenu. Cet impôt est à l’agonie. Le système est totalement mité par les niches fiscales, les exceptions, l’exclusion des revenus du patrimoine de son assiette de calcul… L’impôt sur le revenu « officiel » rapporte deux fois moins que la Contribution sociale généralisée (CSG), impôt « non officiel » proportionnel – 8 % des revenus de chacun - et prélevé directement sur votre salaire ou vos comptes bancaires avec vos placements.

La totalité de l’impôt sur le revenu rapporte 2,5 % de PIB alors que la totalité des prélèvements obligatoires en France représente 45 % du PIB. L’impôt sur le revenu est un impôt moignon.

- Pourquoi le débat se concentre sur l’impôt sur le revenu ?

- C’est un impôt tellement mité qu’il est perçu comme inéquitable. Il y a un principe minimal qui devrait être respecté : à revenu égal, impôt égal. Ce n’est pas le cas avec le système actuel, car il y a des moyens d’y échapper. Ceux qui sont les mieux informés, qui font la meilleure optimisation fiscale, vont payer moins que les autres.

«Le système actuel incite à considérer le revenu de la femme comme un revenu d’appoint»

Cette inégalité a des conséquences sur notre société : chacun suspecte son voisin de tirer mieux parti que lui du système en vigueur. Cela crée beaucoup d’incompréhensions, de frustrations et de défiance à l’égard du système. Par ailleurs, des catégories entières de revenus ne sont pas soumises au même barème que les autres. Les revenus du patrimoine – intérêts, dividendes, loyers, plus-value… - ne sont pas soumis au barème progressif de droit commun. Nous en concluons qu’il est inutile d’augmenter les tranches de l’impôt sur le revenu et les taux car il s’agit d’une assiette percée. Cet impôt ne plus être réformé, il vaut mieux repartir à zéro.

- Quel changement du système fiscal préconisez-vou s ?

- Nous souhaitons reconstruire le système à partir de la CSG qui est un impôt sur le revenu avec une assiette large, prélevé à la source donc simple et efficace pour le contribuable. Nous préconisons que la CSG absorbe l’impôt sur le revenu pour ne constituer plus qu’un seul impôt sur lequel serait appliquée une progressivité des taux.

Le prélèvement à la source est un élément essentiel de la réforme, car il oblige le législateur à ne pas multiplier les niches fiscales. Il permet par ailleurs d’introduire plus de clarté pour le contribuable. Aujourd’hui, par exemple, un salarié au SMIC se voit prélever la CSG sur sa fiche de paie puis reverser un an plus tard un demi-mois de salaire dans le cadre de l’impôt sur le revenu au titre de la Prime pour l’emploi. C’est absurde !

- Vous prônez l’individualisation de l’impôt, aujourd’hui calculé en fonction du foyer fiscal…

- Notre choix est fondé sur la liberté individuelle. Nous pensons que l’administration fiscale doit cesser de se préoccuper de qui vit avec qui. Par ailleurs, l’individualisation va également dans le sens de la réduction des inégalités hommes-femmes. Le système actuel, avec la déclaration en fonction des revenus du conjoint, incite les couples inégaux à le rester et à considérer le revenu de la femme comme un revenu d’appoint. C’est un système d’un autre âge.

- Quel type de barème souhaitez-vous mettre en place ?

- Nous proposons un barème où 97 % de la population y gagnera un peu, et 3 % - les plus riches – y perdra un peu. Et surtout où 100 % de la population bénéficiera d’une plus grande simplicité de l’impôt. Notre barème rétablit un minimum de progressivité en augmentant le taux de prélèvement pour les revenus dépassant 8 000 euros bruts par mois et par personne Il ne s’agit pas d’énormes transferts d’impôts. Notre but est d’abord de changer la structure du système fiscal et de le simplifier. Pour les classes moyennes – dont les revenus sont compris entre 2 000 et 5 000 euros bruts, les taux seraient légèrement réduits, en passant progressivement de 10 à 13 % (y compris la CSG de 8 %). Une personne qui gagne 2 000 euros par mois paierait ainsi 200 euros d’impôts – CSG et impôt sur le revenu réunis – par mois. On peut bien sûr proposer d’autres simulations - des barèmes de gauche, de droite ou du centre… – c’est le but du site internet. Notre objectif est surtout de mettre fin au système de l’impôt sur le revenu avec ces taux marginaux incompréhensibles.

«Du côté des dépenses, il faut parvenir au même degré de transparence»

- De quand date le système fiscal actuel ?

- Le système a été créé en 1914, mais a ensuite été modifié. La répartition par tranches et taux marginaux date de 1942, sous le régime de Vichy. Nous proposons un retour au système du Front populaire : exprimer les barèmes en taux effectifs plutôt qu’en taux marginal. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est très simple : le taux affiché est celui qu’on applique à la totalité des revenus. Si vous êtes imposé à 10 %, vous payez 200 euros sur les 2 000 que vous gagnez chaque mois.

Le système actuel des taux marginaux est plus complexe et crée des inquiétudes chez les contribuables. Ils ont toujours peur de sauter une tranche, alors que ce taux marginal ne s’applique qu’à la fraction de leur revenu qui est dans cette tranche. C’est d’une obscurité totale. Le système est à bout de souffle. Nous sommes mûrs en France pour un retour aux taux effectifs avec une assiette d’imposition très large.

- En quoi l’impôt est-il au cœur de nos choix de société ?

- Notre société a fait un choix de protection sociale et de services publics qui implique un niveau de prélèvements très élevé. Ce choix n’est soutenable qu’à condition qu’il y ait une très grande transparence. Chacun doit pouvoir comprendre le système, pourquoi on paie une certaine somme et quelle est la finalité de l’argent prélevé. Du côté des dépenses, il faut parvenir à atteindre le même degré de transparence. Le taux global des prélèvements obligatoires en France dépasse 45 % (CSG, impôt sur la consommation, cotisations…). Tout le monde paie des impôts. Si il n’y a pas davantage de transparence, on peut se préparer à des révoltes fiscales. Le statu quo est suicidaire.

Propos recueillis par Elodie Bécu

(Barème proposé par les auteurs : 2 % pour un revenu de 1 100 euros brut par mois ; 10 % pour 2 200 euros ; 13 % pour 5 000 euros ; 25 % pour 10 000 euros ; 50 % pour 40 000 euros ; 60 % pour 100 000 euros brut par mois. Ce barème remplace la CSG (8 %), l’actuel impôt sur le revenu, la prime pour l’emploi, le prélèvement libératoire, le bouclier fiscal

* * *

 

Thomas Piketty, 39 ans, est un économiste, professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’Études à l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS). Avec Camille Landais, chercheur à l’université américaine de Stanford, et Emmanuel Saez, professeur à Berkeley en Californie, il vient de lancer un pavé dans la mare de notre système de prélèvements obligatoires en publiant Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle (Seuil/République des Idées)

Éconoclaste

Spécialiste des inégalités économiques, Thomas Piketty a notamment démontré qu’elles ont progressé de manière exponentielle aux États-Unis pour atteindre en 2007, à la veille de la crise, le même niveau qu’elles avaient en 1928, à la veille du crack de Wall Street. Ses travaux ont été cités par Barack Obama dans son premier projet de budget après son élection en 2008.

Économiste engagé à gauche (il a participé activement à la campagne de Ségolène Royal en 2007), Thomas Piketty plaide pour la France n’attende pas d’atteindre les mêmes niveaux d’inégalités qu’outre-Atlantique pour transformer son système redistributif. Avec son livre et son site internet (www.revolution-fiscale.fr), il espère amener les politiques à proposer une réforme concrète et précise de nos impôts en vue de la présidentielle de 2012.

 

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Intervention de Jean-Brice, suivie de la synthèse.

 

Café politique du 20 janvier 2011

 

Dans quelle mesure la loi doit-elle précéder le changement social ?

 

Cette question ne se pose que si l’on admet que les civilisations sont en constante mutation et sont affectées par la mortalité.

Cet état de fait est largement admis actuellement, tant par application des principes de finitude et d’impermanence que par l’examen des évènements historiques.

Il est clair que l’accélération de l’histoire n’y est pas étrangère et qu’il était plus facile pour des civilisations telles que l’Égypte ancienne de se croire éternelles.

Toutefois, dès l’antiquité, cette perspective a été combattue, notamment pas Héraclite pour qui tout coule ‟penta rei” et pour qui on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

Platon, dans le Timée, évoque un mythe : dans des temps immémoriaux le monde était sous le contrôle total  des dieux et le temps suivant un cours inverse à celui observé actuellement, c’était le bon sens et les dieux pourvoyaient au bonheur et à la subsistance des humains. Puis est survenu un renversement (métabolê) et le temps s’est inversé, le monde ayant été abandonné par les dieux. Pour Platon, l’action politique consiste à rétablir, autant qu’il se peut, ce bonheur perdu.

Différentes perspectives de l’évolution des sociétés humaines :

Par la suite ces transformations ont été appréhendées diversement selon les auteurs.

• Saint Augustin renoue avec le mythe d’un état idyllique antérieur. Pour lui, l’État actuel correspond à un entrelacement de la Cité terrestre et de la Cité de Dieu, devant aboutir à la fin des temps, à l’avènement de la Cité de Dieu et à la restauration du Paradis Originel.

• Auguste Comte établit une typologie du développement humain selon la loi des trois états.

1. État théologique ou fictif : les phénomènes sont expliqués par l’action d’êtres surnaturels.

2. État métaphysique ou abstrait : remplacement des divinités par des entités abstraites.

3. État scientifique ou positif : orientation vers la connaissance des faits et l’établissement de lois générales.

Positif correspond au réel et utile avec une suppression de la distinction entre la théorie et l’application pratique, il s’applique également au certain par opposition à l’indécidable des positions métaphysiques, au précis, au constructif ; mais aussi au relatif par rapport à l’absolu métaphysique.

Ceci autorisant une étude des phénomènes sociaux en vue de leur prévision et d’une amélioration des conditions de vie.

Auguste Comte va jusqu’à promouvoir une religion positive fondée sur l’humanité en tant qu’être suprême et désignée par l’expression d’altruisme.

 

• Pour Hegel, l’Histoire Universelle est placée sous le signe de la raison. Son but est donc de parvenir au savoir de ce qui est véritablement et de faire de ce savoir un objet s’exprimant dans un monde présent concrètement par un objectif.

Cet esprit évolue vers un esprit absolu qui a la liberté maximale de ce savoir lui-même.

 

• Pour Marx et Engels : renversement de l’hégélianisme plutôt que de rechercher partout le concept abstrait ; il faut saisir la logique spécifique de l’objet spécifique.

Marx aboutit également à une classification des stades de l’humanité dont l’origine se trouve dans la lutte des classes. L’opposition entre les groupes sociaux se dénoue dans des révolutions produisant de nouvelles formations sociales. On a ainsi :

- Société primitive : homme libre, patricien

- Société esclavagiste : maître - esclave

- Société féodale : suzerain - serf

- Société bourgeoise : patron - ouvrier

La révolution prolétarienne vise à la socialisation des moyens de production et à la collectivisation du travail, aboutissant la fin de la lutte des classes avec une disparition des cycles historiques et de l’État, devenu caduque.

• Joseph Fourier (classé comme socialiste utopiste), ne fonde pas sa réflexion sur l’infrastructure économique, mais sur l’organisation des passions humaines dont il envisage une modification de leur abord par la société, en vue du plein épanouissement des passions individuelles et de l’élaboration d’une vie sociale joyeuse.

Après ce bref passage en revue des idées et doctrines, il convient d’envisager une approche plus actuelle de la question posée, à savoir dans quelle mesure le politique, par l’intermédiaire de son organe législatif, peut-il anticiper et promouvoir des modifications sociales ?

Certains exemples apparaissent d’emblée :

- L’abolition de la peine de mort, rendue possible par la volonté politique alors que l’opinion publique y était majoritairement opposée. Ce choix n’a, depuis lors, plus était significativement contesté.

- L’IVG

- La question du mariage et de l’adoption pour les homosexuels.

- La légalisation de certaines drogues et la fourniture gratuite de produits aux toxicomanes.

Ceci est à l’origine d’une interrogation sur le rôle du politique.

- L’action politique doit-elle être simplement le reflet de l’opinion des citoyens ? Ce qui s’accorde avec l’optique libérale opposée à l’interventionnisme de l’État et pour qui c’est le libre jeu des marchés, par extension celui de la société qui aboutit à la configuration la plus favorable.

- Au contraire, faut-il envisager une initiative du politique permettant d’initier des modifications sociétales ?

o En devançant et anticipant des transformations déjà en œuvre et dont on peut distinguer les prémices : ‟gouverner c’est prévoir”.

o Par une politique active et volontariste visant à transformer la société en profondeur. Ceci impose une bonne connaissance des humains et des structures sociales et cela demande également d’avoir la vision d’un projet vers lequel on veut tendre.

Cette composante se situe au faîte de l’action politique, mais elle n’est pas exempte de risque de dérives autoritaristes. Elle est également la plus apte à mobiliser et fédérer les citoyens.

Ces diverses facettes ne sont pas exclusives et sont à moduler par une alchimie subtile, dont le dosage est à distiller en fonction des circonstances.

 

Jean Brice

 

Jusqu’à quel point la loi doit-elle précéder le changement social ?

Café politique du 20 janvier 2011 - Synthèse.

 

Après l’intervention de Jean-Brice, le débat s’ouvre.

La problématique qui a donné l’idée de ce sujet est le constat qu’on arrive en France à une sorte de dérive de la démocratie vers une démocratie d’opinion. Les gouvernants ont tendance à gouverner en se fondant sur les sondages. Le  projet politique est quasi absent ce qui encourage la versatilité des électeurs.

La démocratie d’opinion présente bien des défauts.

· Un exemple en est fourni par de récentes votations en Suisse (par le biais de la démocratie directe) qui ont tendance à devenir xénophobes.

· L’opinion est trop souvent tributaire des médias dirigés par des groupes de pression. Les médias publics sont en partie contrôlés par le pouvoir et les médias privés par des intérêts privés dont on ne connaît pas toujours les intentions clairement. Pourquoi certaines sociétés achètent-elles des médias en difficulté financière sinon pour pouvoir exercer un lobbying ? Il conviendrait de dissocier définitivement les mots d’opinion et de démocratie. Un participant dit avoir fait le choix récent de ne plus regarder la télévision pour échapper à l’influence de ce média (il existe en effet une offre internet qui exclut la télévision et qui est moins chère !!)

· Les sondages, aussi, ont un rôle de formatage de l’opinion.

· Les conseils de quartier qui partent d’une bonne intention peuvent aboutir à favoriser la prise de parole de personnes habituées à s’exprimer(«  petits chefs ») ou à mettre en place des petits partis.

· Comment faire participer le plus de citoyens à la réflexion démocratique dans nos sociétés de plus en plus complexes dont le nombre d’habitants ne cesse d’augmenter ?

La démocratie représentative est aujourd’hui largement critiquée

· L’Assemblée nationale française représente très peu certaines couches de population comme les ouvriers ce qui peut expliquer le peu d’empressement à voter des lois sociales comme celle qui pourrait supprimer le travail en 3/8 préjudiciable à la santé.

· Le droit de vote n’apparaît plus comme important pour certains. Par exemple il y a deux ans de nombreuses manifestations ont eu lieu contre la politique menée dans les Universités. Beaucoup d’étudiants y ont perdu une année et ont été obligés de travailler pour gagner l’argent nécessaire à la poursuite de leurs  études. Peu après les élections européennes ont démontré que seuls 19% d’entre eux sont allés voter et 50% de ces votants ont approuvé la réforme universitaire.

· La tendance au  bipartisme devient la règle dans les démocraties occidentales et freine le multipartisme qui serait un bon moyen de contourner la démocratie d’opinion. Cela éviterait une conception unique du bien commun et proposerait une offre de marketing politique fondée en groupe. Ainsi, mon adversaire politique peut reconnaître mes valeurs, et inversement, dans le cadre d’un débat public pluraliste.

Il existe cependant des pistes intéressantes pour permettre à la loi d’être une expression démocratique :

· L’exemple de la conjugaison de trois partenaires, comme dans un triangle, peut être une proposition : la société civile de mieux en mieux informée, les experts informateurs et les élus. Il s’agit de mettre en synergie la démocratie représentative et la société civile (démocratie consultante). La question du Médiator démontre l’importance d’experts indépendants quand on constate les défaillances graves des instances sensées contrôler les mises sur le marché des médicaments en France.

· Pour certains sujets comme la bioéthique la loi doit parler : problème de l’anonymat du don de gamètes dans le cas d’un couple homosexuel, que faire des 180 000 embryons congelés considérés comme des êtres vivants ? . Il convient de remarquer la qualité des débats autour de ces sujets auxquels a été associée la société civile.

· L’expression publique dans les conseils de quartier doit être régulée par des procédures à inventer.

· Les citoyens peuvent participer à des groupes de réflexion et porter leurs propositions dans un contexte partisan.

· Il conviendrait de réfléchir à l’idée du tirage au sort dans le cadre démocratique comme dans la Grèce antique.

· L’idée du référendum populaire est peut-être une piste à explorer.

· L’opinion éclairée doit exercer une forme de contrôle sinon on aboutit au philosophe roi de Platon qui seul a la connaissance et est doté d’éthique.

NB : La conception du droit est différente entre les Etats-Unis et la France. Aux Etats-Unis les juges sont élus et dépendent de l’opinion. Ils ont un rôle dans la constitution de la jurisprudence. En quelque sorte ils créent la loi. En France le juges ne sont pas élus. Ils appliquent la loi avec comme parapluie la Cour de Cassation. Si la Cour de Cassation estime la lecture de la loi erronée, elle casse le jugement. L’opinion ne crée pas la loi en France. C’est l’apanage des élus dans les deux Chambres qui se contrôlent l’une l’autre. Le Conseil Constitutionnel se porte garant de la conformité de la loi aux principes de la Constitution. La Cour européenne est influencée par les Etats-Unis : un individu quel qu’il soit a le droit de se défendre devant elle sans le recours d’un avocat. Il reste que la Cour de Cassation peut-être source de loi : voir le troisième arrêt dans l’affaire Perruche qui dit que nul ne peut se prévaloir du préjudice d’être né.

 

Conclusion

Droit et fait cheminent le plus souvent ensemble et ont tendance à se déterminer mutuellement. Il semble difficile de penser que le politique a toujours la main sur la construction de la loi. La société civile espère de plus en plus souvent exercer un droit de contrôle sur son élaboration et son évolution grâce à des procédures qui restent pour nombre d’entre elles à imaginer.

 

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Démocratie représentative ou démocratie directe ? Quelques idées.



Dans une démocratie représentative le peuple, comprenant bien qu’il ne peut pas décider de tout par lui-même, désigne des représentants issus de partis qui se sont constitués pour agir à sa place. Les candidats ou plus souvent leurs partis auront alors une forte tendance à édifier des programmes alléchants au moment de la présentation de leurs candidatures.On reconnaît les vrais hommes d’Etat à ce qu’ils ne cèdent que fort peu à cette déviation démagogique ou tentent de se faire élire en dehors des partis. En France seul De Gaulle y est parvenu haïssant le régime des partis après en avoir crée un lui même. Les programmes des politiciens de nos jours ne sont plus des logiciels préparés pour une arrivée éventuelle aux affaires, à la tête de l’Etat. Non, leur seul but en est de regrouper le plus grand nombre.Telle est la règle d’airain de la démocratie : chercher le plus grand nombre par des promesses démagogiques de plus en plus alléchantes, même si ce sont des minorités qui les refusent ont raison sur le long terme. Ces élus sont souvent contraints de modifier leurs programmes ou leurs promesses lors de leur réélection surtout s’ils sont passés à la case gouvernementale et par les réalités. Mais ils le referont toujours de façon démagogique afin de regrouper le maximum d’électeurs. Finalement, ces élus, une fois parvenus aux affaires, ne peuvent pas ou rarement tenir leurs promesses électorales, au prétexte d’ailleurs non fallacieux que la réalité les oblige contre leur gré à en changer.Cette façon de procéder semble être issue de la meilleure intention. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on, pour les excuser. Au moins font-ils vivre à leurs électeurs, au moins pour une partie de ceux-ci, et pour quelques jours une vague temporaire d’optimisme, on en manque. Surtout si leur programme ou leurs promesses ont des caractéristiques fortement constructivistes. Nous avons vécu, ces 220 dernières années, cinq grands constructivismes. La Révolution de 1.789 et ses suites en cinq républiques, ensuite les marxistes ainsi que les autres socialistes, dits utopiques, qui parviennent au pouvoir sous le nom de communistes avec la dictature du prolétariat sous le vocable amène de démocratie populaire, enfin les fascistes italiens et la variante pétainiste, et en dernier les hitlériens. Souvenez-vous de l’enthousiasme de tous leurs adhérents au départ de leurs différentes aventures. Voyez aussi la déception qui s’en est suivi. Deux exemples historiques. La première variante maximale de cette déception, me semble t-il, en est la destruction des élites aristocratiques puis des révolutionnaires eux-mêmes avec l’usage terroriste de la guillotine. L’abbé Sieyès est le seul rescapé de la technique éliminatrice des élites par la tête, organisant pour y échapper, le 18 Brumaire ; lui qui avait écrit en 1.788 un livre prémonitoire de la Révolution: Qu’est-ce que le Tiers Etat ? Le second épisode de désespoir me semble être le sacrifice du peuple allemand suivant ce fou d’Hitler et le suicide terminal et collectif quoiqu’assez peu connu des milliers de hauts fonctionnaires nazis lors de la chute de Berlin où l’on compta, dans les rares immeubles bourgeois de la capitale allemande encore debout, des familles entières suicidées au cyanure ou par les armes.Dans une démocratie directe, le peuple comprenant ou admettant qu’il ne peut tout gouverner de lui-même choisit, seulement, de réguler du mieux possible les excès de l’oligarchie parvenue au pouvoir.Comment ? En lui imposant des référendums d’initiative populaire encore dénommées votations par exemple en Suisse. Comprenant qu’il ne peut pas légiférer en tout, le peuple confie quand même  la confection du droit et des lois à des représentants. Mais énorme différence ces derniers sont étroitement surveillés et tout autrement que tous les cinq ans pratiquement chaque mois où des illusions technocratiques tombent. Leurs programmes doivent être suivis d’une mise en œuvre réelle et plus encore par tous les partis réunis au gouvernail. Au lieu que, chez nous, l’alternance oblige le successeur à adopter une partie plus ou moins grande des décisions de son prédécesseur.  On reconnaît les vrais hommes d’Etat à ce qu’ils modifient à peine leur façon de gouverner sauf si un référendum défavorable les y oblige comme on l’a vu en 1.969. Les programmes sont alors préparés pour une arrivée inévitable à la tête de l’Etat. La règle d’airain de la démocratie suisse est de chercher où sont les malaises qui rendent pénible la vie de la société civile et de le transformer en une votation claire, ce qui n’est pas simple. Les élus et fonctionnaires d’ETAT sont ainsi contraints de modifier leur gouvernance lors des votations, puisqu’ils sont dans la case gouvernementale. Finalement, ces élus, une fois parvenus aux affaires, sont contraints de composer afin de tenir la meilleure partie des promesses électorales de tous. Cette façon de procéder me semble procéder de la meilleure intention. Ils font vivre à leurs électeurs les réalités des affaires. Cette vision du contrôle démocratique direct fait perdre les illusions constructivistes de la plupart des démagogues. L’exemple de Ziegler en Suisse complètement mis de coté par l’opinion en est une illustration assez typique des effets de la démocratie directe.  Est-ce que le référendum est un danger en démocratie ? Oui si on adhère à cette idée que : « Depuis 1962, la majorité parlementaire a historiquement procédé de la majorité référendaire, et non l’inverse ». Non seulement, en effet, les députés élus du camp présidentiel soutenu par voie référendaire durent se plier aux volontés du Président bien assis sur la légitimité populaire, mais très vite, de toute façon, avant même d’être élus, et pour l’être, ils durent lui faire complète allégeance : on les dénommait les godillots faisant la joie des humoristes. C’était la conséquence imparable du scrutin uninominal majoritaire à deux tours associé au droit de dissolution et à la professionnalisation de la vie politique. Chez nous le pouvoir est occupé ou aux mains comme on voudra non par une classe sociale ou un parti totalitaire mais par une double oligarchie. La France n’est plus une démocratie, comme on l’enseigne dans les écoles et comme on le répète tous les jours dans les médias et beaucoup d’honnêtes gens y croient encore. Si l’on s’en réfère aux typologies classiques des régimes politiques identifiées depuis l’Antiquité, il faut dire, en toute rigueur, qu’elle est devenue une double oligarchie. Le pouvoir souverain, en effet, n’y appartient plus au peuple, mais à un condominium, celui de la haute fonction publique les grands commis et les secrétaires généraux des syndicats ouvriers roulant en Porsche comme dans le film de Jean Yann : tout le monde il est beau. « La République des fonctionnaires », le livre d’un ancien conseiller de P Mauroy en est l’illustration vécue aux quotidien d’une personne bien placée. « Toujours plus » de F De Closets en est un second exemple. Ce sont ces deux groupes là qui, seuls, dirigent désormais le pays et non les élus ou les gouvernements. Avec la pensée unique , le peuple est hors jeu, alors même qu’il continue de voter s’il ne s’abstient pas. Ceux qui essaient malgré tout de relayer ses problèmes et ses vœux sont stigmatisés comme populistes et interdits de parole ou ridiculisés. Je crois que ce grave déficit démocratique, déjà fâcheux en lui-même, est responsable dans une large mesure du déclin actuel du pays ou du moins de son décrochage par rapport aux pays développés voisins et concurrents.
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Docteur Jean DOREMIEUX

 

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La société civile peut-elle changer le monde ?

 

Café politique du 21 décembre 2010

 

Après l’exposé de Geneviève sur le poids grandissant de la société civile dans notre monde globalisé, le débat s’ouvre sur la critique des professionnels de la politique, les difficultés de la société civile à se présenter en contre-pouvoir. Enfin quelques pistes s’ouvrent sur la place possible des associations dans le jeu politique.

 

1) Les politique français font l’objet de critiques importantes.

 

· Les Français souhaitent davantage de participation démocratique face à un centralisme autoritaire contrairement au système politique allemand ou suédois par exemple. Historiquement, la Constitution de 1911 sous Guillaume II prévoyait que dans le nouveau Parlement alsacien, 40% de personnes soient cooptées en fonction de leurs métiers ou de leurs compétences reconnues.

·  Actuellement le cumul des mandats et l’occupation au long cours d’un siège de député sont des maux  français. Dans d’autres pays européens les députés ont du mal à se représenter en cas d’échec.

·  En Allemagne, les Parlements ont davantage de pouvoir. Le Parlement français a tout d’un Parlement croupion qui vote des lois rédigées par les énarques dans les cabinets de ministres. Il arrive que les députés comprennent mal les textes qu’ils sont amenés à voter.

· Les partis politiques qui regroupent des individus de la société civile ne donnent que rarement la parole aux gens de la base. Ils ont tendance à promouvoir leurs candidats au lieu de construire une vision sociale d’avenir

.

2) Que répondre à ces critiques ?

· Le travail en commission peut améliorer le travail parlementaire.

· Attention de ne pas tomber dans une critique populiste du Parlement avec des relents de poujadisme et de boulangisme !

· Il semble difficile de renverser le politique tel qu’il existe en le remplaçant par un régime associationniste. Comment est-il possible dans ce cas de définir l’intérêt général ? La politique a comme fonction d’organiser des règles communes de vie. Dans le cadre économique, l’économie solidaire n’a pas résolu le financement autonome hors de  la question bancaire classique.

· La place des associations dans la société civile est très importante, mais il paraît compliqué de fédérer ces associations. Il existe dans le cadre européen un travail initié par le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe (CE) consistant à donner plus d’efficacité aux ONG et aux OING et à se poser la question de leur représentativité. Elles peuvent être en conflit ou en concurrence. Il serait intéressant de les suivre (monitoring) pour mettre leurs actions en cohérence et créer des liens avec les politiques (en matière de remontée de l’information par exemple). Les ONG apparaissent comme un échelon intermédiaire entre le politique et la société civile. Le CE se propose de resserrer la collaboration et l’interaction avec les Organisations de la Société Civile (OSC), notamment avec les structures bénévoles ou professionnelles (groupes de réflexion et de formation, syndicats, Eglises, fondations, à l’exclusion des partis politiques.

 

3) Des exemples de contre-pouvoir de la société civile.

· Localement des associations peuvent se regrouper comme récemment, à Strasbourg, à l’Hôtel du Département sur la question de la maladie d’Alzheimer.

· Dans le cadre du Traité de Lisbonne la société civile peut obtenir un référendum si elle réunit 1 million de signatures.

· Le thème de l’Université d’été de 2009 organisée par le Conseil de l’Europe était : « la crise du leadership » étant entendu qu’aucun Etat ne peut plus assurer la responsabilité entière d’une politique compte tenu de la multiplicité des actions entreprises par la société civile.

· Il existe une Charte sociale européenne révisée comprenant 18 articles, fruit d’une longue élaboration, que les pays européens ont ou non accepté de ratifier. Les pays qui acceptent de signer la Charte s’engagent à la respecter. Un contrôle d’application  de la Charte est exercé dans les pays signataires et une procédure de sanctions étagées est prévue.

· Au niveau mondial, au sommet de Copenhague, on peut considérer que les associations ont fait une avancée en se situant de manière plus globalisée même si les résultats  de ce sommet paraissent bien minces.

· Les associations peuvent jouer un rôle important. Elles  apparaissent comme un signe de nouveauté de l’individualisation dans la tourmente de la globalisation. Elles peuvent contribuer à «  sousveiller » les politiques, à servir d’aiguillon et de contrôle.

· Même s’il existe une pluralité d’instances associatives qui ont du mal à se fédérer cette expression est aussi signe de liberté et de contre-pouvoir.

 

4) La société civile peut-elle pour autant changer le monde ?

· Changer le monde c’est évoluer vers un mieux être ce qui reste un des objectifs du politique.

· Il existe des invariants structurels en France  comme une sorte de génotype dont on ne voit pas clairement comment il pourrait  se modifier sous l’impulsion de la société civile. Un exemple est le principe en France de la protection des faibles si besoin est contre les riches. Cela était symbolisé autrefois par Saint-Louis rendant la justice sous son chêne. Aujourd’hui c’est l’Etat Providence qui joue ce rôle (phénotype moderne de Saint-Louis sous son chêne).

 

Conclusion..

La société civile devrait agir en interaction avec les politiques et les décideurs institutionnels. Par son rôle sur le terrain, tant dans l’observation des sociétés que des programmes d’action concrète, la société civile pourrait jouer davantage un rôle de stimulation, d’information et de sanction des politiques à tous les échelons de pouvoir.

 

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Café politique du 4 novembre 2010 – Intervention de Francois.

 

La décroissance : réalité ou utopie ?

 

Qu’est-ce que la décroissance ?

Quel doit être l’objectif fondamental d’une société ?

Peut-on changer de paradigme sociétal ?

 

Le concept de décroissance est-il une construction abstraite ou un processus applicable à une société capitaliste ?

Il y a aujourd’hui un consensus dans le monde politique et médiatique pour affirmer que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être, que certains aspects du capitalisme sont néfastes et qu’il faut par conséquent d’autres indicateurs ou moyens pour mesurer le bonheur ou le bien-être dans nos sociétés : comment mesurer le bien-être ? Quelles sont les facteurs de bien-être d’une société ?

Le fondement théorique de la décroissance trouve son origine dans différents auteurs du XXème siècle, le plus connu étant les rapport du Club de Rome de 1972 et 1974« the limits of growth » (les limites de la croissance) publiant un ensemble de recherches sur les conséquences économiques, sociales et environnementales de la consommation et de la croissance économique.

Les partisans de la décroissance remettent le paradigme de la Croissance et la relation taux de croissance/taux de bien-être. Le mouvement des objecteurs de croissance rejette comme objectif central d’une société la recherche de l’augmentation du taux de croissance ; ils proposent alors de diriger vers la simplicité volontaire, la relocalisation des outils de production afin de réduire l’impact en CO2 et de créer des dynamiques locales. Aujourd’hui, bénéficiant d’un certain espace dans le débat public, ses idées sont notamment véhiculées par des écrivains comme Paul Ariès, Serge Latouche ou le mensuel français La Décroissance.

Sous le terme de décroissance, beaucoup d’approches diffèrent, les décroissants s’opposent aux partisans du développement durable, du capitalisme vert et des mesures issues du Grenelle de l’environnement.

Le concept de décroissance tente de montrer qu'augmenter constamment la production de biens et services augmente nécessairement la consommation des ressources naturelles, ne faisant donc qu'accélérer le moment de leur épuisement complet. Il tente de montrer aussi que la dématérialisation de l'économie, espérée par les partisans de la croissance, est un leurre.

Lexique

Club de Rome : groupe de réflexion fondé le 8 octobre 1968 en Suisse réunissant des experts et des industriels de 53 pays différents pour évaluer l’impact du modèle économique occidental sur son environnement, en 1972 et 1974 suite aux rapports Meadows, les idées du Club de Rome se diffusent massivement en Europe et aux Etats Unis.

Objecteurs de croissance : militants promouvant la simplicité volontaire ainsi qu’une réduction de la production matérielle et immatérielle de l’économie. S’inspirant de nombreux écrits, de Thoreau, Gandhi en passant par Ruskin et Tolstoï.

Développement durable : conception de l’intérêt public appliquée à la croissance économique afin de prendre en considération les enjeux environnementaux et sociaux.

Capitalisme vert : hypothèse selon laquelle, structurellement le capitalisme entre en transition vers une économie verte. Le calcul utilitariste cout/bénéfices induira rapidement une redéfinition des stratégies des entreprises et consommateurs, les mécanismes de marché vont engendrer une économie écologique.

SYNTHESE DU CAFE POLITIQUE DU 4 NOVEMBRE 2010

DECROISSANCE : UTOPIE OU REALITE ?

 

Débat.

1. Le mot décroissance.

· Sa mise en cause

· Le mot décroissance apparaît comme décalé par rapport au concept qu’il désigne.

· C’est un mot intraduisible en anglais. Il s’agirait dans cette langue de slow economie (croissance lente) ou de down shifting (décalage vers le bas). Ce devrait être un mot d’attaque à l’échelle de la mondialisation et non un mot compréhensible dans une seule langue.

· Ce mot apparaît comme un mot négatif qu’il conviendrait de remplacer par un mot positif.

· Pourquoi ne pas inventer un autre mot en réfléchissant comme ce fut le cas en Suisse en 1916-1917 lorsque fut imaginé le mot Dada ?

· Sa défense

· Le mot décroissance est un mot d’attaque. Il peut recouvrir une critique du PIB et de la façon dont il est calculé. En effet le PIB apparaît comme l’addition des valeurs ajoutées y compris ce qui est destruction. Il n’est pas un indicateur de progrès réel. Si on retire les réparations des dommages on peut se demander s’il y a réellement progrès. Par exemple les effets de la pollution entraînent la fabrication de pots catalytiques.

· Ce mot est une attaque frontale contre le paradigme de la croissance et montre qu’il devient complexe de mettre en corrélation croissance et bien-être. Ce mot est le titre d’un mensuel.

2. Arguments qui contestent la décroissance

Arguments de type économique

· Comment défendre la décroissance dans un monde aussi inégalitaire ? Ne s’agit-il pas d’une pensée issue de pays développés et que l’on voit mal s’appliquer à l’Afrique ? Il serait plus intéressant de se demander quelle croissance est souhaitable plutôt que de parler de décroissance. Les Africains pourraient diriger ainsi leur économie de manière collective et améliorer leur niveau de vie.

· En France il y a de la décroissance imposée. Coluche et les Restos du cœur en sont un bon exemple.

· La décroissance peut être un moyen d’éviter de penser aux dérèglements de la croissance, comment ils se produisent, qui les commandite, et d’occulter la question du pouvoir.

· Actuellement le sacré se résume dans l’accumulation financière. Comment concilier l’idée qu’accumuler est essentiel à court terme et qu’il faut construire un projet à plus longue échéance ?

· La décroissance rappelle l’autosuffisance locale chère à Proudhon au XIXème siècle. Elle manifeste une certaine phobie du matérialisme technologique (voir Illich et Ellul) et une phobie du capitalisme anonyme (voir Georgescu, Beauvais, Albert Jacquard, Latouche et Gandhi)

· Pour réfléchir à la qualité de la vie il faudrait pouvoir chiffrer la nature. Cet argument est vivement critiqué par des participants du groupe qui disent qu’il faut sortir du culte du chiffre.

· La croissance est toujours possible, mais autrement et pour tous grâce à la technique, à l’innovation et aux services. L’augmentation du PIB n’est pas que matérielle. En tenant compte de la valeur des choses il est possible de continuer à se développer sans augmenter la production, en valorisant l’immatériel.

· L’énergie est illimitée (énergie solaire par exemple). Nous vivons surtout une crise de l’intelligence pour pallier les inconvénients d’une croissance dérégulée. Il existe des techniques propres pour répondre à la pollution.

Arguments concernant l’idée du bonheur liée à la décroissance.

· Le principe de simplicité volontaire avancé par les décroissants évoque la question philosophique de l’épicurisme et de la recherche du bonheur qui n’a pas toujours été le but de toutes les sociétés. La question est de savoir si on a prise sur le paradigme d’une société qui est la résultante de l’interaction des individus qui la composent.

· La décroissance conceptualise une forme de bonheur objectif, or il

semble difficile de définir des critères universels de bonheur sans attenter d’une certaine façon à la liberté des individus. Par ailleurs, il existe un désir mimétique dans les sociétés : je désire ce que possède l’autre. Il faudrait toute une éducation pour sortir du désir mimétique.

· L’idéal de la décroissance est-il d’être être pauvre ou de subvenir simplement à ses besoins ?

· Comment définir une forme de bien-être sans auparavant avoir effectué un état des lieux d’un pays ?

3. Pourquoi défendre la décroissance ?

· Le monde a un caractère fini (ses ressources sont limitées) alors que le temps est pensé comme infini. Il est difficile de penser des ressources finies en lien avec l’ échelle infinie du temps.

· Scientifiquement il est prouvé que tout processus ne peut croître indéfiniment. A un certain moment la croissance va se heurter à un mur.

· Le développement démographique de l’humanité pose problème à cause de l’augmentation des besoins qu’il engendre.

· Se pose la question d’une gouvernance mondiale capable de prendre en compte la régulation de la croissance et d’établir les besoins minimaux. Cette gouvernance est-elle compatible avec la démocratie ?

Conclusion

La décroissance apparaît surtout pour l’instant comme un processus personnel de créativité.

Il convient d’être vigilant en matière de décroissance car il peut y avoir une tendance à la récupération par l’Etat qui appliquerait de manière tendancieuse la décroissance aux pauvres.

 

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Café politique : quel pouvoir au-dessus des multinationales ?

30 septembre 2010

 

Intervention de Djamel :

 

Il s’agit ici du volet géopolitique du problème posé. En partant de l’ouvrage d’Alain Joxe, l’Empire du chaos, il est possible de faire l’analyse suivante : les Etats-Unis ont une stratégie délibérée qui consiste à utiliser l’outil de l’ultralibéralisation pour développer leur pouvoir économique sur le monde. Depuis 1970 (époque de Nixon), le dollar est devenu monnaie de référence sans contrepartie. Le dollar permet d’acheter l’énergie mondiale. Il est un élément géostratégique fondamental. La Chine, cependant,  se met en position de concurrencer les Etats-Unis sur leur propre terrain et veut être la future locomotive économique mondiale.

Cette stratégie ultralibérale américaine a pour effet de protéger les nantis et de marginaliser les plus pauvres selon le concept de « guerre des banlieues » même si aux Etats-Unis ce sont les banlieues qui sont riches et les centres urbains plus paupérisés. Ce mouvement s’effectue en créant du chaos : l’exemple de la guerre en Irak le démontre. Le choc militaire de l’entrée des américains en Irak a créé une sorte de « page blanche » pour ce pays allant jusqu’à lui faire perdre son mode de pensée. A partir de là il est nécessaire de proposer une reconstruction sur des bases américaines. Sarkozy utilise-t-il les mêmes méthodes en paupérisant davantage les quartiers populaires par le prélèvement de 350 millions d’euros sur le logement social pour financer le déficit du budget national ?

Pour Joxe l’Europe doit se réveiller à travers ses républiques. Il s’agit d’une véritable guerre économique en perspective. Ainsi se justifie le sous-titre de son ouvrage : les républiques face à la domination américaine dans l’après-guerre froide.

 

DEBAT

 

Plusieurs propositions sont avancées devant l’analyse de la situation :

· L’importance du rôle de la société civile pour créer un contre-pouvoir face aux multinationales :

Dans l’exemple de Bhopal en Inde (accident grave de pollution sur les salariés et l’environnement par l’industrie chimique d’une multinationale), l’entreprise n’a pas pris ses responsabilités. Le seul acteur qui s’est saisi de l’information a été l’organisation Greenpeace. Par ses réseaux, la société civile réagit de plus en plus et en diffusant l’information crée une conscience collective (voir le réseau Voltaire).

Pour le moment il est difficile d’imaginer une gouvernance mondiale efficace. Un cadre législatif mondial paraît très complexe à mettre en place. La consommation semble être un levier intéressant pour faire évoluer les multinationales qui ont besoin d’écouler leurs produits. Le citoyen cautionne une entreprise en achetant ses produits. Il a le choix entre consommer ses produits ou s’abstenir de les consommer. Le monde associatif prend une place de plus en plus importante dans ce domaine : Greenpeace s’est mis en partenariat avec WWF qui décerne des labels de produits conseillés.

· La nécessité de recréer des frontières européennes protectrices pour lutter contre la suprématie américaine:

Depuis la chute du Mur de Berlin l’espace économique européen s’est entièrement ouvert aux intérêts économiques américains. Cette  liberté totale a permis le développement de paradis fiscaux. Les perdants cette nouvelle donne sont l’Europe et l’Afrique. Les Etats-Unis redoutent que l’Europe établisse des frontières pour reprendre les rênes de la production. D’autres acteurs s’en sortent mieux que l’Europe comme la Chine qui augmente son poids économique , le monde arabe qui s’appuie sur la finance islamique… Il est indispensable que l’Europe produise pour rétablir ses ressources fiscales.

· Ne faut-il pas lutter contre la fascination de l’argent ?

Il s’agit ici d’un problème métaphysique. L’homme a toujours fait preuve de cupidité. Ne peut-on imaginer aller vers d’autres valeurs comme le vivre ensemble, la vérité, la justice, la liberté ? En rétablissant les frontières de l’Europe le projet pourrait être de ne plus placer la consommation effrénée au cœur des comportements, mais de créer ce dont nous avons besoin dans l’espace européen et d’évoluer vers une sorte d’appauvrissement volontaire…

Il serait important de militer pour une éthique face à ces constats d’irresponsabilité économique , de dissimulation et de mensonge. Les politiques devraient faire preuve d’idéalisme. S’il s’avère impossible de construire l’Europe politique, il reste la constitution de réseaux citoyens.

La question que sous-tend ce débat pourrait se définir de cette manière : quel dieu l’homme va-t-il adorer après la nation, la race, le peuple, l’argent ? La question n’est pas technique mais métaphysique. Comment répartir mieux la production ?

 

Conclusion.

 

La grande complexité du sujet n’a pas permis à tous ceux qui souhaitaient de s’exprimer. Il est vrai que les constats alarmants doublés de doutes sur la possibilité d’une régulation mondiale, de l’incompréhension de cultures éloignées de la culture occidentale comme celle de la Chine, font craindre à certains un manque d’espoir dans le changement. Quelques pistes sont amorcées dont la question de la décroissance qui fera l’objet du prochain café le jeudi 4 novembre.

 

Intervention de Gérard

Quel pouvoir au-dessus des multinationales ? Café politique du 30-09-2010

 

Plan : 1- Pourquoi faudrait-il un pouvoir au dessus des multinationales ?

 . Activité financière est un bien public ?

 . Y-a-t-il eu des excès ?

 . Le système actuel est-il à risques ?

 . Un pouvoir de simple surveillance ou de réforme radicale ?

 . Depuis septembre 2008, constat que rien n’aurait été fait ?

 . Qu’en est-il de notre zone Euro ?

2- Quelle forme de pouvoir au-dessus des multinationales, scénarios mondial, régional ou repli protectionniste ?

 . Conclusions et prospectives

 . Analyse des décisions des G 20 et des Comités de Bâle

Un segment du crédit immobilier américain a provoqué un effondrement de tous les marchés d’actifs pourtant sur-régulée dans son cœur dans une grande crise systémique, (battement d’aile du papillon ?) . Quelle institution a une telle puissance dans le cadre d’une financiarisation de l’économie accentuant, voire provoquant les déséquilibres du marché traditionnel, et qui peut la maîtriser : l’intégration du marché ou une gouvernance nationale ou internationale ?.

 

I- Pourquoi faudrait-il un pouvoir au-dessus de l’hydre financière ?

 

a-. Une activité financière moderne et innovante utile à l’économie, blâmable ? .

L’activité traditionnelle de banque de dépôt qui transforme ses dépôts en crédit ne suffisant plus, le nouveau marché financier autorise un élargissement de la base de crédit pour financer l‘économie en sécurisant et disséminant les risques.

Question/débat :

 . Des produits sophistiqués, opaques, complexes et disséminés, sont-ils dangereux ?

. De l’enrichissement sans cause ? A partir de l’argent dette par des multinationales sangsues ?

. Camouflage des risques d’augmentation artificielle des liquidités ?

b- Y-a-t-il eu des excès ?

Un excès qui satisfaisait tout le monde :

. Les accédants à la propriété, avec peu de moyens.

. Une croissance pour les Etats

. Des profits pour les banques et intermédiaires financiers.

Les principaux excès relevés :

. Complexité et asymétrie de l’information (CF P Krugmann)

. Titrisation trop commode (dettes transformées en actif)

. Souplesse comptable, les banques et les intermédiaires sortent ainsi les risques de leur bilan, ont moins besoin de fonds propres et délivrent plus de crédit pour plus de croissance.

. Abus du levier d’endettement pour augmenter la rentabilité, l’endettement est favorisé pour créer de l’actif négociable.

 . L’économie a franchi la frontière entre le réel et le virtuel, le crédit immobilier n’était plus dévolu au logement mais à la titrisation (CF l’argent dette)

. Une croissance artificielle malgré l’absence d’augmentation des revenus des classe moyennes.

. Hausse du coût et des profits immobiliers

 . L’ingénierie financière pallie artificiellement la désindustrialisation des vieux pays en créant des emplois de substitution.

Question/débat :

 . La finance s’hypertrophie et a-t-elle d’autres buts que son expansion infinie hors de l’économie réelle, dans laquelle elle puise sa substance plus qu’elle ne se met à son service ?

c- Un système à risques ?

  .Le risque calculable et l’incertitude incalculable sont au cœur de la finance, d’où le danger de l’hypertrophie financière.

 . Risque de l’attraction pour des gains rapides et avides de prédateurs

 . Menace de la financiarisation sur la stabilité économique, d’où le besoin de régulation pour favoriser une concurrence praticable qui ne légitime pas implicitement la cupidité.

 Question-débat

 . Le système actuel est fondé sur l’efficience des marchés, mais postule-t-il une rationalité des opérateurs les inclinant à l’autorégulation ?

 . La symétrie ou l’asymétrie de l’information reflète-telle parfaitement les prix des actifs, véritable efficience ou efficience illusoire ?

 . Les opérateurs irrationnels ne souhaitent-ils pas battre le marché, faire mieux que le marché, mieux que la main invisible ?

 

d- Nécessité de réformer par ce Pouvoir ?

 

  d-1 Un pouvoir de simple surveillance ?

Un système inchangé mais sous surveillance qui laisse subsister : la profusion de produits structurés, la dissémination trompeuse des risques, l’absence de régulation et de cotation des hedge funds, une régulation bancaire pro-cyclique (qui réduit ses volumes en période de crise et pèse sur les taux).Mais il subsisterait des anomalies et il faudrait:

. Réduire le paradoxe d’une finance mondialisée avec des régulations prudentielles ressortissant des Etats.

. Une régulation multilatérale pour fixer : les règles prudentielles, le niveau des fonds propres, la discipline de marché, la valorisation des actifs complexes, la rémunération trop liée aux prises de risque, la maîtrise des agences de notation, l’assurance sur les risques systémiques, la réduction des établissements « too big to fail ».

 . Un milieu trop riche en liquidités excessives et peu coûteuses : bulles financières, abus d’effets de leviers, externalisation volontaire des risques du bilan des banques.

 

 d-2 Une véritable réforme radicale ?

Seulement surveiller c’est rester dans les paradigmes de l’efficacité de l’économie de marché, où les performances du système monétaire et financier conditionnent seuls, la croissance économique, le chômage et l’état des Finances publiques.

Question-débat :

. Le système financier et monétaire est-il un service public ?

. La finance est-elle seulement orientée vers la création de valeur sur une base spéculative .

. Le jeu de prise de risque est-il entièrement déconnecté de la sphère de production et d’échanges pour les gains et reconnecté pour les pertes couvertes par les contribuables

 

 e- Depuis septembre 2008, rien aurait été fait en matière de réformes ?

  Une mauvaise interprétation de la crise

  La crise serait due plus à la malhonnêteté et à l’irresponsabilité de quelques uns (version populiste du méchant trader avide), davantage que comme résultat inévitable de marchés dérégulés.

 . Une théorie économique dépassée que l’on conserve : La formation des prix des biens ordinaires selon l’offre et la demande jusqu’à l’équilibre. Or sur le marché des biens financier la hausse du prix pousse la demande à la hausse jusqu’à l’éclatement de la bulle.

 Les raisons d’une réforme radicale

 . La Finance détermine les normes de rentabilité exigée des capitaux. L’entreprise finance l’actionnaire et non l’inverse !!

 . le salariat et le politique sont en état d’infériorité par rapport à la puissance de la Finance, c’est la valeur actionnariale !!

 . Avec la pression à la baisse des salaires et du pouvoir d’achat, on favorise une économie d’endettement privé, et une explosion de la dette publique.

Question-débat :

 . Le déficit des Etats est-il dû aux dépenses sociales inconsidérées ou à l’effritement des recettes fiscales ?

 . La baisse des impôts stimule-telle ou non la croissance par accroissement des recettes fiscales, ou aggrave-t-elle les inégalités sociales et les déficits publics ?

 

 f- Qu’en est-il pour la zone Europe ?

  . Une politique monétaire unique pour la zone Euro, mais un contrôle prudentiel qui dépend des Etats membres !

 . Parviendra-t-on à prévoir une contribution des banques au coût des futures crises, pour ne pas faire supporter ce coût aux contribuables ?

 

Finalement on ne contesterait pas le modèle actuel de la croissance de la financiarisation de l’économie.

Question-débat :

. Le contribuable moyen ne paye-t-il pas 4 fois le coût de l’éxonération du capital, 1 fois en compensation de  l’impôt diminué sur les entreprises, 2 fois en remboursant les prêts et les intérêts des banques à l’Etat, et 3 fois lorsque l’Etat nationalise les dettes de ces entreprises (ex Crédit Lyonnais), et 4 fois quand les banques qui ont profité de la manne publique  pour se renflouer , se retournent contre les Etats et spéculent avec les hedge funds contre l’économie de l’Etat qui les a sauvés !! C’est le marché contre l’Etat, le trader contre le contribuable, et les financiers reprochent aux gouvernements de trop soutenir les pauvres !!

 

II- Quelle forme de pouvoir au-dessus des multinationales pour quelle régulation ?

 

Si on a postulé les limites de l’intégration de marché avec une faible gouvernance, alors vers quelle gouvernance nationale ou multinationale doit-on se diriger, et vers quelle régulation, sur-régulation ou régulation permissive ?

Question-débat

. Y-a-t-il incompatibilité entre la globalisation financière et la supervision prudentielle nationale, et la stabilité financière. Le pari de l‘intégration mondiale par le marché avec une régulation mondiale et transferts de souveraineté n’a-t-il pas été perdu ?

 . La gouvernance doit-elle se hisser au niveau des marchés ou le marché doit-il retomber dans la gouvernance nationale ?

 

a- Le scénario de régulation mondiale ?

 

La crise de 208 n’a pas été seulement une destruction-création de valeur traditionnelle, mais un effondrement total du système.

. Le niveau de régulation financière doit-il être aligné sur le niveau d’intégration du marché, avec une régulation systémique mondiale et un rétrécissement de l’industrie financière.

. Doit-on changer de paradigme financier, car les chantres de l’autorégulation n’auraient plus raison.

. Quelle est l’utilité économique d’une finance hypertrophiée ?

. Quelle dose de transfert de souveraineté vers des organismes internationaux de gouvernance mondiale ?

 

b- Le scénario de régulation par régions économiques (CF l’Europe)

. Une intégration économique et financière de niveau régionale et une coordination entre zones.

. Une puissante régulation financière avec un superviseur européen, et des préférences collectives de l’Europe.

Question-débat :

. Ce scénario ne s’est-il pas révélé irréaliste pendant la crise où on a fait prévaloir des solutions nationales ?

. L’appartenance à la zone Euro est plus un effet d’aubaine qu’une discipline que les Etats s’imposent, et la crise pourrait déboucher sur une régression de l’intégration européenne ?.

 

c- Le scénario du repli national

. Un retour au protectionnisme avec un détricotage des institutions internationales ? Accepter les déséquilibres mondiaux avec des ajustements rudes du marché.

. Un Monde où les Etats bataillent pour sauver leur croissance avec des régulations concurrentes, ce serait ouvrir la porte aux apprentis-sorciers de la finance qui vont innover dans les trous de la régulation.

. Mais les économies actuelles sont trop interdépendantes et il y a peu de chance pour un retour à des économies nationales auto-suffisantes.

On se dirige donc vers une mondialisation bancale !!.

 

Conclusion :

 

On ne peut pas supprimer la globalisation de la finance et de l’économie, car cette volonté de globalisation demeure :

. Aspiration des pays émergents à la croissance

. Volonté des entreprises d’optimiser leurs chaînes de valeur sur toute la planète

. Volonté des Etats de libéraliser leurs échanges

. Refus de la segmentation.

 

Au final, la mondialisation de l’économie et le maintien des multinationales peuvent demeurer, mais à condition que les Etats adoptent des politiques nationales réparatrices et redistributives….mais les Etats en auront-ils encore les moyens si l’on en juge avec la Grèce exsangue que l‘Europe voulait abandonner aux mains du FMI ?

 

Une dernière solution à envisager, les casinos financiers :

 

Institutions coupées des systèmes monétaires dans un système clos et segmenté qui écarte les risques systémiques liés à la spéculation financière.

Mais les réformes avancées, tant pas les G 20 que les accords de Bâle, ne sont pas pour la segmentation des intermédiaires financiers sous prétexte que les banques sont mieux armées pour répartir les risques. Quand la segmentation rime avec la régulation, le rejet n’est pas loin.

Un peu de prospective

 

. Si aucune solution d’ensemble n’est trouvée, nous risquons d’être tous ruinés dans 10 ans selon Jacques Attali.

. Nous vivons encore sous le paradigme d’un pays, les USA, leader d’intégration économique unilatéral bienveillant, mais demain le leadership peut de déplacer vers d’autres pays, comme la Chine, l’Inde,  voire sous la régence de la finance islamiques.

Car les différentes cultures économiques ne sont pas forcément que des variations du même, l’écart autorise un réfléchissement mutuel afin d’infléchir notre vieux libéralisme économique.

. La notion de ressource que les multinationales activent et exploitent sans éthique comme un gisement inépuisable peut être revue à nouveau frais. En effet la notion de valeur peut faire retour, comme un ordre moral pour l’action. Dans un rapport de force gagnant, les Etats ou institutions multilatérales, pourront intervenir sur l’usage des ressources par les multinationales au nom de la valeur pour opérer les redressements nécessaires. Ce sera privilégier l’efficacité appliqués à des sujets triomphants de la gouvernance dans l’ordre de la transformation, au détriment de l’efficience qui impute la gestion des ressources aux processus et non au sujet.

 

. Un Tribunal Economique et Financier international ?

Les turpitudes des dirigeants de Lehmann-Brothers ont menacé des centaines de millions de gens !! Goldmann et Sachs ont poussé le gouvernement grec à aggraver le maquillage de son déficit avec les conséquences tragiques que l’on sait !! Ne serait-ce pas un crime contre l’Humanité que ces exactions économiques et sociales ? On devrait pouvoir engager des actions en responsabilité civile pour les dommages causés, en infraction des règles, à définir, érigées contre la spéculation financière.

 

Commentaires sur les précédents G 20

 

Londres de 2009 ont-ils été des G 20, vains ?

Les fonds propres des banques sont plus que jamais insuffisants, les produits dérivés sont toujours là, sans aucun contrôle constituant l’essentiel des activités rentables de bien des banques. La dette publique continue d’augmenter, au point que les banques centrales ne peuvent pas augmenter leur taux d’intérêt !!

On dénonce de manière populiste les Paradis fiscaux des fraudeurs du Fisc ! Aucune mesure pour la régulation systémique….On ne prend pas de mesures contre les menaces de demain, la fragilité des banques, le retour des activités spéculatives, l’absence de contrôle des acteurs financiers non bancaires, tels les fonds d’investissement et les compagnies d’assurance.  On devra alors se retourner vers les gouvernements exsangues qui ne pourront répondre, et dès lors il n’y aura plus de G 20.

 

Le  G 20 de Pittsburg en juin 2010

Ce G 20 n’a pas de pouvoir, aucun accord n’a été trouvé sur la réglementation bancaire, ni sur les taxes bancaires, ni sur les réserves bancaires, ni même sur leur comptabilité !!

Les banques ne seront pas taxées et garderont le contrôle capitalistique des chambres de compensation où sont enregistrés les produits dérivés.

Les banques continueront à spéculer sur compte propre sur les produits dérivés, sur les Swaps de change et de taux d’intérêt, et de contrôle des hedge funds .

Les gouvernements semblent avoir renoncé à maîtriser leur système financier et se résignent à passer la main aux banques centrales tenues de fournir les liquidités nécessaires. La démocratie recule devant le marché et une nouvelle crise peut venir ruiner tous les efforts de réduction des déficits budgétaires, et il ne restera plus qu’à faire payer les contribuables !! Qui se révolteront quand, à quand la Révolution contre les multinationales ?

 

Que fera le G 20 de Séoul des 11 et 12 novembre 2010 ?

 

Les comités de Bâle de supervision bancaire, sous l’autorité de la BRI

 

Organise la surveillance micro et macro prudentielle sur les intermédiaires financiers. L’accord de Bâle III mi septembre 2010 a imposer de nouvelles règles aux banques (fonds propres….), mais les banques menacent de réduire le volume et de renchérir le coût du crédit avec des incidences sur les PME !!  Mais rien sur le problème des liquidités qui est à l’origine de la crise (Capacité des banques à se financer) !!

Gérard Chabane 25 –09-2010

 

Un pouvoir au-dessus des multinationales ?

30 septembre 2010 - Par Patrice

 

Multinationales et Grands Propriétaires

 

Une multinationale est une grande entreprise nationale, à champ d’activité mondial. Les multinationales sont généralement privées, rarement publiques (AREVA), et appartiennent donc le plus souvent à de « Grands Propriétaires » (GP), comme par exemple en France, Arnaud Lagardère, Serge Dassault, Martin Bouygues, Bernard Arnault, François Pinault, Vincent Bolloré, Franck Riboud, Liliane Bettencourt, Michelin, etc…

En France comme ailleurs, la richesse est extrêmement concentrée dans la population, et de façon très intense chez ces GP : Globalement, les 10% plus riches ménages français cumulent un bon tiers du revenu disponible total, ainsi que de 55 à 60% du patrimoine économique total. L’ISF ne concerne que 2% des ménages français. L’Association Française des Entreprises Privées (AFEP), qui regroupe la petite centaine des plus grandes entreprises françaises, représente un patrimoine en bourse d’environ 1000 milliards d’Euros en 2006.

 

 

Grands Propriétaires et fiscalité

 

En France, contrairement à la théorie progressive, la pratique réelle fiscale est dégressive : Plus le revenu réel est élevé, plus le taux réel d’imposition est faible. Ainsi, les GP paient en réalité très peu d’impôt par rapport à leurs revenus réels. Par exemple, Liliane Bettencourt réussirait à ne payer au total que 4% d’impôt sur l’ensemble de ses revenus réels, et concrètement, seulement 9% sur ses dividendes de L’Oréal, mis en tirelire hors IRPP dans sa holding « Thétys ». De la même façon, les entreprises paient en réalité peu d’impôt par rapport à leurs bénéfices réels. En moyenne, plus de 40% des bénéfices des entreprises françaises échappent à l’IS, mais pour les entreprises du CAC40, c’est 65% !

Comment font donc les grandes entreprises et les Grands Propriétaires pour échapper à l’impôt ? Eh bien, tout simplement en ne déclarant au fisc que la plus faible partie possible de leurs revenus réels, après utilisation « professionnelle » des grands procédés suivants :

- Fraude fiscale (dissimulation de revenus)

- Évasion fiscale (localisation hors de France de revenus)

- Exil fiscal (Expatriation de patrimoine)

- Niches fiscales (dérogations, exemptions légales)

Les multiples pratiques correspondantes sont si efficaces, qu’une petite partie seulement des GP a trouvé intéressant de réclamer au fisc le bénéfice du « bouclier fiscal » à 50%, en réalité inutile pour la plupart d’entre eux.

Par ailleurs, les GP ne paient pratiquement rien de tout nouveau prélèvement décidé pour couvrir un besoin de la collectivité (par exemple, le nouveau système de santé américain) : Ou la charge nouvelle affecte les coûts des entreprises, et ce sont les consommateurs qui paient réellement à travers les prix, ou elle grève les revenus, et ce sont les contribuables qui ne peuvent échapper à l’impôt qui paient réellement.

 

Écrasant pouvoir des Grands Propriétaires

 

Les Grands Propriétaires en effet cumulent :

- Le pouvoir économique et financier :

L’AFEP a été créée par Ambroise Roux (Président du CNPF) en 1983, pour mieux défendre les intérêts économiques des grandes entreprises, et donc de leurs propriétaires, face à la menaçante arrivée au pouvoir des socialistes. Ni ses statuts, ni son Conseil d’Administration ne sont publics. Succédant à Bertrand Collomb et à Jean-Martin Folz (PSA), Maurice Lévy (PDG de Publicis) en est le Président depuis 2010. Ses membres sont personnellement les PDG des plus grandes entreprises françaises, avec une cotisation annuelle de 50 000 €. En 2006, ils étaient 91, sans Franck Riboud (Danone), mais avec les PDG des filiales françaises de Nestlé, Siemens, Philips et IBM. L’AFEP emploie une trentaine de juristes qui s’occupent de la réglementation générale en droit des affaires, droit du travail, et droit fiscal. En 2006, cette association représente un chiffre d’affaires de 1100 milliards d’Euros, c'est-à-dire quatre fois les recettes de l’État, et un emploi de près de 5 millions de salariés, soit le quart de l’emploi privé. Même si les grandes entreprises se financent préférentiellement sur les marchés financiers (Bourses), les GP possèdent aussi des banques ou entretiennent avec elles des liens privilégiés.

 

- Le pouvoir médiatique :

Les GP peuvent influer décisivement sur la formation de l’opinion publique, grâce à la propriété directe de nombreux médias par leurs groupes industriels, ces derniers étant souvent des fournisseurs de l’État :

Radios : Lagardère

TV : Lagardère, Bouygues, Bolloré

Presse (dont toute l’économique) : Lagardère, Arnault, Dassault, Vivendi, Bolloré, Pinault

 

- Le pouvoir politique :

Les GP ont aussi un fort pouvoir politique indirect, grâce à deux grandes voies d’influence sur l’Administration. D’une part, le puissant lobbying de l’AFEP auprès des élus et des hauts fonctionnaires, et d’autre part, la dépendance de ces derniers à l’égard des grandes entreprises, à travers le « pantouflage » (60% des premiers dirigeants des entreprises du CAC40 sont X et ENA).

 

Au total, le pouvoir économique des GP est bien tellement écrasant que même les « négociations » syndicales ou sociales (environnement) apparaissent simplement comme du lest ou de l’exutoire, pour sa meilleure consolidation. Ce pouvoir s’exerce normalement avec la collaboration courante des « pouvoirs publics », gentiment obtenue, si besoin est, grâce au chantage à l’émigration économique (fuite des capitaux, exil fiscal).

 

En définitive, non, il ne peut pas y avoir de pouvoir au-dessus des multinationales, pas plus en France qu’ailleurs. On considère même souvent que ce pouvoir est naturel et bénéfique, et qu’en tout état de cause, il ne peut y en avoir d’autre. Même dans les démocraties modernes, où règne théoriquement la loi de 1 homme = 1 voix, les coulisses sont nécessairement oligo-ploutocratiques, c'est-à-dire régentées par la loi de 1 euro = 1 voix. Tout pouvoir politique en effet a besoin d’argent, dépend pour cela des riches et se trouve donc sous leur influence, nécessairement. Toute la question réside alors dans comment faire pour que le pouvoir des hyper-riches ne s’exerce pas trop au détriment du reste de la population, voire aussi un peu en sa faveur… Car un fait demeure « anormal » en France, qui constitue un fort paradoxe français : Le libre pouvoir des Grands Propriétaires coexiste avec croissance molle, chômage et pauvreté. Quelque chose doit donc « clocher » quelque part !

 

Patrice

 

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Café politique du 3 juin 2010 à Strasbourg
 

Quel pouvoir au consommateur ?
 

Introduction au débat par Sabine.

 

Les produits de consommation ont une provenance et un devenir.
 

• Leurs méthodes de production ont des incidences écologiques et humaines.

Par exemple, dans les bananeraies du Costa Rica, le traitement des plantations se fait par avion pendant le travail des ouvriers qui en subissent les conséquences médicales. Le travail des enfants, la destruction de l’agriculture vivrière sont d’autres aspects contestables de certaines productions en Afrique et en Asie.
 

• L’éloignement est vecteur de problèmes : par exemple, des crevettes de la Mer du Nord sont décortiquées au Maroc et consommées en Europe.
 

• L’utilisation de certaines matières premières ( bois exotiques) a pour conséquence de raviner les sols et de supprimer l’humus de la forêt primaire.
 

• Les déchets générés par les produits consommés sont souvent polluants (emballages divers, piles…)
 

• L’introduction des perches dans le lac Victoria a évincé les poissons endémiques et obligé les habitants à se nourrir des déchets des poissons.

La consommation doit être un acte responsable. Malgré l’influence de la publicité, il est possible d’éviter des stratégies commerciales. Choisir ce que l’on consomme demande de s’informer. Le pouvoir du consommateur est d’agir sur le marché qui répond à l’offre et à la demande. Coluche disait : « Dire qu’il suffirait de ne pas l’acheter pour que ça ne se vende pas ».

 

Débat.
 

1) Le consommateur utilise certains moyens d’action pour se faire entendre :
 

• Au Canada et en Allemagne le boycott d’un produit contesté fonctionne bien.

Cela n’est pas toujours le cas en France.
 

• UFC Que choisir a lancé une campagne de boycott pour faire baisser le prix des SMS et cette campagne a atteint son but.

• Le consommateur se veut de plus en plus consom’acteur : il vote avec son caddie, boycotte ou privilégie un produit.

• Les AMAP se développent en France : ces associations permettent aux acheteurs de se fournir directement auprès des paysans en s’engageant à payer un panier de légumes locaux par semaine. Cela garantit un revenu stable à l’agriculteur et permet d’éviter les intermédiaires qui font grimper les prix à la vente.

• Internet joue aussi un rôle important : il a contraint notamment Facebook à changer ses règles.

• Il existe une information sérieuse du consommateur qui débute dès l’enfance ( en Amérique du Nord). A Montréal l’étude de la publicité fait réagir des collégiens de façon critique et pertinente.

• le pouvoir du consommateur a évolué dans le cadre d’une démocratie économique et sociale:

- En 1960 avec Ralph Nader aux USA : pour un droit des consommateurs, droit à la qualité, à la sécurité et à l’information. La reconnaissance d’un droit était le début d’un pouvoir similaire au pouvoir de contrôle politique du citoyen sur les institutions et qui peut aller jusqu’au mandat impératif avec retrait de produit ou ajustement de prix.

- En 1970 avec le commissaire européen Sico Mansholt : début d’une pensée de la décroissance pour faire face à la limitation des ressources (cf. crise pétrolière de 1973-1974). Le droit de la nature s’impose alors au droit et au pouvoir du consommateur qui se dirige vers un devoir de frugalité.

- Actuellement : de droit et pouvoir bruts on passe à un devoir du consommateur, suite à une prise de conscience de la mise en danger des ressources. Le pouvoir devient celui de l’arbitrage par le consommateur responsable qui devient un citoyen-consommateur, car plus amplement informé et à qui on offre des choix (ce que demandait Ralph Nader en 1960, et ce droit d’information défendu par l’américain Paul Krugmann qui lui a valu le prix Nobel d’économie en 2009).
 

2) Il existe de nombreux freins au pouvoir du consommateur :

§ La logique de la paupérisation en Europe va à l’encontre d’éventuels droits et choix des consommateurs (voir la courbe des salaires)

§ La rigidité des circuits commerciaux ne permet pas toujours d’acheter de manière intelligente. Par exemple, de nombreux villages n’ont plus leur marché de produits locaux.

§ Certains labels peuvent tromper le consommateur comme des labels écologiques, bio ou de commerce équitable qui sont davantage des arguments de vente que des labels authentiques.

§ Quelquefois, en changeant sa manière de consommer, on constate qu’on agit moins bien. Par exemple pour les ampoules à basse consommation se pose la question du recyclage qui ne semble pas résolue. Dans la fabrication des panneaux photovoltaïques, il y a une matière rare extraite en Chine et qui crée une pollution certaine à l’extraction.

§ En voulant choisir un produit il est possible de s’apercevoir qu’il n’existe que trois producteurs mondiaux à le proposer…( par exemple les écrans plats de télévision).

§ La publicité a des effets inconscients sur les consommateurs. Il n’est pas toujours possible de maîtriser ce processus.

§ Dans les pays de l’Est, il est difficile de ne pas percevoir la consommation comme une opération de prestige et la tendance est d’acheter le produit le plus cher pour paraître riche. A l’époque soviétique, en Ukraine, les sportifs amenés à se rendre en Occident étaient prévenus de l’abondance factice qui les attendaient.

§ Si on est conscient des désastres humains et écologiques que certaines productions entraînent en Afrique par exemple, sommes-nous pour autant capables de créer le changement ? Autrefois les villages africains vivaient en autarcie. Actuellement ces personnes ont été livrées aux multinationales qui utilisent leurs terres pour la monoculture et qui contraignent les hommes à chercher de l’embauche en ville où ils contractent souvent le sida. Nairobi a le plus grand bidonville au monde.

Certaines de ces multinationales fabriquent des pesticides et ont convaincu les paysans de leur caractère indispensable alors que la terre pourrait nourrir tous ses habitants grâce à l’agriculture biologique

§ L’énorme progression du volume de la consommation ( 48% du PIB il y a 50 ans et 96% aujourd’hui) a entraîné une importation massive. La protection sociale repose sur nos productions qui sont de plus en plus chargées. L’agriculture conventionnelle a été subventionnée au détriment du bio.
 

Conclusion :
 

La consommation est un concept récent. Etymologiquement le mot vient de cumsomare : additionner, puis a évolué vers consumerer, consumer. L’idée de destruction est bien présente dans la consommation. Le consommateur doit prendre conscience de son rôle dans le processus économique pour pouvoir tenter de maîtriser ses actes. Il est cependant bien difficile aujourd’hui de comprendre le circuit que suit un produit pour pouvoir juger de son acceptabilité.

Si on n’agit pas en responsabilité le monde se consumera tôt, mais combien d’années va-t-on gagner à l’échelle de l’éternité ?

En défendant le droit des consommateurs, défend-on véritablement un droit avancé de la démocratie ?

 

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L’économie sociale et solidaire

Café politique de Strasbourg - 1er avril 2010

 

Après un exposé sur l’économie sociale et solidaire proposé par Pascale, le débat s’ouvre.

 

Quelques éléments historiques concernant l’ESS (économie sociale et solidaire).

 

F.G. Raiffeisen et H. Schulze font partie des pères fondateurs de l’ESS dans un domaine particulier : le crédit. Le premier fonde les principes de ce qui deviendra en France, le Crédit Mutuel d’une part, le second les Banques populaires d’autre part. Confrontés à de très fortes inégalités sociales à la fin du 19ème siècle, ils inventent de nouvelles structures bancaires qui se démarquent des structures existantes à la fois pour ce qui concerne leurs rapports avec les

débiteurs, mais également avec les bailleurs de fonds. Les banques populaires françaises sont issues de cette philosophie du « mutualisme ». L’Alsace, en particulier, après 1870, a mis en place ce système coopératif bancaire de manière assez importante. La CMDP était autrefois une banque fédérative. Notons qu’au moment de la nationalisation des banques en 1981, le Crédit Mutuel n’est pas concerné. Historiquement, ces mutuelles bancaires ont une connotation confessionnelle : Raiffeisen est pro-catholique alors que les Sparkasse (Caisses d’épargne) ne s’ouvrent qu’aux protestants. Il y a aussi une opposition entre les cléricaux et les anticléricaux.
Dans les pays de l’Est, le système Interagra du milliardaire rouge regroupe 120 sociétés sous le label de la coopérative.

En Argentine, après la grave crise financière que connaît le pays à la fin du 20ème siècle, les coopératives fleurissent sous la forme des SCOP, mais 80% d’entre elles ne survivront pas et feront faillite pour des raisons de méconnaissance des exigences comptables.

 

Arguments critiques face aux principes de l’ESS.

 

Le but non lucratif de l’ESS est-il tenable ?

 

Ce principe est très critiqué par les économistes libéraux (cf. Milton Friedmann).

Pour elle, la recherche du profit est la motivation exigeante du système économique productif, sans lequel il est difficile de ne pas faire de pertes et de ne pas appauvrir la société. Une gestion efficace en économie concurrentielle

implique de rechercher le profit. La plupart des coopératives d’ailleurs, qui réussissent, se gèrent comme des entreprises capitalistes dans leur gestion ( voir l’exemple du domaine de l’alimentation animale ).

Lors de la faillite de la CAMIF, son repreneur, Les 3 Suisses a exigé que 30% du personnel reste comme auparavant salarié de l’Etat en tant qu’enseignant.
La MACIF a activé une fondation avec sa réserve et sponsorisé l’ESS.

Par ailleurs, le but non lucratif des coopératives rend difficile leur financement externe, en particulier pour les activités gourmandes en capitaux; en interne, les possibilités de financement sont limitées.

 

Le principe un homme, une voix, contribue-t-il à la responsabilisation ?

 

Ce principe peut apparaître comme démotivant pour les dirigeants des coopératives. Les rémunérations ne correspondent pas à l’efficacité de chacun. Il y a aussi risque de déresponsabilisation de la gestion, car la meilleure organisation de la responsabilité sociale reste encore la claire propriété. A la liberté individuelle ne correspond pas la nécessaire responsabilité dans le cadre de l’ESS.

Dans une société commerciale, un euro égale une voix.

 

La finalité de services est conflictuelle

 

Il y a souvent des rapports difficiles entre la coopérative et ses membres. Les usagers en effet sont souvent des entrepreneurs (les éleveurs par exemple), qui souhaitent acheter au meilleur prix. Se pose la question de savoir où situer

l’excédent d'exploitation, dans la coopérative ou chez les usagers? De plus le marché captif des membres usagers ne garantit pas le meilleur rapport qualité/ prix, de la fourniture coopérative. Il existe aussi des conflits d’intérêt entre les

membres associés de la coopérative eux-mêmes ; Un associé de grande taille peut se fournir à la coopérative avec une seule action, mais sa ristourne sera proportionnelle à ses achats. Il pourra percevoir par exemple 10% de ristourne à

lui tout seul, alors que plusieurs associés de petite taille possédant une action aussi, devront se partager 10 autres % de ristourne. Les membres de coopérative sont donc le plus souvent de petite taille.

 

L’ESS ne concerne que 10% de l'activité économique.

 

Sa taille et son importance sont relativement faibles et se situent surtout dans certaines activités comme les services, le commerce, les banques et les assurances. Ces activités sont dans l’ensemble peu demandeuses de capitaux. On

peut alors faire deux lectures du rôle de l’ESS dans l’économie : on peut la considérer comme une béquille de l’Etat Providence en remède au chômage en particulier, et également comme jouant le rôle de bonne conscience de l’économie capitaliste. Pour bien jouer ces deux rôles, une importance de quelques pour cent serait trop faible, et de 25% serait trop forte.

L’augmentation de la taille au sein de l'ESS reste un problème.

 

En effet, le passage à la grande taille oblige à utiliser les installations et les services de l'Economie générale (logistique, distribution, marketing) et impose

 

l'adoption des mêmes méthodes de gestion ( qualités, marges, financement, publicité, etc...).

Quelquefois, l’ESS change de statut en fonction de sa réussite : l’exemple de la Socorhin en Alsace le démontre. Dans les années 60, cet organisme était une centrale d’achat pour les épiciers adhérents. Avec la montée de ses bénéfices, ont

été créé les SUMA dont le premier place Kléber.

 

Arguments en faveur de l’ESS et de l’augmentation de son importance économique.

 

Historiquement, les SCOP en Argentine ont été des béquilles temporaires, mais si elles ont été créées, c’est à cause de l’échec patent de l’économie libérale. Elles ont contribué à la remise en route de l’économie argentine.

La crise financière récente montre que le profit réalisé par certains est contraire à toute éthique et n’a pas de cause réelle. Ce profit n’a en rien été créateur de richesses. Nous ne sommes plus à l’époque du fordisme. Les pays qui ont le plus joué le jeu de la spéculation comme la Grande-Bretagne, l’Irlande, ont de très grosses difficultés. Pourquoi ne pas se tourner vers d’autres principes de fonctionnement de l’économie ?

Il semble intéressant de noter qu’il y a un lien certain entre l’ESS et le développement durable.

Le faible pourcentage de la part de l’ESS dans l’économie n’est pas une preuve de son absence de pertinence.

Il existe des firmes de dimension internationale comme YOPLAIT qui répondent aux critères de l’ESS.

Quand il est question de motivation pour faire fonctionner une entreprise, parle-t-on de la motivation des actionnaires ou des travailleurs ? Si motivation signifie appât du gain, nous sommes clairement dans le cadre de l’économie libérale qui vient de démontrer ses failles. Faut-il attendre que l’économie se réduise à un champ de ruines pour que l’ESS trouve une place importante.

 

D’après un article du Monde du mardi 2 février 2010, les SCOP obtiennent des résultats économiques supérieurs à la moyenne. Elles ont moins souffert de la crise. Dans l’industrie, elles ont accru leurs effectifs de 11% entre 1997 et 2007, quand l’ensemble du secteur perdait plus de 10% des emplois en France. Le chiffre d’affaires des SCOP industrielles a augmenté de près de 68% sur la même période, 11 points de plus que la moyenne nationale du secteur. Parmi les explications de ces résultats, notons que ces sociétés doivent provisionner chaque année 42,5% de leur résultat net. Elles on intérêt à investir ces sommes dans les 5 ans, car elles sont ainsi exonérées d’impôts. « L’importance des montants investis a permis de stabiliser le groupe en le diversifiant », explique Elise Naccarato, porte-parole du groupe Chèque déjeuner, première SCOP française par la taille, avec 1895 salariés, un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros en 2009 en hausse de 8% par rapport à l’année précédente.

 

La société s’est ainsi développée à l’international en ouvrant des implantations dans 12 pays. « Il nous a fallu dix ans pour que cet investissement soit rentable. Ce qui aurait été inimaginable dans une entreprise classique. Mais aujourd’hui, c’est le pôle le plus fructueux », ajoute Mme Naccarato.

L’importance des réserves des SCOP est rassurante pour les banquiers qui hésiteraient moins à prêter. Cependant, les SCOP de France n’emploient que 41000 salariés dix fois moins qu’en Italie ou en Espagne.

 

Conclusion

Le débat a majoritairement contribué à une large critique négative de l’ESS. Pour autant il faudrait davantage approfondir les pistes d’une économie alternative à l’économie libérale pure et dure. Certains participants proposent de réfléchir à la notion de participation, au sein de l'économie libérale, explorée par De Gaulle et qui n’a pas reçu un accueil favorable en son temps.

 

( suivi d’un « droit de réponse »

 

Mon droit de réponse après le débat sur l’ESS :
 

Malgré tous les efforts faits depuis plus de 10 ans, l’ESS est toujours victime de préjugés négatifs. Il est vrai qu’elle démarre, en 1982, sur le problème de l’insertion sociale et professionnelle des jeunes développé dans le rapport de Bertrand Schwartz. Il y lance les bases de ce qui deviendra plus tard l’ESS. Cette appellation sera suggérée par Alain Lipietz dans « L’opportunité d’un nouveau type de société à vocation sociale », rapport demandé en 1998 par Martine Aubry alors qu’elle était ministre de l’emploi et de la solidarité. Alain Lipietz propose de lire l’économie sociale et solidaire de la façon suivante :

. Sociale : Ne pas retenir l’acception « concerne les pauvres » mais celle-ci : « concerne le bien-être de la société ».

- L’ESS doit se développer par la participation active des citoyens en leur redonnant du pouvoir afin d’obtenir une véritable démocratie économique.

- L’ESS est une économie de proximité qui intervient dans les secteurs laissés pour comptes de l’économie capitaliste.

- L’ESS a une utilité écologique : permettre à la société civile de modifier le monde au quotidien : dans chaque action, réfléchir à l’impact de son geste sur notre environnement.

. Solidaire : Ne pas y voir une économie d’assistés mais une initiative de citoyens responsables oeuvrant pour des projets utiles à la communauté.

- Pas un sous produit de l’État Providence, mais une autre manière de vivre et de travailler.

- L’ESS s’inscrit en réaction à l’individualisme libéral car ses démarches sont basées sur l’échange et la réciprocité.

- Un projet pour le « vivre ensemble » avec le souci du respect de notre environnement.

L’objectif est clairement annoncé dans le titre du rapport d’Alain Lipietz : aller vers un nouveau type de société, à vocation plus sociale.

D’autres rapports ont suivi, et peu à peu les critiques que l’on pouvait faire à ce .tiers secteur” ont été corrigées. Certaines personnes, malhonnêtes, avaient profité des failles du système pour enrichir au détriment des sociétés coopératives. Est-ce une spécificité de l’ESS ? Les escrocs sévissent dans tous les domaines. Les acteurs de l’économie privée peuvent-ils se targuer d’être irréprochables ?

Que dire de Bernard Madoff ? Contrairement au secteur marchand, l’ESS est surveillée. Le contrôle quinquennal est fait par des « réviseurs agréés ». L’agrément est renouvelé à condition que les comptes soient corrects et que l’éthique sociale soit respectée. L’article 5 du décret 84.1027 du 23 novembre 1984 prévoit l’annulation de l’agrément en cas de dérive. Seul inconvénient à ses rapports quinquennaux, le caractère d’utilité sociale n’est pas clairement défini et laisse une large part d’appréciation au préfet qui donne l’agrément. On retrouve là, le problème principal de l’activité sociale : elle n’est pas mesurable en termes monétaires. Il en est de même pour le bonheur dont l’estimation reste subjective. Au passage, selon Christophe André1 «notre altruisme participe à notre bonheur», donc se priver de solidarité reviendrait à se priver de bonheur! Dans une étude commanditée par l’URSCOP2 Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon en 2002, Mathieu Daupleix3 explore les « critères d’évaluation de l’utilité sociale et de l’intérêt collectif à propos des SCIC ».

Comme encouragement à sa lecture, voici quelques idées qu’il développe dans son rapport4 :

o Pratiquer une gouvernance inclusive : apprendre à organiser équitablement la démocratie interne, à faire confiance, à partager l’information et le pouvoir.

o Développer un modèle de .coopérative apprenante” :

- un principe coopératif : 1 associé = 1 voix:

- à celui-ci correspond un principe éthique : 1 associé = 1 ensemble de compétences à partager.

o Favoriser la convivialité de l’approche commerciale, être convaincu que le .lien apporte plus que le bien”.

o Promouvoir et défendre les valeurs éthiques de la coopérative.

Pour permettre une gestion et un contrôle efficaces des SCIC, ces sociétés doivent rester à dimension humaine. Si l’une d’elles prend de l’ampleur, il est alors souhaitable de recréer le même modèle dans une autre localité. Ainsi, par essaimage, la société qui a reçu un accueil favorable de l’opinion publique (reconnaissance de l’utilité collective) peut se multiplier à travers le territoire participant ainsi :

o à l’attractivité territoriale

o au renforcement du capital social local

o à l’activité économique au sein d’un maillage territorial pertinent.

L’ESS se développe avec et pour les territoires, s’intéressant aussi bien aux villes qu’aux campagnes.

C’est une économie de proximité qui se situe entre le micro-économique et le macro-économique.

Les SCIC peuvent devenir des modèles d’exemplarité pour les entreprises du secteur privé. Par leur respect de l’éthique, de la démocratie, par leur organisation humaniste (primauté de l’homme sur le capital), les SCIC peuvent contribuer à améliorer les conditions de travail dans les entreprises et donner raison à Christophe André qui déclare que « les gens heureux sont dynamiques et s’investissent dans beaucoup d’initiatives ».

Pour l’ESS la valeur ajoutée est sociale et l’intérêt est collectif. Loin d’être une béquille du secteur public ou une bonne conscience du capitalisme, l’ESS est un laboratoire d’expérimentation pour nous permettre de changer de modèle économique, dixit le rapport de Claude Alphandéry « 50 propositions pour changer de cap » 5 . On peut y lire aussi que « la crise actuelle du capitalisme constitue une opportunité historique pour faire connaître et reconnaître l’ESS ».

L’économie dominante ne critiquerait pas aussi virulemment l’ESS si elle n’avait rien à y perdre.

D’éminentes personnalités défendent le tiers secteur. Joseph Stiglitz6 prône l’économie humaniste. Il a d’ailleurs démissionné du FMI, affirmant que cet organisme était davantage au service des capitalistes et des marchés financiers que dévolu au développement et à la recherche d’une croissance raisonnée. L’économie de marché souffre d’un manque d’éthique, au lieu de reconsidérer les modes de production, les entreprises ont parfois recours au « greenwashing » que l’on nomme également l’éco-blanchiment. La traçabilité des produits issus de l’ESS est aisée ainsi que le contrôle de leur qualité. Les petits producteurs, avec leurs produits de l’agriculture biologique, gagnent sans cesse des parts de marché. Ce qui correspond à autant de perte pour l’économie dominante et l’amélioration des conditions de travail des employés pourrait aussi faire fondre les bénéfices. C’est le combat de David contre Goliath ! Les lieutenants de cette nouvelle guerre économique affûtent leurs armes. De grandes écoles (ESSEC, HEC Paris, RMS Reims…) et des universités7 ouvrent des sections spécialisées dans l’ESS.

Pour finir, voici la définition de l’économie humaine que Jacques Généreux8 donne dans son livre sur l’introduction à l’économie : « La seule finalité légitime de l’économie est le bien-être des hommes, à commencer par celui des plus démunis. Et, par bien-être, il faut entendre la satisfaction de tous les besoins des hommes ; pas seulement ceux que comblent les consommations marchandes, mais l’ensemble des aspirations qui échappent à toute évaluation monétaire : la dignité, la paix, la sécurité, la liberté, la santé, le loisir, la qualité de l’environnement, le bien-être des générations futures, etc »

 

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Discours tragique ou discours médiateur face à la crise.

Café politique de Strasbourg 11 février 2010

 

Après l’exposé de Gérard (voir ci-dessous), le débat s’ouvre.

 

Introduction.

Le temps actuel  semble appartenir à une période messianique liée à une forme d’instabilité et de régression sociale. Les progrès technologiques ont entraîné des changements importants de mode de vie. L’affect est utilisé sous la forme maurassienne : la nation, c’est nous contre les autres. Le storytelling élabore des histoires qui mettent en scène les hommes politiques en s’appuyant sur l’émotionnel. Ainsi se fabrique une histoire officielle. L’économie elle-même est génératrice de mythe. Elle se présente comme une discipline scientifique alors qu’elle ne l’est pas, même si elle utilise des modèles mathématiques. L’argent devient une valeur de mesure absolue. Tous ces mythes se répandent très vite grâce à Internet.

Quelle est la nature de la crise que nous traversons ? Quels sont les discours qui sont proposés face à cette crise ? Peut-on imaginer d’autres voies que les discours tragiques ou médiateurs ?

 

Analyse de la crise économique.

· Cette crise est un raté de l’économie libérale imposée au  monde entier.

L’économie libérale est un concept européen historiquement Elle a débuté après la Renaissance. Elle  se présente comme un combat dont le but est de détruire l’autre et dont les représentants sont qualifiés de chevaliers de l’industrie. La conquête des marchés fait partie du même vocabulaire. Cet affrontement économique sans limite peut conduire à la ruine généralisée. La règle de l’offre et de la demande apparaît aujourd’hui plus comme une observation statistique que comme une loi.

L’échec du communisme comme alternative économique au capitalisme a accrédité l’économie libérale comme unique solution d’autant que la social-démocratie s’est elle aussi épuisée.

· Cette économie est en partie une économie virtuelle sans création de richesse.

L’évolution technologique a fait que le marché des actions est devenu virtuel. La mondialisation est technique.  Avec Internet personne ne contrôle plus personne sauf les marchés américains et européens. Les crises prennent une dimension mondiale : la grippe A, la pollution, la crise de l’eau et de l’énergie. L’économie échappe à l’action de l’Etat. Historiquement la crise financière a pris racine dans l’industrie de la finance américaine de l’époque de Reagan ( faire de l’argent à partir de rien ).

Les discours face à la crise.

· Le discours tragique et le discours médiateur se mêlent aujourd’hui en France au sommet de l’Etat.

Le discours tragique du pouvoir (inspiration maurassienne) est un discours stigmatisant. Il crie haro sur les salaires. (Ce haro peut être compris comme une opération commandée ou une manœuvre politique). Les salariés et les entrepreneurs sont au banc d’accusation : les entrepreneurs sont considérés comme trop frileux, n’investissant pas suffisamment, et trop spéculateurs.

Par ailleurs le pouvoir tient aussi un discours médiateur ( inspiration jauressienne) dans lequel il incite vigoureusement le Medef et les syndicats à négocier sinon il menace de passer par la loi en cas d’échec. Dans cette négociation il n’est pas question de la productivité du travail qui est déjà excellente en France et  du manque de productivité du capital.

 

· Ces deux discours sont en fait inconciliables.

Jaurès, porteur du discours médiateur est un anti-capitaliste social-démocrate non marxiste, reconnaissant l’existence des classes sociales.

Maurras, porteur du discours tragique, fait preuve d’un réalisme conservateur. Il rejette les classes sociales au profit d’un corporatisme vertical ( voir les corporations de défense des intérêts ouvriers par branche comme sous Franco). En 1914, Jaurès est démenti  pour sa germanophilie et Maurras confirmé alors qu’en 1929 Maurras est démenti et Jaurès confirmé.

Ces deux personnages sont deux hérétiques : chacun a choisi certains morceaux seulement du vitrail social : Jaurès le rose pas trop rouge et Maurras le bleu et le blanc. Jaurès fait figure de médiateur comme démocrate mais sans le peuple, donc désavoué, et Maurras est un théocrate agnostique sans Dieu.

 

Comment dépasser ces deux discours face à la crise ?

· Le projet gaullien peut se présenter comme une synthèse de Jaurès et de Maurras. En effet, Jaurès et Maurras se réfèrent à la même réalité sociale. Ils admettent la division sociale en maîtres et serviteurs, patrons et salariés. De Gaulle propose de créer une société où le plus grand nombre pourrait accéder au statut de maître, de propriétaire. L’intéressement et la participation permettraient l’accès aux fruits de l’économie. A l’époque, le patronat et les syndicats se sont opposés à ces idées.

Le système gaulliste avait pensé un équilibre entre le social et la libre entreprise contrairement au système anglo-saxon qui montre aujourd’hui ses faiblesses. La globalisation a cassé l’espace économique homogène des 30 Glorieuses. Les Etats-Unis sont ainsi très mal à l’aise en voyant la chute de leur production, la montée de la pauvreté, la délocalisation d’une partie de leur industrie en Chine. La solution serait de tenter de recréer des zones économiques homogènes pour recréer de l’emploi et augmenter les salaires.

 

· L’égalité serait un mythe qui transcenderait les discours sur la crise et permettrait de sortir de la dialectique du maître et de l’esclave ( dialectique hégélienne dans laquelle les deux acteurs sont finalement perdants). Dans le discours sarkoziste aujourd’hui, il faut remarquer qu’il s’agit surtout d’ajustements en fonction des événements sans proposition d’une pensée structurée et d’une vision transcendantale. Remarquons, à propos d’égalité, que l’UE comprend actuellement 85 millions de personnes sur 500 millions sous le seuil de pauvreté  c’est-à-dire ayant un revenu inférieur à 60% du revenu médian du pays d’origine.

 

· Une alternative à la crise pourrait être l’économie sociale et solidaire.

Les sociétés coopératives de production représentent 11% des emplois en Alsace. Certaines entreprises en faillite sont reprises par les salariés qui perçoivent alors 50% des bénéfices en cas de plus-value. Elles ne sont plus délocalisables, tout en dépendant du marché libéral.

 

Conclusion     

Il reste que nous sommes pris dans des discours tellement efficaces qu’il nous paraît impensable de se défaire du pouvoir absolu des marchés financiers. On peut se demander pourquoi la force d’un tel mythe ? La question concrète reste posée de savoir comment mettre réellement fin aux paradis fiscaux qui semblent être les refuges de cette économie virtuelle spéculative. La démocratie a-t-elle les moyens de permettre aux citoyens de comprendre tous les rouages de cette économie complexe pour les aider à décider en connaissance de cause du modèle économique et social qui leur conviendrait majoritairement ?

* * * * * * * * * * * *

Discours tragique ou médiateur face à la crise ?

Par Gérard

Introduction

1- La mise en péril d’une construction solidaire en période de crise

a)- L’intérêt particulier en vient à primer l’intérêt général, on fait valoir sa loi particulière, son privilège.

 

. Mélanger la chose publique et privée, pour céder du service public au privé, et tout livrer au marché même les affaires humaines.

 

. Accepter l’altération progressive d’un idéal de vie en commun, ce qui peut préparer un comportement de servilité voire même le totalitarisme :

. Privilégier une société de l’avidité même au prix d’une fracture sociale, pour aller vers la marchandisation de l’homme dont le seul lien avec la société sera le débit-crédit.

 

. Accepter le désengagement et l’encouragement au refus de l’obligation de servir le bien public.

. Préparer à l’esprit servile et faire préférer la force, la loi naturelle,  sur la loi humaine.

 

b)- Mettre en péril les valeurs acquises de longtemps :

 

. Valeurs acquises par une mythologisation de l’Histoire, la société a intégré des mythes, ces paroles qui disent la vérité et traduisent une conception de la finalité de l’Homme, une finalité transcendantale qui détermine les valeurs. Une capacité de chacun à capter ces valeurs, qui pourra dire qu’il « est » mais aussi qu’il « existe » dans un ensemble humain.

 

. Dialectiquement, les mythes créés s’incarnent ou se réincarnent dans l’Histoire (retour de mythes grecs, des mythes fondateurs de la collectivité…). Ce sont donc deux visages du temps  qui s’articulent :

 . L’un atemporel et matriciel (récurrence périodique, de ces constructions symboliques)

 . L’autre temporel et événementiel

Notre société, notre civilisation vit pour autant qu’elle agit en fonction de ces valeurs, de ces invariants, et lorsqu’elle incarne tous ces mythes elle est à son apogée, sinon il y a perte de racine et désintégration.

 

Et le risque est grand d’un repli et d’une défense identitaires, avec un morcellement de la conscience collective et la perte du sens de la solidarité et de l’Humanité.

 

2- Mais la question  se pose de savoir si la désintégration procède d’une perte normale de valeurs à réactiver ou est liée à un effondrement relatif de l’économie.

 

a)- La crise économique des années 30 avait débouché sur des réponses politiques nationales très différentes :

. Nazisme en Allemagne

. New Deal aux USA

. Front populaire en France

. etc…

Cependant la crise économique des années 70 et 98 ont conduit à un retour du néolibéralisme (sauf l’exception incongrue de l’arrivée du socialisme en France en 1981 !!) et à une casse en règle des identités collectives sur fond de revanche sociale, avec quatre nouveaux mythes éloignés de la solidarité collective: Déréglementation, privatisation, baisse des impôts, et libre-échanges.

b)- On pourrait croire qu’on aurait dû rechercher des valeurs de médiation pour préserver le lien social et la communauté de destin, mais on a préféré, comme cédant à une fatalité économique, renvoyer  chacun à sa « débrouille individuelle ».

Et comme il est plus facile de laisser filer la loi naturelle économique oppressive que de réaliser la justice, on a choisi de raviver des valeurs tragiques et stigmatisantes de l’Histoire qui ne sont peut-être pas les bonnes valeurs à incarner pour pérenniser notre civilisation.

 

I- Les références au sens tragique de l’histoire

. Les ressorts de l’émotion, de la peur et de l’exclusion

 . Prêcher la Revanche (Allemagne Rome et Carthage)

 . Rappeler le souvenir (Alsace Lorraine, y penser toujours)

 . Appeler au sacrifice (Verdun, Résistance Guy Môquet, Vercors)

 . Alerter sur l’amorce d’une décadence (Pétain 1918, Sarkozy 1968)

. Appel direct au citoyen, en dehors du collectif et de la représentation

 . Péjorer le collectif pour lui substituer l’énergie humaine de l’individualisme du moi (discours Poligny effort individuel pour ne plus être au RSA).

 . Alerter sur la menace de mort et de dissolution du moi, qu’il importe d’enraciner (appel au sacrifice pour salaire et pouvoir d’achat):

  . Dans la terre des ancêtres

  . Dans la Province natale et la Patrie

  . Dans la vie qui particularise

  . Dans un nationalisme effectif et contagieux

. Honnir le régime parlementaire :

. Avec sa Raison qui généralise, par son volontarisme, universalisme, et ses principes absolus et abstraits.

. Avec ses représentants corrompus qui installent la défaite et la mort.

 

. Flatter le sentiment national :

 . Fondé par le déterminisme, le particularisme et le relativisme concret.

  . Fondé en Raison, mais pas la Raison individuelle, logique de l’intérêt national, et hiérarchique-instinctif derrière le Roi.

. Favoriser les clivages sociaux :

.Générations, nationalités, religions, salariés du privé contre fonctionnaires….)

. Mise en concurrence, augmentation des cadences et pression à la baisse des salaires dans la mondialisation, l’idée de marché est naturelle et désactive les catégories populaires.

. Passer de la solidarité collective à la charité publique, pour que chacun soit en débit par rapport à la société, ceux qui sont en crédit payent pour les autres.

. Ethniciser les rapports sociaux, aviver la guerre de civilisation, pour faire naître la peur de l’étranger, de l’extérieur (aubaine du 11 septembre 2001 aux USA).

. Faire craindre que la démocratie s’il elle confie le pouvoir politique à des représentants peu soucieux du droit de propriété soit tentée de démultiplier les politiques redistributives et les distorsions positives de toutes sortes (bouclier fiscal mais pas social).

Cette option se fonde sans logique sur des déterminismes de territoire, d’Histoire et de nécessités antérieures, et évidemment porte à exclure ceux qui ne justifieraient pas de cette légitimité historique et terrienne censitaire qui seule peut donner la nationalité.

De plus, en stigmatisant la représentation nationale ou en réduisant ses pouvoirs, un sauveur peut s’instituer par appel direct au peuple contre un ennemi qu’il a lui-même créé (Hitler pour le compte de Thyssen).

 

II- Les voies de la médiation

II-1 Selon Jaurès

 

. Eloignement de tout sens tragique de l’Histoire

. Affirmer que la révolution sociale serait moins une conséquence de l‘évolution économique, qu’une exigence éternelle de la Raison et de la conscience humaine, sans déterminisme.

. Montrer un néo-platonicien de type Jaurès, pour qui rien ne fait le mal !!

. Jaurès est contre l’invention d’un nouveau déterminisme messianique de la classe ouvrière

. Contre les a priori d’une pensée qui modifierait le réel ; le prolétariat n’est ni débile ni ne sera une avant-garde.

 . Contre l‘abdication du pouvoir de l’intelligence face au spontanéisme de la violence ouvrière. Il préfère les actes de libération individuelle par la foi, par exemple.

 

 . Contre le fétichisme de la classe ouvrière, car ce serait créer une nouvelle bureaucratie avec un parti communiste à sa tête.

Le prolétariat ne sera jamais une classe élue, ni une classe élective, Jaurès veut réconcilier le peuple et la Nation avec la bourgeoisie libérale.

 

Les difficultés sont à régler de façon concrète avec volontarisme et universalisme et sans exclusion, pour permettre à quiconque d’adhérer et de proposer son énergie contributive.

Il faut dépassionner la crise et l’accès aux ressources que l’on peut redistribuer, sinon pour l’égalitarisation du moins pour réduire les fractures.

La stigmatisation est inutile, qu’elle soit économique, politique  ou raciale     même s’il est plus facile d’opprimer que de réaliser la justice, et la médiation jauressienne sera plus difficile à préserver que la stigmatisation conduite sous le couvert d’un nationalisme tragique..

 

II-2 Autre mode de médiation, la démocratie économique et sociale :

.  Convertir par manipulation la possible colère des laissés pour compte en une panique identitaire, à l’aide des médias, pour que cela provoque une demande de loi et d’ordre et non pas d’avenir économique (faire accepter leur sort aux démunis, par fausse conscience)

. Faire changer l’opinion pour que le radicalisme libéral ne  soit plus un idéal qui éveille et mobilise les foules lors des élections, car le capitalisme ne promet pas d’éliminer la pauvreté, le racisme, ni la guerre comme le socialisme.

. Rétablir les instruments de régulation d’Etat ou supranational, qui permettraient de gérer les effets sociaux des bouleversements économiques, au détriment de l’idéologie de marché sans entraves.

. Maintenir les transferts sociaux (sécurité sociale, RSA…), à 30 % du PNB et non viser leur retour à 4 % du PNB comme dans les années 20. Cela peut éviter le marasme par octroi fordiste de pouvoir d’achat.

. Eviter que l’économie mondiale et nationale, puissent se passer des plus pauvres à l’intérieur du pays pourvu qu’une  une frange de consommateurs suffise. Le traitement des exclus serait à envisager, 35 millions de précaires en Europe, pour qui on pourrait imaginer des solutions finales !!.

 

La véritable médiation doit permettre de sortir de cet âge des extrêmes, où l’homme abandonne le volontarisme politique, pour « laisser faire » les lois naturelles de l’économie, et céder aux déterminismes sociaux et raciaux, tout en suscitant l’émotion, l’exclusion et la violence tragique.

 

La démocratie économique et sociale « par » et « pour » le peuple peut autoriser l’accès au consensus, et l’autorité publique seule peut contrer les tendances à l’inégalité de temps de crise. La question est moins du comment démultiplier les richesses que comment les distribuer au bénéfice des habitants, et cela n’est pas le rôle du marché. Se priver de le faire en scénarisant l’exclusion tragique serait criminel

 

L’idéologie libérale croit encore en une économie dans laquelle les ressources seraient entièrement allouées par un marché sans restriction aucune et dans des conditions de concurrence illimitée, pour un maximum de production de biens et services, et évidemment un maximum de bonheur pour tous dans une société libre !!

 

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Comment faire pour que l’Europe intéresse ses citoyens

Constat :

1. Tout ce qui est lié à l’UE n’intéresse pas grand public.

· par la complexité des sujets (selon le témoignage de Thomas Christiansen, intervenant auprès des collaborateurs de la Commission européenne, même ceux qui sont dans l’institution ne connaissent pas bien son fonctionnement) ;

· par la manière « pas sexy » dont l’Europe est présentée (les journalistes français ne veulent pas médiatiser les sujets européens, car cela n’intéresse pas – selon eux – leur public.

· les valeurs à l’origine de la construction européenne ne parlent plus à la génération née après la 2nde guerre mondiale et encore moins à celle née après la guerre froide.

2. Les responsables de Bruxelles et le gouvernement national français s’accusent mutuellement dans l’échec de la campagne de communication avant le referendum constitutionnel en 2005, ainsi bien que dans l’échec d’augmenter le taux de vote aux élections européennes.

Malheureusement, nous n’entendons parler de l’Europe dans les médias français qu’avant les élections européennes dans le but d’amener citoyens aux urnes.

Hors, les efforts de communication « européenne » doivent être constante.

Tous ce qui est lié à l’Union Européenne, nécessite une démarche de pédagogie durable et de vulgarisation des sujets afin de sensibiliser la plus large public.

Intérêts et enjeux

La France est un pays fondateurs de l’UE et celui qui y dispose un pouvoir décisionnel important. Economiquement et politiquement la France bénéficie plus du fait d’être dans l’UE qu’elle en perd.

La France accueille les institutions européennes. Strasbourg porte son titre de la capitale européenne. la ville accueille le Parlement européen, le Conseil de l’Europe (qui n’est pas l’institution de l’UE, mais l’institution – gardienne de la démocratie, de la suprématie de la loi et des droits de l’homme dans l’Europe de 47 pays), ainsi bien que l’Eurocor, l’Ombudsman – Médiateur européen, l’Assemblées des régions européennes. La présence d’institutions telles que la Pharmacopée et l’Euroscience font de Strasbourg un centre de recherche et d’innovation (par exemple en biotechnologies).

Le cas de Strasbourg : comment la ville fait-elle pour communiquer l’Europe auprès des citoyens

Strasbourg, qui abritent les institutions européennes depuis des décennies, mais qui est aussi partage le même fleuve avec la ville allemande, ferrait bien cette pédagogie « européenne » par des choses très concrètes de la vie quotidien de ces citoyens. La ville ayant le statut de la capitale européenne peut mieux expliquer et mieux communiquer « l’Europe » - « l’Europe de Strasbourg » - auprès de ces citoyens.

Daniel Riot, journaliste, intellectuel et militant de la cause européenne à Strasbourg et à la Région, distingue bien la notion de « l’Europe à Strasbourg » de celle de « l’Europe de Strasbourg »1. Cette dernière est une notion de proximité, avec la participation des acteurs de la vie économique, académique et culturelle, de tous les citoyens dans la construction européenne et dans les actions des institutions européennes à Strasbourg.

La nouvelle approche officielle de la municipalité est celle de la construction d’une véritable maison de la démocratie européenne à partir du bâtiment du Parlement européen à Strasbourg. C'est à dire, d’une vrai démocratie de la proximité, démocratie pour et avec les citoyens. Ce motif symbolique se traduit concrètement par l’engagement des citoyens aux débats, aux échanges d’idées, des propos sur les aspects généraux et les projets très concrets à l’échelle locale de la coopération transfrontalière.

Les résidents de Strasbourg et de la région vivent dans une dimension transfrontalière. Ils sont les porteurs de cette notion de « citoyenneté européenne », multiculturelle, bilingue, capable de fédérer les initiatives sur des projets transfrontaliers à des différentes échelles (associative, économique, politique...).

Le Cercle Relatio - Europe avait lancé le Pacte européen local2 avec des propositions suivantes :

o La défense de Strasbourg, capitale démocratique de l’Europe,

o Le rayonnement européen de la métropole alsacienne,

o Le développement de l’Eurodistrict,

o L’européanisation de la vie strasbourgeoise.

Dans une démarche de sensibilisation et de pédagogie sur les questions européennes, la municipalité de Strasbourg utilise plusieurs espaces publicitaires comme la presse, l’Internet, le cinéma, les salons, les événements et les médias de terrain. Les dirigeants de la ville ont compris qu’il est nécessaire d’assurer plus de visibilité des manifestations européennes à Strasbourg et aux alentours. Il faut poursuivre davantage les efforts de la « communication européenne », valoriser la présence des européens en ville, communiquer et valoriser les avantages des échanges dû à cette présence, au travers :

· D’activités culturelles, concerts, expositions,

· De manifestations touristiques et économiques,

· De rencontres des chefs d’entreprises pour le tourisme, le commerce, les installations…etc.

Les européens aux marchés de Noël

Le coté sympathique et ludique des marchés de Noël chaque année sont une occasion, saisie par la ville, pour inviter les nouveaux pays-membres de l’UE, un après l’autre, à se présenter aux strasbourgeois et aux visiteurs de la ville.

Les opérations annuelles de portes-ouvertes

Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ouvrent leurs portes à tous les citoyens pendant une journée au mois de mai. La ville propose des visites guidées à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur ces institutions ainsi que d’autres animations autour de ce sujet, dans le cadre de la Fête de l’Europe. Cette année, lors de la manifestation du 16 mai, la journée a couplé la visite du Conseil de l’Europe avec la Nuit des musées.

La fête de l’Europe

La fête de l’Europe englobe de nombreuses manifestations. En mai 2009 elle durait 2 semaines :

· Les marches dans les rues et animations des jeunes volontaires des associations qui œuvrent pour la cause européenne,

· Les enfants qui érigent la maison symbolique de l’Europe en brique de tetra-pack sur la place Kleber,

· Les concerts, les concours, les activités sportives…etc.

L’ensemble des manifestations s’est achevé par le pique-nique européen au Jardin Entre Deux Rives. Tandis que les élus de l’Eurodistrict Strasbourg - Ortenau prononçaient un serment solennel dans le Jardin Entre Deux Rives, deux événements en ce même lieu visaient le tout public : le pique-nique européen, avec les spécialités culinaires des pays européens, et la Fête du vélo de l’Eurodistrict. Les animations festives et familiales à la clôture de la Fête de l’Europe permettent de joindre l’utile à l’agréable. Car les animateurs aux stands d’information sur les activités des instituions européennes et les associations qui œuvrent pour l’Europe sont également sur place pour parler de l’Europe de Strasbourg.

L’Eurodistrict Strasbourg - Ortenau

Créé en 2005, ce territoire européen3 au statut particulier vise à construire et communiquer l’Europe d’une manière appliquée à l’échelle locale. Avec un statut juridique de « Groupement Européen de Coopération Territoriale » (GECT) depuis mars dernier, l’Eurodistrict détient la clé en main pour la réalisation de différents projets :

· Rapprochement entre les hôpitaux universitaires de Strasbourg et le Centre d’épilepsie de Kork,

· Véhicules d’urgence allemands circulant dans l’agglomération strasbourgeoise avec la même priorité que les ambulances locales,

· Depuis le 1er janvier 2009, les résidents français de l’Ortenaukreis peuvent effectuer leur demande de papiers d’identité auprès de la mairie de Strasbourg et non plus à Munich, auprès du Consulat de France.

· Le tram de Strasbourg se prolongera jusqu’à Kehl et deviendra d’ailleurs tram - train,

· L’accord d’apprentissage qui garantie aux étudiants la reconnaissance de leur diplôme et leur permet de choisir de quel coté du Rhin effectuer cet apprentissage.

La mutualisation des services et du matériel en France et en Allemagne, facilitation d’accès aux services de deux cotés - français et allemand - du territoire. Un beau projet qui mérite la reconnaissance. Ici, la dimension européenne de Strasbourg se traduit par la satisfaction des besoins au quotidien des gens vivants sur le même territoire de deux coté du Rhin. Ceci à travers des projets très concrets dans des domaines différents de la vie quotidienne des citoyens. L’intérêt et la participation des commerçants et d’autres groupes économiques est un enjeu.

Les médiathèques et les bibliothèques de Strasbourg

Ce sont des lieux qui rassemblent les citoyens ouverts d’esprit et un bon endroit pour communiquer à propos l’Europe dans les masses. Les expositions sur l’Europe dans les bibliothèques municipales ont fait partie de l’ensemble des actions de la Fête de l’Europe.

Les discours universitaires et débats publiques

Les débats sont régulièrement organisés dans les cercles de réflexions, au milieu universitaire, impliquant d’habitude les étudiants en Sciences-Po ou en hautes études européennes. Tout en laissant de coté la catégorie potentiellement intéressante pour la construction de ce projet : les écoles de commerces, des arts appliqués, de médecine restent encore à l’écart. Toutefois, c’est le vrai sens de la coopération envisagée, les projets très concrets. Les personnes mentionnées ici, les étudiants, sont les acteurs de la vie économique, sociale et culturelle du district de demain et pour la réussite de l’Eurodistrict il faut susciter leur intérêt dès maintenant.

Media et autres moyens de communications

Le site web

Avec une image du bâtiment du Parlement européen et les bannières sur les événements à dimension européenne, les rubriques sur les actualités des institutions européennes…etc. Le site renouvelé de la ville de Strasbourg est lancé en 2009 .

Strasbourg Magazine

Edité par le Service des relations européennes et internationales, ce magazine parle des projets et des actions de la municipalité.

Les médias

La presse quotidienne nationale et régionale, les chaines télé et radio pouvaient consacrer les rubriques à l’explication des sujets européennes, à l’instar de l’émission de l’ARTE « Au-dessous des cartes » qui vulgarise les sujets géopolitique les plus complexes.

Propositions 

Quelques propositions pour améliorer la « communication européenne » à Strasbourg :

1. Marquer les grandes fêtes des autres pays membres du Conseil de l’Europe. Par exemple en organisant des expositions, des dégustations culinaires, des animations dans les marchés grand espace ou par les événements sportifs (équipe du Racing en tee-shirt du 60ème anniversaire du Conseil de l’Europe).

2. Nommer les stations de tram en hommage à des événements ou à des personnalités européens4.

3. Communiquer sur l’Europe plus dans les titres de PQR, notamment dans le DNA. Pourquoi pas une rubrique régulière avec un style bien lisible, simplifié et humoristique…etc.

4. Être plus présent dans le milieu étudiant plus large, hors Sciences - Po et Etudes européennes. Communiquer et intégrer plus les écoles de commerce, des arts… etc.

5. Mettre en place des messages plus personnalisés de la mairie et sous un angle plus « positif » sur les événements à dimensions européenne et internationale5 à Strasbourg.

6. Négocier le financement du Musée de l’Europe dans le prochain « contrat triennal » en aménageant une exposition interactive et animée au centre ville (à l’instar du musée Tomi Ungerer) :

1. avec des salles thématiques sur la construction européenne (comme les expositions interactives de différents chantiers immobiliers),

2. sur chaque institution (PE, Conseil de l’Europe, Pharmacopée, Euroscience),

3. avec discours, rencontres intéressants entre la municipalité de Strasbourg avec les élus et fonctionnaires européennes, propos et projets en communs

4. avec des explications de l’impact des décisions européennes sur la vie locale de Strasbourg et alentours.

Dans la communication de « l’Europe de Strasbourg » aux strasbourgeois, il est nécessaire de bien s’interroger comment pouvons-nous sortir du cadre élitiste de cette communication. L’information se propage dans certains cercles et ne touche pas d’une manière efficace une cible plus large, celle de la majorité des résidents de Strasbourg.

Actions et initiatives de la citoyenneté active

Associations

De nombreuses associations représentent la citoyenneté active. Elles contribuent aux débats actuels et organisent des manifestations très diverses en ville.

La municipalité de Strasbourg s’est impliquée dans le dialogue avec les associations, les leaders d’opinion, les personnalités importantes de la ville au sujet des derniers propos « anti-Strasbourg » afin d’élaborer en réponse le discours officiel.

L’Association Parlementaire Européenne (APE)6, par exemple, poursuit un objectif de rencontres entre les représentants de la sphère politique et des représentants de la vie sociale, politique et économique. D’autre part - ce qui est très important - cela permet de mieux informer sur des sujets d’actualité en matière européenne. L’ensemble de ces actions vise à renforcer l’identité européenne de la ville de Strasbourg.

Les « Diners dans les familles » sont des moments de convivialités, organisés dans le but de rapprocher les élus européens et les strasbourgeois. Ainsi, chaque membre inscrit à l’AOE peut inviter un député européen à dîner chez lui.

Le Mouvement Européen d’Alsace propose lui aussi des événements différents, des rencontres publiques, des moments conviviaux pour approfondir les connaissances et promouvoir l’identité européenne d’Alsace.

Le Cercle de la Cathédrale est une association ayant pour but d’affirmer le positionnement européen de Strasbourg. Les rencontres - débats à l’Hôtel de la Cathédrale rassemble les acteurs de la vie économique, culturelle et intellectuelle, avec la participation du maire de Strasbourg ainsi que d’autre personnalités politiques. Les débats CUS et de l’Eurodistrict.

Le Cercle Relatio-Europe est une association regroupant la société des contributeurs et des lecteurs de Relatio, un cyberjournal européen, et un cercle de réflexion, un laboratoire aux idées. Ce cercle se veut trans-politique, interdisciplinaire et trans-générationnel, en coopération avec les autres organisations et institutions pour le renforcement d’un Strasbourg européen et pour l’Europe des citoyens à Strasbourgs.

Le Café Babel est aussi une association et un magazine en ligne. L’équipe du Café Babel de Strasbourg organise des cafés - débats et d’autres rencontres, comme celle avec les têtes de listes aux élections européennes 2009.

Le collectif d’associations locales « Strasbourg – Europe », créé en décembre 2008, regroupe près de 30 associations locales, régionales et transfrontalières qui travaillent pour la cause européenne et pour le rayonnement de cette dimension à Strasbourg et aux alentours, pour l’Eurodistrict franco - allemand Strasbourg - Ortenau. Européaniser davantage Strasbourg, l'Eurodistrict et la région rhénane, renforcer Strasbourg dans sa mission de « capitale démocratique de l'Europe » comptent parmi les objectifs de ce collectif7.

Défense de « Strasbourg européenne » et lobbysme

Au sein du Parlement européen particulièrement, ce sont les groupes de lobby qui défendent le siège à Strasbourg (cf. Partie I sur la « Bataille des sièges ») : One City ; Pour la démocratie européenne

Conclusions

Non seulement les politiques doivent assurer la mission de communiquer l’Europe auprès des citoyens. Malheureusement, pour beaucoup d’entre eux l’Europe n’est pas une priorité. Or, pour certains l’élection au Parlement européen peut être même perçu comme un exile. Toutefois, la France compte aussi de ses politiques fidèle à la cause européenne, qui démontrent un travail de qualité et avec toute implication au niveau des institutions européennes.

La France bénéficie de l’Europe et a un rôle important à jouer dans son évolution, notamment dans la construction de l’Europe de la défense et dans le projet de l’Europe politique.

Les journalistes portent une grande partie de la responsabilité dans la communication « européenne » en France. Les intellectuels, les citoyens actifs auraient leur rôle important dans ce chantier de sensibilisation. Les cercles de réflexions, les associations sont important dans la communication de « l’Europe ».

Le projet européen ne peut pas aboutir sans identité, l’identité européenne. Il ne pourra pas aboutir sans idéologie et sans valeurs. Nous devrons en cristalliser d’autres, que celles d’après-guerre, les valeurs parlant à la nouvelle génération des européens qui ne la connaissent pas.

Communiquer  « l’Europe» et accompagner chaque effort de pédagogie, de rendre l’Europe plus visible et compréhensible pour chaque résident. La stratégie de communication est de valoriser les actions de l’Europe dans chaque sphère très concrète de la vie des citoyens. Dans le cas de Strasbourg, par exemple, à travers des projets concrets de la vie quotidienne de la ville et de ses alentours, notamment par la mise en place de l’Eurodistrict, un instrument légal qui vise à simplifier les procédures et l’accès aux services de résidents transfrontaliers.

La sensibilisation du grand public par des manifestations visibles, comme les événements culturels, sportifs…etc. Vulgarisation de sujets européens : il sera difficile de faire avance le projet européen sans soutien le plus large des citoyens. Le projet européen n’est plus une affaire réservée aux élites.

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CAFE POLITIQUE 22 DECEMBRE 2009

COMMENT INTERESSER LES CITOYENS A L’EUROPE ?

Après l’intervention d’Ivanna sur le thème du jour, le débat s’ouvre.

 

Pourquoi si peu d’intérêt en France pour l’Europe ?

7. Les hommes politiques français sont souvent peu motivés par l’Europe et ont souvent tendance à charger l’Europe de tous les maux. Certaines directives européennes sont même méconnues par eux. Beaucoup de parlementaires n’apprécient pas de venir siéger au Parlement de Strasbourg.

8. L’Europe concerne peu le citoyen européen de manière concrète. Le citoyen européen, en fait, n’existe pas. Dès lors, comment intéresser un citoyen qui n’existe pas ? Analysons les différentes catégories de la population française pour voir si l’Europe répond à ses préoccupations : sur 100 français, 55 ne travaillent pas dont 25 sont des jeunes. La préoccupation directe des jeunes, ce sont les études peu prises en compte par l’Europe. Pour les personnes âgées, c’est la retraite et ce sont les loisirs. L’Europe ne répond pas à ces demandes sauf en ce qui concerne la liberté de circuler et la facilité que donne l’euro. Les chômeurs en recherche d’emploi ne se sentent pas davantage considérés ainsi que les femmes au foyer, les curés, les prostituées, les prisonniers…Sur les 45 français sur 100 qui travaillent, 10 sont des fonctionnaires dont les préoccupations essentielles sont les émoluments et la protection sociale pour lesquelles l’Europe ne joue aucun rôle, 30 sont des salariés du privé qui s’intéressent à leurs conditions de travail, leurs salaires et leur protection sociale. L’Europe ne répond pas davantage à ces attentes. Restent 5 % de travailleurs indépendants comme les chefs d’entreprise, artisans, agriculteurs, professions libérales, concernés par les réglementations européennes, les financements et les subventions de l’UE. Si on ajoute à ces 5% les élus et les hauts fonctionnaires, l’Europe intéresse entre 5 et 10% de la population française.

9. L’Europe présente un déficit symbolique. On ne vit pas que de concret. Les symboles font avancer les humains. L’Europe manque de mythe fondateur, de fierté européenne, de valeurs communes. L’anglais risque de devenir la langue commune européenne. Il faut cependant préciser que la citoyenneté européenne existe de fait : il est possible de s’installer dans un autre pays européen que la France. Un médecin peut exercer des deux côtés de la frontière rhénane. Le programme Erasmus permet aux étudiants d’étudier dans un autre pays européen que le leur.

10. Pour adhérer à l’Europe, il faudrait ::

1. Produire des biens naturels et métaphysiques.

2. Une histoire avec des mythes et des martyrs

3. Trouver une altérité (la Turquie par exemple) de la même manière que le nationalisme français s’était constitué contre l’Allemagne…

4. Faire le tour d’Europe par deux enfants comme existait le Tour de France par deux enfants.

5. Avoir une langue commune pour fédérer.

6. Dénoncer le principe selon lequel l’Europe est trop jeune pour qu’on y adhère.

11. Le temps médiatique consacré à l’Europe est trop restreint. Pour exemple, voir le temps consacré par la presse française à la maladie de Johny Halliday.

12. Le système de santé européen va dans le mur. 97% des dépenses vont au curatif contre seulement 3% au préventif. Les dépenses de santé représentent 200milliards d’euros par an et progressent chaque année. L’Europe des Etats reste à faire, l’Europe climatique est un échec, l’Europe sociale n’a pas uniformisé les systèmes de santé.

13. Quand on assiste au dépouillement des élections européennes au Parlement de Strasbourg, il n’est possible que de visualiser les résultats nationaux, ce qui n’incite pas à la prise de conscience d’une citoyenneté européenne.

14. Un citoyen participe à une communauté : il a des droits et des devoirs. Cela n’est pas vrai pour la citoyenneté européenne. Le passeport européen est un support de administratif formel. Il faudrait fonder la citoyenneté européenne sur une histoire commune de l’Europe. La tentative de créer un manuel d’histoire franco-allemande se résume pour l’instant à mettre en vis-à-vis une page allemande et une page française pour la même période.

Il existe pourtant des éléments motivants pour les français d’appartenir à l’Europe.

Aspects motivants de l’Europe pour le citoyen français :

· L’Europe fait beaucoup pour protéger les femmes de la violence ( Conseil de l’Europe), pour défendre les droits des enfants, les libertés.

· L’Europe propose des brevets de propriété et des fichiers unifiés.

· Dans le cadre de l’Eurodistrict de l’Ortenau, il existe un scanner commun transfrontalier. Le directeur de l’ARS travaille beaucoup à faire connaître cette initiative. L’Ortenau est un modèle à diffuser dans les autres pays européens, capable de favoriser l’Europe des citoyens.

· Il existe une Europe des régions dont le siège est à Strasbourg.

· Le jardin des 2 rives près du Rhin, à Strasbourg, a permis à de nombreuses personnes de traverser la passerelle entre la France et l’Allemagne.

· Un mouvement existe depuis de nombreuses années pour promouvoir une éducation bilingue précoce et ce, malgré un soutien mitigé des institutions alsaciennes.

· Il y a de plus en plus de couples binationaux.

· De nombreuses offres d’emploi demandent le bilinguisme.

· L’Europe joue un rôle de contre-pouvoir politique en France : en particulier en ce qui concerne les lois Adopi et Edwige.

Propositions et actions en faveur de l’Europe.

· Une association citoyenne, le Cercle de la Cathédrale à Strasbourg, se propose de faire aimer l’Europe aux européens. Elle participe au projet de présentation de l’Europe à l’exposition universelle qui doit se tenir à Shanghaï. Cette association souhaiterait la création d’un espace derrière le Hilton pour que chaque pays européen finance un pavillon, présente sa culture, ses brevets, ses productions industrielles et organise des fêtes nationales.

· Ce serait intéressant de créer un Europascope sur le modèle du Futuroscope par exemple.

· La ville de Strasbourg pourrait créer une Maison de l’Europe.

CONCLUSION

Pour développer la démocratie, il conviendrait que l’Europe parle d’une seule voix. Sa force serait de se positionner face à la Chine, l’Inde et les Etats-Unis.

Les décisions européennes n’ont pas une importance secondaire. Il existe une Europe des régions face aux identités nationales et un espoir de retrouver une diversité commune européenne. En ce qui concerne une armée européenne, la France défend une Europe de la défense. L’armée européenne pourrait intervenir dans les points de tension du monde dans un rôle humanitaire et de soutien.

Toutes les propositions concrètes pour faire connaître l’Europe sont les bienvenues pour arriver à parler d’Europe sans préjugés et multiplier les projets d’échanges culturels.

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Contribution au thème, « Comment intéresser davantage les citoyens à l’Europe ? »

· Faire adhérer à une nation européenne qui donnerait automatiquement la citoyenneté.

. Soit par la production de biens matériels, la protection de la zone Euro ou la normalisation et standardisation des marchandises….mais aussi par la production de biens symboliques ou métaphysiques, comme la référence chrétienne de l’Europe ou la légende des couples franco-allemands…

 

. Affirmer une doctrine d’appartenance européenne même en s’inspirant de la nôtre, Montesquieu (séparation des pouvoirs) + le marché (acte unique) et Renan + les biens matériels.

 

· Un programme d’éducation pour faire adhérer à un projet

. Constituer une histoire, un storytelling européen, avec ses mythes et ses martyrs que nous devrions remettre en scène de manière périodique sous forme de commémoration, mémoires et légendes. N’oublions pas que J Paul II avait commencé à instruire le procès en béatification de Robert Schumann !!

. Développer le sens des valeurs partagées, comme les valeurs chrétiennes de l’Europe, le goût du sacrifice (accepter de payer un impôt européen sans chèque en retour), toutes démarches volontaires hors de tout fondement ethnique automatique.

. Trouver une altérité à l’Europe, un ennemi commun comme la Turquie ou l’Afghanistan ; La nation française s’est affirmée contre l‘Angleterre et la Prusse entre autres. On ne se construit bien qu’en s’opposant aux autres !!

. Instituer sous forme de 10 commandements le traité de Lisbonne, pour en souligner la volonté politique en filigrane.

. Instituer un tour d’Europe par deux enfants, des images fortes pour incarner l’espace où peuvent se greffer les valeurs européennes, comme « le tour de France par deux enfants »d’Erckmann et Chatrian qui a aidé à fonder la symbolique républicaine succédant à la Royauté.

. Mettre un peu d’émotion et pas seulement de la raison, pour faire un vrai projet européen dont la communication ne serait pas centrée qu’autour d’éléments culturels, de mouvements associatifs et de fêtes de l’Europe fussent- elles sur une passerelle prestigieuse et symbolique entre deux rives.

3-La citoyenneté européenne

. Voter pour élire nos représentants avec un programme européen, comme la protection sociale, les échanges culturels scolaires ou professionnels, afin d’éradiquer ce sentiment de déficit démocratique.

. Ne pas hésiter à parler des résultats des élections dans tous les pays en temps réel, pour aider à constituer une opinion européenne. Faut politiser de façon européenne et non plus rester centrés sur nos partis politiques nationaux.

. Développer une société politique européenne, en faisant que des représentants échappent à leur territorialité d’appartenance.

. Développer la souveraineté européenne, afin de prévenir toute action juridique nationale comme celle du tribunal fédéral d’Allemagne qui a souhaité faire entériner des dispositions européennes par le Bundestag, sous prétexte que les contrôles démocratiques y sont plus rigoureux qu’à Bruxelles.

· Faire connaître les éléments objectifs d’une nation européenne naissante

. Bien insister sur la notion d’Euro qui doit être un levier d’identification commun, la monnaie a souvent identifié une nation (L’Euro doit être vu comme une innovation financière, un intermédiaire d’échange et une réserve de valeurs européenne).

. Faire connaître tous les instituts et leur rôle dans la politique économique européenne (SME, les divers pactes de stabilisation, une théorie monétaire et budgétaire européenne…)

. Faire connaître les efforts pour définir un modèle social cohérent.

. Faire savoir que la frontière a été reculée du Rhin au Danube, voire à l’Oder. Et surtout bien faire sentir que les frontières sont dans les têtes !!

. Accepter d’aller vers plus de subsidiarité et d’intégration, pour limiter l’activité en doublon de chaque Etat.

. Trouver une langue européenne commune pour occuper l’espace politique européen et mieux contrôler l’œuvre de l’Europe, la langue est un élément fédérateur surtout dans un Etat fédéral !! N’oublions pas que la pratique de la langue française fût tout à la fois un facteur d’intégration et d’ascension sociale pour les habitants de province. A défaut nous devrons nous astreindre au multilinguisme forcené !!

Nous avons déjà la figure européenne d’Elias Caneti, né sur le Danube, parlant le bulgare, l’espagnol, l’arabe et même l’hébreux….on croit à tort que l’Europe centrale, après la chute du mur de Berlin, a rejoint l’Europe, mais en fait elle ne l’a jamais quittée.

5- Créer le sentiment d’appartenance un Empire

. L’Empire comme une unité d’appartenance civilisationnelle, où chaque nation garderait sa culture.

. Instituer une fonction impériale avec une autorité affirmée supérieure aux tentations inter-gouvernementales actuelles. Certes le projet européen dit se faire par la voie démocratique, et on a peur de personnalités fortes en préférant Barroso…pourtant nous devrons y venir à une personnalité forte !! Car la montée des nationalismes (Ligue du Nord, catalans…) risque de faire imploser l’ensemble

. L’Europe doit pouvoir peser face aux USA ou à la Chine, notamment comme à Copenhague…pour cela il faut trancher la question des frontières et les remplacer par des capitales ou grandes métropoles ayant des zones d’influence.

. Ne pas hésiter à provoquer des mariages jusqu’aux Marches de cet empire européen, et revenir aux mariages exogènes du Paléolithiques qui furent un moyen de mieux garder nos frontières !! Au contraire le Néolithique fût un repli sur des mariages entre cousins !!

. L’Europe c’est d’abord un marché-Empire qui va élargir le champ de ses lois, une vérité capitaliste de la mondialisation et de l’universalisation qui va tuer les « temps épars et singuliers » des Etats qui la composent, et nous avons l’injonction de ne plus croire à la géographie!! Nous devons croire dorénavant en un espace infini uniforme et homogène, réduit à la même loi d’une identique temporalité….une gigantesque horloge règlera nos temps d’un bout à l’autre de l’empire d’Europe !! Serons-nous protégés par une armée unifiée pour laquelle nous devrons consentir un tribut ?

Pour lors selon les déclarations du financier G Sorros, nous donnons l’image immature d’un Empire européen qui se cherche et cherche à dépasser deux écueils

. Celui d’une Europe infantile qui demande aux autres grands empires davantage d’avantages.

. Celui d’une Europe fétichiste, misant sans cesse sur des USA qui nous protègeraient ad vitam aeternam.

En conclusion

Ce sont d’abord les élites qui doivent donner le signal d’une volonté politique pour aller lentement d’une Europe intergouvernementale peu porteuse de sens vers une Europe des Nations et puis enfin vers une Europe fédérale pour laquelle les gouvernants nationaux sacrifieraient certaines des prérogatives nationales.

Si le signal est fort, le citoyen européen s’éveillera et adhérera pour autant qu’un sens nouveau se fera jour. Sentir qu’on y gagne à être dans l’Europe.

G .C 22 décembre 2009

 

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Vers la dislocation de l'Union Européenne?

Jean Luc Graff

 

Lorsqu'un pays connait des difficultés budgétaires, il a, pour reprendre son souffle, le choix globalement entre 4 solutions:

> la création monétaire, modérée, sinon l'inflation, cad la taxation du capital, suit; la dévaluation, cad la taxation des importations; l'emprunt, cad la taxation différée du contribuable; ou encore l'augmentation des impôts, cad la taxation immédiate à la fois du contribuable et du consommateur. Pour la France, pays ne disposant plus de sa souveraineté monétaire, les 2 premières possibilités sont exclues, le 3e est sous le contrôle de commissaires européens, il ne reste que la 4e, mais le taux de prélèvement, en France, étant déjà de 47% pour une moyenne de 35% des pays de l'OCDE, cette dernière option vient de se heurter à la colère populaire et n'est donc plus envisageable non plus.

Une solution à la grecque cad l'affaiblissement et la liquidation des services publics, ne semblant pas encore d'actualité.

 

> Comment en est-on arrivé là? Comment un pays autrefois prospère et dont la parole était écoutée dans les principales chancelleries du monde a-t-il pu connaître une telle dérive? Que faire à présent? L'"Europe", tel un mantra, est répété par les adeptes de solutions faisant la part belle à l'irresponsabilité et au cynisme. Car, comme l'avait déjà constaté en son temps Einstein: " On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème".

> Or, quel est le problème? C'est, par le biais de la dette publique et la liquidation de la souveraineté nationale au profit de l'Union Européenne, la soumission complète du pays aux grandes banques internationales.

 

> Commençons par le commencement. La Communauté économique européenne (CEE), regroupant 6 membres (France, Allemagne, Italie et Benelux), a été créée en 1957. Au sein de cet espace économique lié par un accord de libre-échange interne, fut établi pour les importations un droit de douane commun à ces 6 pays. C'était une union protectionniste commune, l'union n'empiétant cependant en rien sur les politiques nationales. Toutefois, en 1965, le président de la Commission de la CEE, Walter Hallstein, établit un plan créant une union fédérale entre les 6. Cela se heurta au refus énergique de de Gaulle qui obtint l'éviction de Hallstein en 1967. Né en 1901, Hallstein avait été nommé doyen de la faculté de Rostock en Allemagne en 1936. Il avait effectué auparavant, contrairement au philosophe allemand Martin Heidegger, un service militaire volontaire. En 1941, il fut mobilisé avec le grade d'Oberleutnant. Contrairement à Heidegger pourtant moins engagé dans le nazisme, il put reprendre sa carrière universitaire dès 1946. Puis en tant que président de la CEE, il comprit que l'Allemagne ne retrouverait son rang qu'à la condition d'une intégration préalable au monde atlantiste nouvellement créé.

> Curieusement, le très sourcilleux de Gaulle n'avait point eu de saute d'humeur lorsqu'en 1964, la Cour européenne de justice posa le principe de primauté du droit de l'Union européenne; ce qui garantit la supériorité du droit européen sur les différents systèmes de droit nationaux. A ce verrouillage juridique accepté par l'ensemble des politiciens de l'époque succéda un verrouillage monétaire voulu par ces mêmes politiciens. Le rapport Werner publié en octobre 1970 préconise le principe d'une monnaie unique. En attendant son avènement, le cours des différentes monnaies devront fluctuer à l'intérieur d'un "serpent monétaire". De surcroît, ce rapport stipule que la création  de liquidités dans l'ensemble de la zone et la politique monétaire et du crédit sont centralisées (ce sera par la suite le rôle de la BCE), que la politique monétaire à l'égard du monde extérieur est du ressort communautaire, que les politiques des États membres à l'égard du marché de capitaux  seront unifiées. Enfin, les données essentielles de l'ensemble des budgets publics ne seront plus exclusivement du ressort des pays membres. Autrement dit, on change de braquet. La conséquence ultime de cette dépossession en règle de la souveraineté monétaire sera qu'en cas de déficit, un Etat paiera l'emprunt pour combler ce déficit non plus à sa banque centrale mais aux banques privées.

Lesquelles sauront profiter de cette aubaine...

> Au départ, la France afficha une hostilité viscérale à ces propositions, mais se résolut à les accepter lorsque le président US R. Nixon prit la décision en 1971 de ne plus indexer le cours du $ sur celui de l'or. De fait, les économistes craignaient que le $ n'assume plus son rôle de valeur refuge, d'où la nécessité d'une monnaie de substitution assurant un tel rôle. A l'époque, il fallait 35 $ pour acheter une once d'or, il faut aujourd'hui 1200. Le système monétaire international reste de nos jours encore basé sur le $ mais les USA enregistrent annuellement un déficit de la balance 

commerciale de 500 milliards de $, compensé en partie par la création monétaire qui est ensuite écoulée sur les différents marchés mondiaux.

 

> Naturellement, il eut fallu que cette future monnaie unique correspondît à un projet politique ! Nous étions alors en pleine période confrontation idéologique entre le capitalisme et le communisme. Ce thème absurde d'une monnaie unique sans prolongement politique resta d'actualité et justifia en France le "tournant de la rigueur" de 1983, où le gouvernement, ébahi, voire hypnotisé par la vigueur du Deutsche Mark, chercha à faire du franc français un "franc fort". Depuis cette date, tous les hommes politiques français accédant aux responsabilités ont récité le catéchisme ordo-libéral allemand et ont vénéré le dogme de l'infaillibilité allemande. Désormais, les mânes d'Hallstein purent reposer en paix, son rêve grand-allemand était enfin devenu réalité.

> En 1986, est signé l'"Acte unique européen", entre 12 Etats; en plus des 6, Grande-Bretagne, Irlande, Danemark, Grèce, Espagne Portugal. Est nommé ainsi du fait des dispositions communautaires s'imposant aux Etats. Est établi la libre circulation des marchandises, personnes, capitaux et services. On est encore et toujours dans un contexte de guerre froide, la justification politique de cette union se résumant à l'attachement militaire au Grand-Frère US par la biais de l'OTAN; dans les faits apparut toutefois un réel fédéralisme budgétaire, les pays du sud bénéficiant de transferts de ceux du nord. Cela qui ne posait aucun problème car les dérives budgétaires d'un pays impécunieux étaient sanctionnées par une dévaluation de la monnaie du pays fautif.

 

> Les années 90 virent la fin de la guerre froide, la création de l'Union Européenne par le traité de Maastricht en 1992 et l'essai d'application du "nouvel ordre mondial" antérieurement théorisé par Bush senior et son équipe dite de "néo-conservateurs". En clair, il s'agissait s'assurer aux seuls USA un rôle d'hyperpuissance, selon le mot d'H. Védrine, cad le contrôle de l'économie mondiale par l'affirmation du leadership US, au besoin par la force. C'était le temps où un agent immobilier achetait des pages de publicité avertissant qu'une telle politique mènerait les USA à de considérables déficits (1). Allait-on dissoudre l'Otan après la dissolution du Pacte de Varsovie?

Certes non, la période qui s'ouvrait devait être celle de la définition d'un nouvel ennemi (le commerce des armes et celui de l'énergie représentant les premiers marchés mondiaux en terme de chiffres d'affaires). Dans un premier temps, on se contenta de faire une guerre d'intensité variable au "terrorisme", cad aux régimes non-sunnites du Proche et du Moyen-Orient. Les Anglo-saxons allaient profiter de l'aubaine de la chute de l'URSS pour se livrer à un pillage en règle de ce pays alors en décomposition qui ne prendra fin qu'avec l'accession au pouvoir de V. Poutine dans la Russie post- soviétique. La Chine, abandonnant également le communisme, prit son essor et brûla les étapes pour rejoindre les standards des pays développés avec lesquels il est maintenant en concurrence. Pékin conteste à présent ouvertement le rôle du $ dans l'économie mondiale et cherche à imposer l'idée de remplacer la monnaie US par un panier de monnaies stables. Ses élites théorisent sur un concept nommé "Tian xia" ou "équilibre dynamique", ce qui, en langage occidental, pourrait signifier un capitalisme sans impérialisme. Toutefois, l'Occident, tout à sa vision de la lutte du Bien qu'il représente contre le Mal incarné par tous les autres, a enfin un nouvel ennemi à sa taille, ce sera ce qui va former l'OCS (organisation de coopération de Shangaï). Il n'abandonna pas pour autant la prétendue "lutte contre le terrorisme" et donc le juteux soutien aux monarchies obscurantistes sunnites pourvoyeuse de ce même terrorisme.

 

> L'Allemagne, à la même époque, se réunifie; ce sera financé par des déficits considérables mais momentanés. Les autres pays européens acceptent, alors que rien ne les y obligeait, à se soumettre au diktat du Mark. Parmi d'autres, la France assiste béatement à sa désindustrialisation, se rêvant en société post-industrielle, ce qui permet à l'industrie allemande qui n'en demandait d'ailleurs par tant d'éliminer méthodiquement ses concurrents et de réaliser de considérables excédents commerciaux. Elle reconstitue son Hinterland avec les pays d'Europe de l'Est où elle délocalise tout ce qui peut l'être, cassant ainsi les coûts de production. On notera d'ailleurs la passivité de la France, qui aurait pu investir dans des pays qui lui étaient favorables comme la Pologne, la Bulgarie ou la Roumanie, mais elle resta obsédée par son mythe du "franc fort" et elle s'abstint en conséquence de toute politique industrielle. Pour l'industrie allemande, il n'y avait qu'un seul credo: le libre-échange, paravent commode de ce qui allait devenir l'"exportnationalismus" germanique (2), le tout saupoudré d'un discours anti-national à la sauce bisonours, repris en choeur par les eurolâtres des autres pays européens, tous aussi naïfs qu'hypocrites. Ceux-ci pensaient arrimer l'Allemagne unie à l'Europe. Ce fut en fin de compte l'Allemagne qui imposa ses conditions aux autres pays européens en exigeant et obtenant un cours de  l'€ par rapport au $ favorable aux exportations allemandes. En 1996, la  directive sur les travailleurs détachés met en concurrence les salariés des pays de la zone. Frein salarial par l'obsession de  la compétitivité. Dorénavant les profits augmenteront mais plus les  salaires, car le "coût du travail" est maintenant perçu comme une entrave (en France, le salaire médian fut multiplié par 2,3 entre 1960 et 1996, puis stagna). Mais malgré le blocage salarial, la France décrocha et son commerce extérieur devint déficitaire. De surcroît, les Etats de l'Union acceptent ensuite de se mettre en situation de concurrence fiscale, les multinationales s'installant là où l'impôt est le plus bas ou là où les compensations qu'elles arrivent à extorquer des Etats sont les plus avantageuses. La logique eut voulu qu'on établît des règles fiscales communes, mais après 70 ans de "construction européenne", la logique passe après le mythe. Plus exactement, le mythe que l'on exhibe tel le saint-sacrement permet de mettre un voile pudique sur le système très efficace de concurrence fiscale entre les Etats qui aboutit à une prédation de l'économie réelle. ceci a été sciemment mis en place afin de permettre la vampirisation économique par les "premiers de cordée", le tout étant en plus couronné par l'apparition d'un véritable gangstérisme fiscal au profit des "GAFA" par le biais de quasi-paradis fiscaux de fait que sont l'Irlande et le Luxembourg. La situation est  encore aggravée par la sinistre dérégulation financière élaborée par Washington à la fin des années 90 et acceptée sans sourciller par les eurocrates de Bruxelles. La conséquence allait en être l'apparition de multiples "produits dérivés" qui allaient parasiter toute l'économie occidentale et la conduire à un quasi-chaos en 2008. L'Etat-providence apparu après la 2e guerre mondiale, avait mis en sourdine l'opposition capital-travail, profit-salaire. La dérégulation, en permettant la création d'une hyper-classe mondialisée de "premiers de cordée" ayant réussi à capter des rémunérations stratosphériques, allait la rallumer jusqu'à l'exacerber, notamment en France actuellement. A noter que la vertueuse Allemagne ne trouva rien à redire à cette dérive vers ce qu'on appela alors le néo- libéralisme, la spéculation permettant d'accélérer l'élimination des canards boiteux.

> Le financement de la dette publique par le système financier privé a été en 1973 un choix politique.

Il aurait dû s'accompagner d'un contrôle de l'activité bancaire, ce qui n'aurait en rien été une mesure de type socialiste. Mais cela n'a pas été fait et ne fut jamais fait même après 2008 au nom d'une idéologie, le néo-libéralisme (tout, y compris la monnaie, devient objet de spéculation). Celui-ci prenant d'ailleurs la relève du monétarisme reagano-thatchérien (l'indépendance des banques centrales vis-à-vis des Etats) qui avait également inspiré les eurolâtres de Bruxelles qui, telles les "femmes savantes" de naguère, se contentent depuis de décennies de répéter les débilités proférées par les Trissotin de Washington.

 

> Il faut insister là-dessus: aussi bien aux USA qu'en Europe, aucune conclusion n'a été tirée de la crise de 2008 et par conséquent aucune régulation du système bancaire n'est intervenue. Mais ce n'est évidemment pas par négligence ou désinvolture. Ah, certes on voyait le nouveau clergé de Bruxelles pontifier doctement et sentencieusement sur le thème de "la moralisation du capitalisme". En réalité, l'oligarchie mondialisée a besoin d'appareils bureaucratiques pour, à la fois maintenir son pouvoir et lui garantir un filet de sécurité lorsque les affaires vont mal pour elle. Ce système auto- proclamé progressiste est en réalité de type qu'on pourrait qualifier d'anarcho-capitaliste, où ce sont les Etats eux-même qui en sont devenus les vassaux, s'étant volontairement (article 123 du Traité de Lisbonne) rendus dépendants des marchés financiers et de leurs dangereuses embardées. Ceux-ci, profitant de la dérégulation bancaire mise en place par les USA et copiée par l'Europe, ont instauré un système que l'on peut qualifier de piraterie. Ainsi la valeur nominale des produits dérivés mis sur le marché par l'oligarchie avait atteint un maximum de 708 000 milliards de $ en 2011 (chiffre donné par la Banque des Règlements Internationaux). Ces billets de monopoly entraînent dans leur sillage un afflux de capitaux qui manquent à l'économie réelle. Il est inutile de préciser que leur marché est totalement opaque, sans aucun organisme de contrôle ni de régulation.

> Mais la prédation s'exerce aussi au coeur même de l'économie réelle. On a cité la dépréciation du cours du $ par rapport à celui de l'or et l'apparition simultanée d'une gigantesque dette publique US  de plus de 21 000 milliards de $. Le grenouillage entre politiciens et banquiers permet une évasion fiscale vers les paradis fiscaux, dont le montant pour la zone € est estimée à 100 milliards d'€ par an (source syndicale). Mais, même en restant dans un cadre légal, l'économiste allemand Marcel Fratzscher a pu constater que, au mitan des années 2010, le rendement des placements des excédents commerciaux allemands à l'étranger était nul alors que, dans le même temps, les fonds anglo-saxons leur rapportaient 8 %. C'est que ceux-ci s'approprient les meilleurs placements et ne laissent aux autres que ce dont ils ne veulent pas(3)! Cet europhile convaincu estime en conséquence que pour créer une Europe-puissance, cad une Europe enfin sous contrôle exclusif de l'Allemagne, elle doit se doter d'un budget commun et Berlin doit accepter les euro-bonds, cad une mutuellisation de la dette, à charge pour les autres pays d'accepter un droit de regard sur leur budget de Bruxelles, cad en réalité Francfort, cad in fine de Berlin. On imagine pourtant difficilement que l'eurocratie de Bruxelles se laissera déposséder de son pouvoir ni que les autres peuples européens vont accepter un destin à la grecque, cad la tiers-mondisation à marche forcée. Mais Fratzscher met en garde contre la sortie de l'Allemagne de la zone € qui se traduirait par une réévaluation du mark qui serait alors recréé. Berlin et l'eurocratie, l'une, pour continuer à bénéficier de la sous-évaluation de l'€ par rapport à ce que serait le cours d'un mark recréé, l'autre, simplement pour sauvegarder ses intérêts de caste, s'accorderont et favoriseront la mainmise des "premiers de cordée" allemands sur l'Europe. Et ce, d'autant plus, que la BCE ne pourra plus établir une politique de "quantitative easing" (achat par la BCE de la dette publique par création monétaire) si la FED US abandonne cette politique. Reste à savoir ce que va en penser le patronat allemand pour qui "les marchés sont à l'Est et les problèmes à l'Ouest".

 

> Naturellement, de toutes ces questions, la presse "mainstream" ne parle pas. Elle est parvenue à évacuer toute réflexion au profit d'une puérile dictature de l'émotion et de la mise en scène d'une pitoyable comédie hystérisée entre populistes supposés et progressistes affirmés. Il s'agit de  masquer le fait que le système est aux mains de parrains, mais elle les présente comme de douces et affectueuses mamas. "Les journalistes doivent se rappeler qu'ils ne  sont pas de simples  observateurs mais qu'ils font partie des élites dont le rôle est aussi de préserver le pays du chaos" a pu dire l'économiste Elie Cohen (4). Tout dépend de ce qu'on entend par chaos!

> En tout état de cause, à ces prétendues élites, il faudra une fois pour toutes leur mettre dans le crâne que, si elles veulent continuer à nous diriger, le capital est ce qui doit être mis au service de l'économie et non l'inverse. Toute autre considération n'est que vaine logorrhée, le socialisme réel ne pouvant être une alternative, ayant largement démontré son inefficacité voire sa nocivité tout au long du XXe siècle.

 

> Outre les questions monétaires et économiques, l'Allemagne et par conséquent le reste de l'Europe sont face à un choix de nature géo-politique. Les pays baltes, les anciens pays du Comecon, l'Autriche, la Slovénie et la Croatie, ont signé, en 2016, à Dubrovnik, un traité, concocté à Washington par l'administration Obama mais repris par Trump et qui est dit: "initiative des 3 mers".

Concrètement, il s'agit de déconnecter l'Europe de l'Est de celle de l'Ouest et de tenter d'en faire un protectorat US. Il conviendrait de faire de cette zone, un client pour les USA, soi-disant pour la protéger de la Russie, mais surtout d'assurer un débouché aux exportations US de gaz de schiste liquéfié sous le prétexte d'indépendance énergétique. Mais qui paiera le coût écologique de cette folie et le surcoût du gaz de schiste par rapport au gaz russe? Gaz russe qui intéresse l'Allemagne au premier chef et qui financera les prochains travaux d'acheminement de ce gaz par la Baltique. Il faut se rappeler que les USA avaient déjà bloqué le projet South Stream, ce qui avait été une des raisons du coup d'Etat pro-occidental de 2014 en Ukraine. En tout état de cause, la tension ne pourra que s'accroître entre Berlin et Varsovie (5), d'autant que la tension va s'aviver entre Berlin et Washington au sujet de Nord Stream II (oléoduc de la Russie à l'Allemagne). Les USA s'y opposent, mais l'Allemagne n'a pas oublié qu'elle a dû renoncer, au profit de la Chine, au gigantesque chantier de modernisation des voies de chemin de fer russes suite aux sanctions décrétées par Washington du fait de l'évolution en Ukraine. Affaire à suivre...

> Il semblerait, mais cela reste à confirmer, que le président D.Trump soit en passe de marquer un point dans sa guerre interne contre le Pentagone. Cela permettra de remettre en selle le projet syrien élaboré avant la guerre contre ce pays, qui en est certainement la cause principale et qui était alors l'Organisation des nations riveraines des cinq mers" (Méditerranée, Noire, Caspienne, Rouge et Golfe Persique). Face à ce nouvel ensemble géo-politique en gestation, qui sera forcément choyé par Pékin et Moscou, quelle sera la position des Européens?(6) Le président Trump cherche à faire admettre que l'ère de l'unilatéralisme et du leadership US va se terminer. Celui-ci ne raisonne pas en politicien, mais en chef d'entreprise. La firme USA est mal en point, et doit se délester de boulets non rentables: ceux-ci représentent évidemment les pays européens. Lesquels pays n'ont pas encore compris qu'il leur appartient maintenant de définir un modus vivendi avec ses voisins les plus proches. Qu'ils ne le fassent pas, et c'est la Turquie, de plus en plus épaulée par la Russie, qui imposera ses vues. D'ores et déjà, le président Trump a fait savoir au monde entier que l'Union européenne n'était qu'une coquille vide: en rayant d'un trait de plume l'accord avec l'Iran de 2015, il a pu signifier à tous que les Européens étaient des caniches. Car bien sûr, dès que les entreprises européennes eurent quitté l'Iran (les alliés devant se soumettre à l'extraterritorialité du droit US), la Turquie, la Chine et la Russie se précipitèrent au chevet de l'Iran, qui sort en fin de compte renforcé de cette farce.

 

> Autre problème qui va s'avérer crucial, est celui de la démographie africaine et plus précisément celle de toute la zone sub-saharienne. Cette question doit naturellement être abordée sans tenir aucunement compte des cris d'orfraie des "grandes consciences" qui, dans les faits, sont les complices objectifs des mafias esclavagistes et des passeurs (environ 17 000 morts par noyade en Méditerranée depuis 2014). Parler de démographie, selon ces affabulateurs, serait cautionner les théories sur l'inégalité des races telles qu'elles furent élaborées par les idéologues nazis. Laissons cet idiotisme de coté et voyons de quoi il s'agit. La population africaine a doublé entre 1955 et 1985, à nouveau entre 1985 et 2020 et les projections démographiques établissent la probabilité d'un nouveau dédoublement à l'horizon 2060. L'espace eurasiatique (qui inclue la Russie) étant fermé aux mouvements migratoires non contrôlés, il y a une forte probabilité d'une intensification à venir des migrations vers l'Europe de l'Ouest. Il n'y a pourtant aucune fatalité qu'il en soit ainsi. Le Pacte de Marrakech, dans l'un de ses articles, précise: "Nous devons oeuvrer de concert pour créer des conditions qui permettent aux communautés et aux individus de vivre en sécurité et dans la dignité dans leur propre pays". Il serait de la responsabilité de chaque citoyen européen, quelles que soient ses opinions par ailleurs, d'exiger des pouvoirs politiques une réaffectation d'une part importante du budget de l'Otan (936 milliards de $ pour 2019) au développement de l'Afrique, à l'éducation des filles notamment, à la création d'infrastructures économiques et de structures démocratiques laïques. Affecter des ressources aussi considérables à la guerre impérialiste (sous des couverts humanitaires) est suicidaire, d'autant que le Pentagone (budget de 717 milliards de $ en 2019) a fait savoir qu'il allait stocker à partir de 2020 en Europe une nouvelle génération d'armes nucléaires, dotées de charges à faible impact, ce qui rendrait leur utilisation plus aisée (7). Avons-nous besoin de cela? En 2016, le PDG de Lokkheed Martin se félicitait que le cours de bourse des sociétés d'armement avait doublé en 2 ans, en précisant que c'était "grâce à l'instabilité du Moyen-Orient et aux opportunités d'affaires correspondantes". Il avoua "être très excité par la façon dont nous avons remodelé notre catalogue de produits et de capacités. Financièrement, nous avons dépassé toutes nos prévisions de 2015...".(8) Devons-nous continuer de voter pour des candidats en Europe qui se mettent en état de servitude volontaire devant une pareille engeance ? Devons-nous continuer à lire des articles de journalistes qui sont incapables ou refusent de délivrer une information objective, basée sur les faits et non sur des a priori? (9)

> Un peu d'humour pour terminer. On ne saurait douter que les cogitations des 60 000 fonctionnaires au service de cette mirobolante Union européenne établissent et formulent la quintessence de ce que peut produire l'esprit humain. Pour s'en convaincre, il est loisible de lire leurs directives, une des plus savoureuses est la R2257/94 sur la courbure des bananes (10).

Où l'on voit leur extraordinaire maîtrise de la masse des problèmes à laquelle doivent faire face les citoyens de l'heureux land qu'est l'euro-land.

Où l'on regrette surtout qu'il n'y ait plus un Raymond Devos pour en faire un sketch !

 

> (1) https://www.buzzfeednews.com/article/ilanbenmeir/that-time-trump-spent-nearly-100000-on- an-ad-criticizing-us

> (2) https://www.legrandsoir.info/l-imperialisme-allemand-instrument-du-royaume-de-l-argent- defend-democracy-press.html

> (3) Ainsi le fonds "vautour" Eliott, créé en 1987 qui offre un rendement de 14 % et qui n'hésita pas à chercher à attaquer l'Etat français. https://www.lesechos.fr/19/01/2016/LesEchos/22110-052-

ECH_elliott--ce-fonds---vautour---qui-defie-l-etat-francais.htm

  1. cité par le Monde diplomatique, janvier 2019

  2. https://www.mondialisation.ca/linitiative-polonaise-des-trois-mers-quel-en-est-lenjeu- geopolitique/5621778

> (6) https://www.legrandsoir.info/4-the-guardian-britain-america-and-france-run-the-war-on- yemen.html

> (7) https://www.mondialisation.ca/lotan-et-la-course-aux-armements/5628855

> (8) Le monde selon Trump par Michel Collon et Grégoire Lalieu

> (9) https://www.legrandsoir.info/un-journaliste-allemand-devoile-le-controle-de-la-presse-par-la- cia.html

(10) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A31994R2257

 

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Vers la dislocation de l’Europe ?

Café politique du 24 janvier 2018.

 

Après une présentation de l’état de l’Europe aujourd’hui par Jean-Luc, le débat s’ouvre.

 

1)         L’Europe présente des aspects positifs.

-           Le marché unique européen génère des normes uniques.

-           Le nombre de fonctionnaires européens n’est pas trop élevé si l’on prend en compte la population européenne.

-           Les réalisations communes européennes sont intéressantes comme Airbus, EUREKA ( destiné à renforcer la compétitivité de l’industrie européenne créé en 1985 ) et Erasmus.

-           L’euro représente une facilité importante dans le quotidien des citoyens en Europe.

-           il existe une vraie nécessité de se solidariser au niveau européen pour s’opposer aux tentatives de désagrégations américaines à l’égard du l’Union européenne qui gêne cette première puissance mondiale.

-           L’Europe est perfectible : il serait possible de progresser vers une Europe fédérale en définissant des « biens communs ». L’euro pourrait ainsi devenir une monnaie commune plutôt qu’une monnaie unique et donner plus de souplesse aux économies nationales en s’ajustant à elles.

-           Il reste tout un travail d’élucidation pour comprendre ce qui fait défaut à l’Europe et en quoi d’autres projets seraient envisageables.

 

 

2)         Il existe de nombreux facteurs de dislocation de l’Union européenne. a L’inégalité économique entre les Etats membres

-           L’Europe s’est construite progressivement. L’intégration de l’Espagne et et du Portugal  a eu dans l’ensemble des conséquences bénéfiques pour les populations de ces pays.  Il semble que l’intégration récente des pays de l’Est n’a pas donné les  mêmes  résultats. Les extrêmes différences politiques, financières, économiques et sociales entre les Etats européens créent un malaise. Il suffit de penser au salaire minimum en Roumanie par rapport au salaire minimum français. Par ailleurs les travailleurs qui migrent au sein de l’UE sont payés sur la base de leur pays d’origine.

L’Europe de l’Acte Unique en 1986 fonctionnait de manière plus juste. Il y avait des transferts des pays riches vers les pays pauvres ce qui a permis notamment le développement de l’Espagne et du Portugal durant ces années. Il existait aussi des sanctions pour les pays pauvres qui ne respectaient pas certaines règles. Il y avait un budget fédéral de 1986 à 1992 jusqu’à l’application du Traité de Maastricht où de nouvelles contraintes européennes sont apparues.

-           La montée des « populismes » ( mot à manier avec précaution parce que difficilement définissable ) traduit d’une certaine manière un sentiment de méfiance à l’égard de l’Europe. Cela se traduit par un système illibéral comme en Hongrie.

-           L’euro présente de vraies faiblesses dans son fonctionnement comme l’explique Gaël Giraud dans son ouvrage Illusion financière :

•          Le taux de change flexible a été remplacé par un taux de change unique : un pour un entre tous les pays, ce qui a pour effet que les pays inflationnistes comme la France accumulent des déficits de balance commerciale contrairement aux pays à tendance déflationniste comme l’Allemagne.

•          Les différentiels d’inflation ne sont pas compensés du fait de la monnaie unique. Les investisseurs se tournent vers les pays plus rémunérateurs comme l’Allemagne au détriment de la France.

•          Enfin, l’euro est systématiquement surévalué ce qui touche moins les exportations allemandes haut de gamme que les exportations françaises de gamme moyenne dont les clients refusent les hausses de prix.

 

b L’exemple particulier du couple franco-allemand

-           L’euro révèle ce déséquilibre mais il semblerait qu’il ne soit pas dû uniquement à la monnaie unique. Une économie efficace tient en partie à l’efficacité de ses entrepreneurs. Si les investisseurs favorisent l’innovation et répondent à une demande, l’économie sera prospère même si les salaires sont élevés. L’économie allemande contrairement à l’économie française fait preuve d’efficacité.

-           Elle repose sur des piliers solides. Le Bade-Wurtemberg en est un bon exemple avec son réseau de PME innovantes, son patronat familial et ses exportations dans le monde entier en particulier dans le domaine des instruments liés à la médecine.

-           Certains économistes allemands iconoclastes vont jusqu’à regretter les dévaluations des monnaies voisines avant l’euro qui obligeaient les Allemands à faire des efforts sur les prix pour rester compétitifs !

 

c La faiblesse du rôle de l’UE en politique internationale.

-           La faiblesse de l’Europe apparaît par rapport à l’Iran. L’UE a cédé devant la demande des Etats-Unis de ne plus commercer avec l’Iran. Ce sont la Chine et la Russie qui ont pris sa place. La France ne peut plus commercer avec l’Iran à cause des accords conclus par Bruxelles avec les Etats-Unis. La BNP qui a commercé avec l’Iran a été

condamnée à une amende de 9 milliards d’euros. Aucun gouvernement européen n’a pris sa défense.

-           Bruxelles a accepté l’extraterritorialité du droit américain en se fondant sur le fait que si

le commerce se fait en dollars, ce sont les tribunaux américains qui sont compétents pour les litiges commerciaux.

-           L’intégration des Européens dans l’OTAN lie notre destin à celui des Etats-Unis.

-           Il est à noter que les approches de Poutine  par rapport à  l’Union européenne n’ont  pas été prises en compte par elle à cause de l’injonction américaine de les ignorer Poutine s’est alors davantage tourné vers la Chine et a renforcé ses liens avec ce pays.

 

3 Des propositions.

-           Il faudrait se pencher sur la question du déficit démocratique des institutions européennes et sur le fonctionnement plus ou moins opaque de la Commission européenne.

-           Une façon de lutter contre les extrêmes qui attaquent l’Europe serait de mettre en

place le Référendum d’initiative populaire ( RIC ) à la manière suisse.

-           La question de la rigueur des normes européennes et du carcan des 3% devrait être revue pour donner plus de liberté aux initiatives des Etats. C’est une partie de la demande des Hongrois et des Italiens en ce moment.

-           Il serait intéressant de créer des Eurobonds c’est-à-dire des emprunts élaborés au niveau européen à répartir entre les Etats en fonction des besoins. Cela éviterait les trop grandes distorsions entre les différents Etats. Mais la « fourmi » allemande efficace dans son économie comme le castor va-t-elle accepter ce système qui paie pour la

« cigale française » ?

-           Reste la question brûlante de la gouvernance politique de l’Europe de type fédéral qui aurait son mot à dire sur la BCE. Ce système fédéral serait plus proche des citoyens et permettrait un vrai débat sur les questions qui animent l’Europe. A cela évidemment s’oppose pour l’instant le dogme de l’indépendance de la BCE. Mario Draghi a dit : « Je sauverai l’euro quel qu’en soit le prix ! ».

-           Une proposition est faite de mettre en place les fondations d’une véritable «République européenne. »

-           La question de la transition écologique este une question urgente très peu concrétisée

par la France en comparaison d’autres pays européens

 

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APPORT de JEAN-LUC par rapport au § b:


Incriminer les entrepreneurs est facile, et permet d'évacuer la question de fond qui est liée à la monnaie unique: 


De 2000 à 2018, la production industrielle allemande a progressé de 42 %, celle de la France a reculé de 3 %, celle de l’Italie de 15 %, celle de l’Espagne de 16 % (alors que leur évolution avait été jusque-là parallèle). La balance du commerce de l’Allemagne affiche aujourd’hui un surplus de 248 milliards d’euros, celle de la France un déficit de 67 milliards (elle était bénéficiaire avant l'adoption de l'€). Si la France avait eu la même croissance que l’Allemagne, comme elle l’avait eue de 1950 à 2000, elle aurait 40 % de production industrielle en plus, soit 40 % de pouvoir d’achat, précisément ce qui manque aux gilets jaunes pour boucler leurs fins de mois.

On a demandé aux "fainéants" et aux "sans-dents" de payer la note...la suite est prévisible, les enfumages du pouvoir ne mèneront à rien. Le Grand Débat mènera au grand déballage de sorte que la question monétaire ne pourra plus être éludée.

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